Jeux vidéo et médecine avancent main dans la main

SantéMindMaze a développé une console pour aider les patients pendant leur rééducation.

Vidéo: Pascal Wassmer

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C’est tout? «Oui, c’est tout!» répond enthousiaste Stella Seeberg, la représente de MindMaze. Après une longue série de couloirs, de portes et d’escaliers, notre guide nous présente une table au milieu de la salle: «Voici l’installation nécessaire pour faire fonctionner MindMotion.» Un ordinateur, un clavier, une souris et deux caméras — les mêmes que pour la Xbox — rien de plus. Bienvenue dans le futur de la réhabilitation proposé par MindMaze!

Dans la grande salle de physiothérapie de la Clinique de Valens, il règne une certaine effervescence. Des patients sont attachés à de grandes machines et les soignants accompagnent chacun de leurs exercices et de leurs mouvements. Là, un patient marche sur un tapis roulant à l’aide d’un impressionnant harnais soutenu par une structure métallique. Alors, quand on nous explique qu’un simple ordinateur équipé de caméras révolutionne le monde de la rééducation, on a de quoi être sceptique.

Pourtant quand Christian Rusterholz arrive dans son fauteuil roulant, on voit déjà que cette séance le réjouit. Il connaît bien le programme. En un tour de main, il s’identifie avec le clavier et s’installe à distance raisonnable sur la surface laissée libre derrière le bureau. Sans même consulter sa thérapeute, le patient choisit un jeu, la durée et la difficulté du niveau. A l’aide du haut de son corps et de ses bras, il commence par piloter un avion pour le faire passer dans des cercles. Puis c’est un petit chariot de mineur qu’il doit faire avancer sur des rails à la force de ses bras tout en se penchant à droite et à gauche pour attraper des pièces. Après quinze minutes de séance, le patient transpire: «C’est dur pour les bras et j’ai un peu mal dans le bas du dos également», détaille Christian Rusterholz avec le sourire. «C’est normal et c’est bien. Cela prouve que ses muscles sont en train de travailler», complète sa thérapeute. Atteint de sclérose en plaques, il revient chaque année à Valens afin de poursuivre sa thérapie et profiter de MindMotion.

Au terme de la séance, Stella Seeberg demande un retour au patient sur son expérience avec le dispositif. Elle fait ce genre d’audit plusieurs fois par mois directement auprès des patients, mais également avec des questionnaires écrits: «C’est très important pour nous de savoir comment les utilisateurs se sentent en utilisant MindMotion. Aussi bien les patients que les thérapeutes, afin de l’adapter au mieux pour les besoins de chacun.» Notre guide du jour travaillait en clinique de rééducation avant d’être embauchée par l’entreprise MindMaze. Son expérience lui est précieuse pour conseiller l’équipe technique dans le développement des jeux et recueillir les impressions des utilisateurs.

Réapprendre en jouant

Bouger un bras, marcher, applaudir, tout cela nous semble si naturel. Pourtant, pour les victimes d’accident cérébral ou de maladies dégénératives de la musculature, par exemple, le chemin de la rééducation est long. Il demande patience, persévérance et rigueur. Selon l’OMS, 60% ne suivent pas leur programme correctement. Pourtant, les études montrent que plus vite les patients le commencent, plus vite ils sortent de l’hôpital. Dans le même temps, le potentiel de récupération est nettement augmenté. La motivation des patients pour suivre leur programme est donc un enjeu central pour l’équipe médicale.

C’est là que MindMotion entre en scène, avec une solution qui devrait contribuer à encourager les patients à poursuivre leurs efforts au quotidien et à long terme. Le système reprend les exercices réalisés lors d’une rééducation classique et les présente de façon ludique aux patients. Concrètement, MindMotion propose un catalogue de minijeux en fonction de la zone du corps que l’on souhaite exercer. «C’est une bonne solution pour que le patient fasse des gestes idiots et ennuyeux pendant la période de temps voulue sans qu’il ne s’en rende compte. Cela contribue à maintenir sa motivation dans la durée» explique le Dr Jan Kool, qui travaille à la clinique. Le dispositif utilisé à Valens est adapté à des personnes qui ont déjà récupéré une certaine autonomie. Une fois le patient installé, le programme peut être utilisé de façon quasi indépendante. La thérapeute peut donc aller aider d’autres patients qui demandent plus d’assistance. Une séance peut durer cinq comme une trentaine de minutes selon le programme prévu par l’encadrement médical: «Dès que j’ai un moment dans ma journée et si l’ordinateur est libre, je viens m’entraîner ici», s’enthousiasme Christian Rusterholz.

Une version plus élaborée, utilisée dans d’autres cliniques, est montée sur roulettes. Cela permet au patient de travailler depuis son lit et de commencer la rééducation le plus rapidement possible.

Une équipe pluridisciplinaire

Si l’idée d’associer jeux vidéo et thérapie n’est pas nouvelle, son application dans le monde de la rééducation de l’adulte est innovante. L’entreprise MindMaze rassemble des médecins, des ingénieurs et des développeurs. Ensemble, ils réfléchissent à des solutions adaptées aux patients et qui apportent aussi aux thérapies un soutien ludique et motivant. Le concept séduit aussi bien en Suisse qu’à l’étranger, où il se répand notamment aux Etats-Unis. (TDG)

Créé: 09.08.2017, 08h55

MindMaze une jeune licorne suisse qui monte

Fondateur hyperactif et polyvalent, Tej Tadi est aujourd’hui à la tête
d’une entreprise valorisée à hauteur de 1 milliard de dollars. Un chiffre énorme pour une start-up et qui lui vaut son surnom de licorne — le terme est utilisé pour désigner des sociétés non cotées en Bourse qui atteignent cette somme. Elle rejoint un groupe très select dont les membres proviennent principalement de la Silicon Valley. Parmi les plus connus, on retrouve Uber, Airbnb ou encore Dropbox.

Au cœur de la réussite helvétique qu’est MindMaze, un mélange de réalité virtuelle et de neurosciences, deux domaines dans lesquels Tej Tadi s’est formé à l’EPFL. Le jeune entrepreneur y a réalisé un projet portant sur la locomotion et sa modélisation. Un travail décisif qui lui a donné l’impulsion pour créer sa start-up en 2011. Depuis, il n’a eu de cesse de pousser l’innovation et la recherche de solutions qui activent le cerveau dans le cadre de la réhabilitation après un accident vasculaire cérébral.

A côté de MindMotion, l’entreprise est en train de développer un masque de réalité virtuelle qui ambitionne d’améliorer les interactions sociales virtuelles en copiant le plus fidèlement possible les expressions faciales de l’utilisateur. Afin de soutenir ses efforts dans le domaine médical, MindMaze vient de réaliser sa première acquisition en achetant Gait Up. Cette start-up lausannoise est spécialisée dans les capteurs de mouvements et l’analyse des données collectées entre autres
par les montres connectées dans
un contexte médical.

Fondée et toujours basée Lausanne, MindMaze est aujourd’hui internationale avec des succursales à Zurich, à San Francisco et en Roumanie. En 2016, Ernst & Young
a décerné à Tej Tadi le titre de Swiss Emerging Entrepreneur of the Year.

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