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Initiative «Monnaie pleine»: Aurore Bui face à Hugues Hiltpold

L’initiative «Monnaie pleine», c’est l’idée que tous les francs en circulation (physiques et électroniques) ne devraient être émis que par la Banque nationale. C’en serait fini pour les banques des opérations rémunératrices qui consistent à prêter beaucoup plus d’argent que ce que les épargnants leur confient. Les initiants, à l'instar de Aurore Bui, consultante en innovation sociale, estiment qu’un tel monopole réduirait les risques de crise financière. La plupart des économistes en doutent. Certains dénoncent un jeu dangereux comme Hugues Hiltpold, conseiller national PLR. Mais tous considèrent que le système monétaire et financier est fragile et que l’initiative pose de bonnes questions. Après le 10 juin, on continuera donc de parler de régulation, d’autant que les nouvelles monnaies privées (bitcoin) et les projets d’abandonner complètement les pièces et les billets posent de sacrés défis aux universitaires, aux financiers et aux politiques.

La Suisse peut innover et être un modèle

Aurore Bui, consultante en innovation sociale

Les Suisses voteront le 10 juin sur un objet proposé par l’association Modernisation monétaire: l’initiative «Monnaie pleine». Petit décodage des raisons qui peuvent amener à voter pour cette initiative.

L’initiative «Monnaie pleine» est présentée par certains comme une utopie, dans le sens où elle ne serait pas applicable «au monde réel». C’est peut-être une utopie dans le sens où elle vise à créer une autre réalité: une société plus proche de nos idéaux. En revanche, elle est tout à fait réalisable et particulièrement innovante: elle invite à repenser complètement le rôle de l’argent dans notre société.

Car la vraie question est là: à quoi sert l’argent dans la société. Est-il un moyen ou un but? Dans le domaine dans lequel je suis active (l’entrepreneuriat social), on croise deux univers: celui de l’utilité publique (quels sont les projets qui sont positifs pour la société) et celui du monde économique. De nombreux entrepreneurs ont ainsi la volonté de créer des projets positifs pour la communauté ET économiquement viables, mais peinent à trouver les financements pour les réaliser.

Essentiellement parce que les entités qui peuvent les soutenir (dont les banques dans le cadre de prêts) ont pour premier intérêt de créer une valeur économique à court terme et ne s’intéressent pas nécessairement à la création de valeur économique à long terme et encore moins à la notion d’utilité publique. Ce calcul court-termiste fait des ravages puisque des projets d’utilité publique peuvent avoir sur le long terme un très fort impact financier pour la Suisse en termes de réduction de coûts, notamment sur des sujets tels que la réinsertion ou la santé des personnes âgées.

En se réattribuant la compétence de création de monnaie, la Confédération, par le biais des instances politiques élues, se replace au centre des priorités. Elle a la capacité de créer de l’argent sur la base des priorités du pays, de l’utilité publique (donc: le bien-être social, environnemental et économique des citoyens). Elle a un rôle plus fort pour effectuer des choix stratégiques. L’argent peut ainsi servir de nouveau à l’économie réelle plus qu’à la spéculation sur les marchés financiers.

Comme le dit si bien Katell Bosser dans son livre «Blooming People»: «Aujourd’hui, nous courrons après de l’argent qui est créé extemporanément par les banques privées par le biais du crédit. Nous consacrons nos vies entières à jouer à ce jeu qui n’a plus de règles, et nous avons perdu de vue ce que l’argent figurait: la valeur. Aujourd’hui, l’argent ne correspond à rien, il n’est pas spécialement précieux.» Nous pouvons alors retrouver la valeur de l’argent en nous «investissant» dans des projets qui font sens.

Attention aux apprentis sorciers!

Hugues Hiltpold, conseiller national PLR

Le peuple suisse devra choisir le 10 juin prochain s’il souhaite mettre en place un système où la Banque nationale suisse (BNS) aurait un contrôle total de la masse monétaire. Un système où aucun autre établissement bancaire ne pourrait émettre de monnaie scripturale pour octroyer des crédits.

Les initiants demandent que l’argent électronique soit complètement garanti par la BNS, comme les pièces et les billets. Et pour ce faire elle impose à toutes les banques de gérer les comptes pour le trafic des paiements des clients en dehors de leur bilan et à ne pas investir les fonds qui s’y trouvent.

Avec cette proposition, les auteurs de l’initiative estiment pouvoir éviter les crises des marchés financiers et garantir qu’aucun avoir ne se perde en cas de banqueroute du système financier.

En cas d’acceptation de cette initiative, l’argent serait mis en circulation par la BNS par simple donation. Chaque franc créé ne serait donc pas utilisé, comme aujourd’hui, pour acheter des devises ou des actions, mais simplement offert à la Confédération, aux cantons et aux ménages privés. Et ce, sans contrepartie pour la BNS!

Il faut se rappeler que cette initiative trouve son origine dans la crise financière de 2009.

L’initiative «Monnaie pleine» n’aurait pas permis d’empêcher la crise financière de 2008. Depuis, la réglementation bancaire est devenue bien plus sévère. La législation a évolué depuis sans qu’il soit nécessaire de revoir complètement le système financier suisse.

Cette initiative entraînerait la mise en place d’un nouveau système valable uniquement en Suisse. Dans la mesure où aucun pays n’a jusqu’ici osé faire des expériences avec un régime type «monnaie pleine», pourquoi la Suisse devrait-elle servir de cobaye?

Cette initiative ne permettrait plus aux banques de travailler avec l’argent se trouvant sur les comptes pour le trafic des paiements. Avec pour conséquence une augmentation du coût des prestations financières, des hypothèques et des crédits, au détriment des ménages privés et des PME.

L’initiative contraindrait la BNS à mettre de l’argent en circulation sans contre-valeur, laquelle se retrouverait de facto sous une pression politique conséquente.

Cette initiative est risquée, chère, dangereuse et surtout inutile. Il faut donc la refuser comme l’ont fait tous les groupes parlementaires aux Chambres fédérales dans une très grande majorité.

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