Ils font de l’huile de palme un combat contre le libre-échange

RéférendumDes organisations veulent faire capoter l’accord de libre-échange avec l’Indonésie. La fronde pourrait vite gagner du terrain.

Une plantation de palmiers à huile en Indonésie, l'un des plus grands pays producteurs de cette huile végétale.

Une plantation de palmiers à huile en Indonésie, l'un des plus grands pays producteurs de cette huile végétale. Image: AFP

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Elle fait partie des produits dont il suffit de prononcer le nom pour susciter la polémique. L’huile de palme sera peut-être au cœur d’une future votation populaire. Ce lundi, un comité a lancé le référendum contre l’accord de libre-échange entre l’Indonésie et l’AELE, dont la Suisse fait partie.

À la tête des opposants, une figure connue des Genevois, le vigneron Willy Cretegny. Il veut faire de son référendum un symbole de la lutte contre les futurs autres accords de libre-échange. «Bientôt, nous discuterons de traités avec la Malaisie et le Mercosur. Stratégiquement, c’est maintenant qu’il faut dire non.»

Avec son slogan «Stop à l’huile de palme», le comité référendaire veut marquer les esprits. «Accepter cet accord de libre-échange, c’est donner le feu vert à la destruction de la forêt tropicale et cautionner des conditions de travail inacceptables, lâche le Genevois. Et cela dans l’intérêt des grandes entreprises et investisseurs.» À ses côtés, Michelle Reichelt, de la Grève du climat, rappelle que plus de la moitié de l’huile de palme produite dans le monde vient d’Indonésie. «Un quart de l’une des zones de forêt tropicale humide les plus riches en espèces du monde a disparu pour laisser place à cette production.» Elle évoque la probable disparition des orangs-outans, éléphants de forêt et, entre autres, tigres menacés d’extinction. «Sans oublier que les brûlis utilisés pour défricher rejettent d’importantes quantités de CO2.»

«Des conséquences fatales pour l’homme et l’environnement.»

En plus des effets environnementaux, il existe aussi des effets sur l’agriculture, ajoute Rudi Berli, secrétaire syndicale d’Uniterre. Il parle de la concurrence déloyale vis-à-vis des paysans suisses et de l’huile de colza ou de tournesol indigène. «L’objectif de l’industrie agroalimentaire est de se procurer des matières premières aussi librement que possible et au prix le plus bas. Avec des conséquences fatales pour l’homme et l’environnement.»

Le réquisitoire est lourd, mais le nombre de messagers encore peu nombreux. Le comité référendaire compte dans ses rangs l’organisation paysanne Uniterre, le parti genevois SolidaritéS, les Jeunes Verts, le parti Nouveau Radical de Willy Cretegny, Bioforum, Longo Maï ou Solidarité sans frontières. Mais il manque de grandes organisations ou partis politiques.

Du côté de l’Union suisse des paysans (USP), un soutien n’est pas encore acquis. «Nous étions très réticents sur cet accord lors des discussions au parlement, mais plusieurs garde-fous ont été posés», explique Jacques Bourgeois (PLR/FR), son directeur. Concernant l’huile de palme, la Suisse a en effet pris soin de ménager la production d’huile locale. Pour l’Indonésie, les droits de douane ne seront pas totalement abolis, mais diminués de 20 à 40%. Enfin, un mécanisme de sauvegarde est prévu pour le cas où les importations indonésiennes mettraient quand même sous pression le marché suisse des oléagineux.

«De la poudre aux yeux»

Un chapitre de l’accord est aussi consacré au développement durable. Les producteurs devront respecter certaines normes. Et un monitoring devra être fait en Indonésie pour vérifier que les standards écologiques et sociaux fixés sont respectés. «C’est de la poudre aux yeux, rétorque Rudi Berli. Il manque des mécanismes de contrôle efficaces et des sanctions contraignantes.» Les paysans resteront-ils désunis sur ce thème? Peut-être pas. «Si le référendum aboutit, l’USP se prononcera à nouveau», rappelle Jacques Bourgeois.

Le soutien des Verts semble plus facile à obtenir. «Ce référendum suscitera beaucoup de sympathie dans nos rangs», reconnaît la sénatrice Adèle Thorens (VD), qui rappelle que son parti avait voté contre l’accord au parlement. «Les garanties en matière de durabilité sont insuffisantes. Et les autres accords à venir – en particulier avec le Mercosur et les États-Unis – nous inquiètent. Ils s’inscrivent dans des politiques de forte croissance des échanges et du transport de marchandises sur de longues distances, au détriment de l’environnement, de l’agriculture de proximité et des intérêts des consommateurs.»

Reste que pour les référendaires, récolter 50'000 signatures jusqu’au 9 avril sera une gageure. Ils ont déjà perdu un mois, puisque l’accord a été validé fin décembre par le parlement. «Comme personne ne réagissait, j’ai finalement décidé d’y aller», raconte Willy Cretegny. Et d’espérer que le contexte de l’urgence climatique lui permettra de rattraper ce retard.

Créé: 27.01.2020, 19h07

L'accord en bref

Consommateurs Avec ses 265 millions d’habitants, l'Indonésie est un marché en pleine expansion. Le volume d'échange commercial avec la Suisse se monte à 1,4 milliard de francs.


Principes L'accord prévoit que 78% des exportations suisses bénéficieront de la franchise douanière dès l'entrée en vigueur du texte; 98% après douze ans. Côté indonésien, sur les 30'000 à 40'000 tonnes d’huile de palme actuellement exportées en Suisse, les deux tiers bénéficieront à l’avenir de concessions douanières.


Économie Les entreprises suisses pourront économiser jusqu'à 25 millions par an de droits de douane.

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