Ignazio Cassis propose à Mike Pompeo une médiation suisse dans la crise vénézuélienne

DiplomatieLe conseiller fédéral tessinois a rencontré jeudi soir le secrétaire d’État américain. Ils ont évoqué le Venezuela et les relations économiques.

Le conseiller fédéral Ignazio Cassis a é té reçu jeudi par Mike Pompeo au Département d’État à Washington. Image: Keystone

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«Je suis très content d’être là.» À l’heure de la poignée de main officielle avec le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, Ignazio Cassis ne s’est pas formalisé des heures passées à attendre son homologue américain. La rencontre, prévue de longue date, a été repoussée jeudi de quelques heures pour permettre à Mike Pompeo de caler un autre rendez-vous et de déjeuner avec Donald Trump. Le ministre suisse des Affaires étrangères a préféré souligner que c’était la première fois depuis dix ans qu’un conseiller fédéral visitait le Département d’État à Washington.

Les deux hommes ont abordé la crise politique au Venezuela face à laquelle la Suisse a adopté une position d’«observatrice», comme l’a rappelé le conseiller fédéral à la sortie de sa rencontre de 40 minutes avec Mike Pompeo.

Ce dernier venait de passer ces trois derniers jours à multiplier les entrevues sur ce sujet. Washington cherche à renforcer la coalition soutenant Juan Guaido, le président du parlement vénézuélien qui s’était autoproclamé président le 23 janvier dernier. Le secrétaire d’État américain s’est notamment entretenu avec Ernesto Araujo, le ministre brésilien des Affaires étrangères, ainsi que Carlos Holmes Trujillo, chef de la diplomatie colombienne.

Plus de 40 pays ont rejoint les États-Unis et reconnu le gouvernement du président autoproclamé de Juan Guaido. Parmi eux, on retrouve l’Autriche et la France, dont le chef de la diplomatie, Jean-Yves Le Drian, s’est entretenu mercredi à Washington avec Mike Pompeo.

«Aucune pression»

Selon le ministre suisse des Affaires étrangères, qui a aussi rencontré au cours de sa visite de deux jours à Washington John Bolton, conseiller de Donald Trump à la Sécurité nationale, la Maison-Blanche n’a exercé «aucune pression» et n’a pas «exigé» que la Confédération affiche aussi son soutien à Juan Guaido. «Les Américains connaissent le rôle de neutralité de la Suisse, a expliqué Ignazio Cassis. Ils savent qu’elle est un peu réticente et dans une situation d’observation.»

Jusqu’à quand la Confédération pourra-t-elle rester en marge d’une crise politique et humanitaire à l’heure où la population vénézuélienne a faim et manque de médicaments? «Je ne suis pas magicien et je ne peux pas lire le futur», a déclaré Ignazio Cassis en réponse à notre question. «Tout dépend de ce qui se passe au Venezuela et de comment le Conseil fédéral va réagir. On va suivre la situation, discuter et, le moment venu, on prendra la bonne décision.»

Ignazio Cassis a reconnu que la question des gels des avoirs placés en Suisse par des proches du président Maduro avait été abordée lors de sa réunion avec Mike Pompeo: «Je lui ai expliqué ce qui se passe en Suisse. Je lui ai dit que nous sommes prêts à appliquer la loi dès que les conditions seront réunies.»

À la veille de rencontrer Ignazio Cassis, Mike Pompeo avait demandé que Nicolas Maduro rouvre sa frontière avec la Colombie pour pouvoir laisser passer un convoi d’aide humanitaire. Alors que des représentants européens et d’Amérique latine se sont rencontrés jeudi à Montevideo, en Uruguay, pour discuter d’une sortie de crise au Venezuela, la Suisse a rappelé par la voix d’Ignazio Cassis, jeudi, qu’elle était prête à jouer un rôle de médiation.

«Nos relations économiques sont très bonnes»

Il n’a pas été que question du Venezuela, jeudi à Washington. Ignazio Cassis et Mike Pompeo ont aussi discuté de la possibilité de conclure un accord de libre-échange (lire en encadré). «Les relations économiques sont très bonnes entre la Suisse et les États-Unis, a glissé Ignazio Cassis. La Suisse est un investisseur important aux États-Unis. Les Américains en sont conscients. (…) Les deux parties sont donc absolument convaincues que ce serait une bonne chose d’aller de l’avant et d’améliorer ces relations par un accord de libre-échange. Maintenant, c’est à nous de faire des propositions concrètes.»

(TDG)

Créé: 07.02.2019, 23h23

Relever le défi du libre-échange face à Washington

Quatre ans après le rejet de l’adhésion à l’Espace économique européen, une bonne partie de la Suisse a commencé à espérer un accord de libre-échange avec les États-Unis. Deux conseillers nationaux UDC zurichois, Christoph Blocher et Walter Frey, déposaient une motion en ce sens en 1996. Mais les agriculteurs ont rapidement coupé court à cet enthousiasme. Le temps a passé. En défendant la même cause, Joseph Deiss a échoué en janvier 2006, puis Johann Schneider-Ammann en décembre dernier. Le chef du Département fédéral des affaires étrangères, Ignazio Cassis, ne semble plus avoir droit à l’échec sur la question du libre-échange. Et une légère brise d’optimisme à ce sujet se fait à nouveau sentir en Suisse.

Ce regain est notamment induit par un choix stratégique: ne pas exclure tous les produits agricoles d’un tel accord, mais les limiter à ceux relevant d’intérêts réciproques. Tant des paysans américains qu’helvétiques. Un choix confirmé l’automne dernier par la directrice du Secrétariat d’État à l’économie, Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch. Pour le soutenir, les fromagers suisses sont en première ligne. «Les États-Unis constituent un marché important pour nous. Un accord de libre-échange serait donc une chance énorme. Nous ne craignons pas les importations en provenance des États-Unis, car l’offre américaine porte avant tout sur des produits de masse. Bien sûr, nous sommes conscients que toute la branche de l’agriculture suisse ne considère pas les choses de la même manière. C’est pourquoi nous devons pratiquer une ouverture intelligente du marché agricole suisse», relève le directeur de l’association Fromarte (le lobby des artisans suisses du fromage), Jacques Gygax.

Les paysans américains s’intéressent évidemment beaucoup plus à un marché comme celui de l’Union européenne. Si les agriculteurs suisses parviennent à s’entendre sur «cette ouverture intelligente», ils pourraient toutefois faciliter les négociations entre Berne et l’administration Trump. Philippe Rodrik

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