L’idée d’un vote national crispe les partisans de Sion 2026

Jeux olympiques d'hiverLe Conseil national veut que les Suisses votent sur la candidature olympique. De quoi réveiller des tensions en Valais.

La conseillère nationale Silva Semadeni (PS/GR) avait déjà combattu avec succès les candidatures grisonnes.

La conseillère nationale Silva Semadeni (PS/GR) avait déjà combattu avec succès les candidatures grisonnes. Image: PETER KLAUNZER/KEYSTONE

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Quand réclamer un référendum populaire conduit des parlementaires à s’étrangler, c’est l’ironie de la démocratie. C’est précisément ce qui s’est produit mardi au Conseil national lorsque, portée par la gauche, les Verts et l’UDC, une majorité a décidé d’accepter de soumettre Sion 2026 à un vote national. En jeu: la contribution de 1 milliard promise par la Confédération. Mais au-delà de l’objet du vote, c’est bien la question d’être favorable ou non à ces Jeux olympiques qui a sous-tendu le débat. D’aucuns estiment en effet que le projet est voué à l’échec sur le plan national puisqu’il ne se déroulerait pas sur l’ensemble du territoire. Cela tient aussi à l’auteure de la motion, la socialiste grisonne Silva Semadeni, fer de lance de l’opposition victorieuse contre les deux dernières candidatures de son canton aux JO de 2022 et 2026.

Critiques acerbes

Une victoire obtenue pour cinq voix qui fait s’arracher les cheveux dans les rangs des élus du Valais, puisqu’un vote est prévu le 10 juin dans le canton. Pour ceux qui défendent la candidature, cela s’apparente à une intrusion dans le calendrier et la pilule est dure à avaler. Philippe Nantermod (PLR) s’insurge ainsi contre une «humiliation infligée au Valais et à l’ensemble de la Suisse romande qui porte ce projet». Furieux, l’élu n’y voit rien d’autre qu’une attaque de la Suisse alémanique. «Débattons du projet olympique sur le fond mais n’ajoutons pas des lois d’exception en fonction de la tête du client. Quant au montant, on parle d’un septantième du budget fédéral.»

Sur les réseaux sociaux, les partisans de cette candidature olympique pestent allègrement contre cette décision qui réveille de vieux conflits entre Berne et le Valais. «Encore une mise sous tutelle du Valais par le reste de la Suisse.» «Après les résidences secondaires et l’aménagement du territoire, voilà que ça recommence.»

Climat très tendu

À cet inventaire à la Prévert vient s’ajouter le commentaire du vice-président de la candidature et conseiller d’État valaisan Frédéric Favre. «Soyons clairs, c’est une attaque contre le Valais. Certains préfèrent que cet argent soit dépensé pour une exposition nationale dans les plus grandes villes de Suisse.»

«Il y a encore un réel scepticisme autour de ce projet. Tout a été fait pour éviter un vote plus tôt dans le processus»

Les élus valaisans ne sont cependant pas unanimes sur la question, à l’image de Jean-Luc Addor (UDC) et Mathias Reynard (PS), qui ont soutenu l’idée d’un vote national. Illustrant la tension ambiante, ce dernier monte d’un ton face aux réactions sanguines des partisans de Sion 2026. «J’en ai sérieusement marre d’entendre certains prétendre détenir la vérité sur ce qui est bon ou pas pour le Valais. Il y a d’ailleurs encore un réel scepticisme autour de ce projet. Tout a été fait pour éviter un vote plus tôt dans le processus. Il s’agit de rétablir un déficit de démocratie alors que de l’argent a déjà été engagé sur cette candidature.» Le socialiste ajoute qu’il ne faut pas avoir peur du peuple et assure qu’il ne s’est pas encore fait une opinion définitive sur ces Jeux olympiques. Mais pour Frédéric Favre, tout cela ne tient pas. «Pourquoi alors ne pas avoir demandé pour le CEVA à Genève, la gare de Zürich, l’Euro 2008 ou encore les précédentes expositions nationales? C’est de la démocratie à géométrie variable.» Membre du comité de Sion 2026, le conseiller d’État vaudois Philippe Leuba s’étonne aussi qu’on veuille «changer les règles au milieu du match». Si néanmoins l’objet devait passer la rampe de la seconde Chambre, il accueillerait «sereinement ce scrutin populaire».

En Valais, la campagne bat son plein. Et, face à la perspective d’un vote national, les partisans tentent de garder la tête froide. «C’est tactiquement bien joué de la part de ceux qui font campagne contre ces Jeux. Ce serait mal vu de s’opposer à un vote populaire. La meilleure réponse sera d’envoyer un signal clair à Berne le 10 juin», détaille Vincent Riesen, coordinateur de la campagne du «oui» en Valais. Sans oser le dire trop fort, certains pensent même que, par effet de repli, cet épisode fera grossir les rangs des partisans de la candidature. (TDG)

Créé: 13.03.2018, 20h35

«La majorité du Conseil des États va corriger le tir»

«S’il emprunte cette voie, le parlement devra introduire le référendum financier dans la Constitution.» L’avertissement de Guy Parmelin vaut pour tous ceux qui soutiennent l’idée d’un vote national sur Sion 2026. Pour le conseiller fédéral, cette décision n’affecterait pas uniquement le milliard pour la candidature olympique, mais aurait une portée générale sur toutes les dépenses fédérales.

L’introduction d’un référendum financier est un serpent de mer de la politique fédérale. Régulièrement évoqué, il a toujours été refusé. Ses partisans n’ont pas baissé les bras. Hasard du calendrier, le sénateur Thomas Minder (ind./SH), membre du groupe UDC, défendra un tel projet ce mercredi. «Notre démocratie souffre d’un vide béant sur le plan des dépenses publiques, le peuple a les mains liées lorsqu’il s’agit des finances fédérales.»

L’idée est surtout portée par l’UDC, qui a aussi déposé une initiative parlementaire en 2017. Le parti aimerait faire de ce référendum une arme pour contrer certaines dépenses, comme le milliard de cohésion à l’Est, ou pour s’opposer aux budgets de l’aide au développement. Franz Ruppen (UDC/VS) ne s’est d’ailleurs pas gêné pour tacler Silva Semadeni. «Le PS va-t-il désormais nous soutenir?» La socialiste grisonne s’en est sortie par une pirouette: «Il s’agit ici d’une dépense extraordinaire, pas du budget usuel de la Confédération.»

Ce précédent, c’est pourtant bien ce qui devrait pousser le Conseil des États à refuser la motion Semadeni en juin, tout comme celle de Thomas Minder ce matin. «La majorité corrigera le tir, assure Jean-René Fournier (PDC/VS). On ne peut pas accepter de faire voter le peuple sur le milliard pour Sion 2026, sans changer au préalable les bases légales. Cela reviendrait à mettre la charrue avant les bœufs. Or, il n’y a pas de majorité pour un référendum financier. L’introduire ralentirait des processus démocratiques qui sont déjà très lents.»
Florent Quiquerez

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