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Hausse des primes: un arbre qui embellit la forêt?

Les réactions sont plutôt positives face à la hausse modérée des primes pour 2020. Mais tous les acteurs de la santé sont conscients que cette tendance ne va pas durer.

La prime moyenne de l'assurance obligatoire des soins augmentera de 0,2% seulement en 2020. Selon le canton, l'évolution sera comprise entre -1,5% (LU) et 2,9% (NE).
La prime moyenne de l'assurance obligatoire des soins augmentera de 0,2% seulement en 2020. Selon le canton, l'évolution sera comprise entre -1,5% (LU) et 2,9% (NE).
Keystone

Les différents acteurs de la santé saluent dans l'ensemble la hausse modérée des primes maladie pour 2020. Mais la plupart aussi s'accordent à dire qu'il ne s'agit pas d'un renversement de tendance durable. Les partis politiques se montrent également prudents.

Démographie en cause à Neuchâtel

Avec une augmentation de 2,9% des primes maladie en 2020, le canton de Neuchâtel enregistre la plus forte augmentation de Suisse. Le conseiller d'Etat Jean-Nathanaël Karakash a expliqué notamment la situation par le recul démographique.

«En matière de soins ambulatoires, l'offre crée la demande. Avec le recul de la population du canton de Neuchâtel, cela a entraîné une hausse de la consommation de soins par assuré», a déclaré mardi le chef du Département neuchâtelois de l'économie et de l'action sociale.

«Nous avons besoin d'outils de pilotage au niveau fédéral dans le domaine des soins ambulatoires pour resserrer la maîtrise des coûts, qui vont continuer sinon à augmenter de 3 à 4% chaque année en Suisse», a ajouté Jean-Nathanaël Karakash. Le conseiller d'Etat a tenu à relever que si Neuchâtel enregistre l'augmentation la plus hausse de Suisse, la prime n'est pas la plus élevée et est équivalente à celle du canton de Vaud.

«Un arbre qui embellit la forêt»

Le conseiller d'Etat genevois Mauro Poggia estime que l'annonce d'une augmentation modérée des primes maladie en 2020 est l'arbre «qui embellit la forêt». Aux yeux du le magistrat, la seule solution pour éviter une hausse continuelle est de se donner véritablement les moyens d'agir sur les coûts. Il regrette notamment que toutes les décisions prises jusqu'à aujourd'hui vont dans le sens de la libéralisation du marché de la santé. Pour lui, les cantons devraient notamment pouvoir contrôler l'installation de nouveaux cabinets médicaux sur leur territoire ou pouvoir limiter le nombre de prestataires de soins à domicile.

Il existe une corrélation entre niveau des primes et la densité médicale. Genève et Bâle-Ville en sont l'exemple parfait, souligne Mauro Poggia. Le conseiller d'Etat considère indispensable d'imposer une plus grande régulation des acteurs de la santé, sans quoi il ne sera pas possible, selon lui, de parvenir à une maîtrise des coûts. Il réclame aussi une plus grande transparence et regrette que la Confédération prenne le chemin inverse. L'élu MCG déplore, en outre, que la loi n'oblige pas les assureurs à utiliser leur trop-plein de réserves.

Le Jura critique l'OFSP

Le canton du Jura a dénoncé lui le manque de transparence de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). Il lui reproche d'avoir pris cette année la décision de ne plus communiquer aux cantons les primes proposées par les assureurs.

Les cantons se sont vu remettre uniquement les prévisions de coûts des assureurs, a relevé le Département jurassien de l'économie et de la santé. Les primes sont connues des cantons seulement depuis la veille de leur publication au public. «La manière de communiquer de la part de la Confédération est en complète contradiction avec les promesses de transparence voulues par la nouvelle Loi sur la surveillance de l'assurance maladie. La prime dans le canton du Jura augmentera en moyenne de 0,5%.

Le Département jurassien de l'économie et de la santé s'interroge également sur le montant très élevé des réserves actuellement disponibles: 9,4 milliards de francs, dont plus de 4,6 milliards de réserves excédentaires.

Le Valais va augmenter ses subventions

Le Valais enregistre une hausse des primes maladies parmi les plus élevées de Suisse (2,2%). Regrettant un manque de transparence dans leur établissement, les autorités disent attendre des explications avant de commenter en détail la situation. L'Etat entend par contre demander des fonds supplémentaires au Grand Conseil pour aider quelque 75'000 citoyens à payer leurs primes.

Face à cette nouvelle hausse, l'Etat du Valais a choisi de prendre le taureau par les cornes. Il va proposer au Grand Conseil d'allouer 20,2 millions de francs supplémentaires aux subsides à l'assurance-maladie. «La moitié de cette somme, soit 10 millions, sont prévus à titre compensatoire dans le cadre de la mise en œuvre de la Loi fédérale sur la réforme fiscale et le financement de l'AVS (RFFA)», explique Victor Fournier, le chef du service valaisan de la santé publique.

Au total, le subventionnement des contribuables devrait atteindre 212,9 millions de francs, dont 116 millions de francs à la charge de la Confédération, le solde étant payé par le canton. Un record en la matière. «Quelque 75'000 citoyens seront ainsi soutenus partiellement ou totalement dans le paiement de leurs primes», affirme le chef de service.

SantéSuisse satisfait

Sans surprise, SantéSuisse parle d'une «bonne nouvelle». Toutefois, l'organisation des assureurs-maladie met en garde: «on ne peut pas parler d'un renversement de tendance durable», écrit-elle dans un communiqué. «De véritables réformes sont nécessaires afin de conserver le système de santé actuel. Sans ces réformes visant à maîtriser les coûts, les primes continueront de croître à un rythme annuel compris entre 3 et 4%», avertit SantéSuisse.

L'association Curafutura, qui regroupe les assureurs CSS, Helsana, Sanitas et CPT, se réjouit aussi de cette hausse modérée. «L'intervention tarifaire du Conseil fédéral en 2017 déploie désormais ses effets», relève son porte-parole Ralph Kreuzer. «Nous devons maintenant poursuivre le financement uniforme des services ambulatoires et hospitaliers (EFAS) afin de maintenir cet élan».

Les médecins contents aussi

La Fédération des médecins suisses (FMH) se félicite également que la hausse des primes soit de nouveau modérée en 2020, comme en 2019. Le corps médical a largement contribué à cette stabilisation, selon elle. «Pour la première fois depuis l'entrée en vigueur de la loi sur l'assurance-maladie en 1996, les coûts des prestations ont légèrement reculé l'an dernier», souligne-t-elle dans un communiqué.

De son côté, Comparis met aussi en garde: «Même avec une baisse de prime auprès de sa propre caisse maladie, il est conseillé de ne pas se réjouir trop tôt. D'une manière générale, les primes bénéficiant d'une minoration sont celles qui sont supérieures à la moyenne. Et elles peuvent donc, malgré ladite baisse, être encore nettement plus chères que les primes les plus avantageuses», note Felix Schneuwly, expert assurance-maladie chez Comparis.

«Un répit provisoire»

Du côté des partis, pour le PLR, il s'agit d'«un répit provisoire». «Au vu de l'évolution démographique et des nouvelles technologies et thérapies (...) une chose est certaine: les coûts de la santé ne diminueront pas à l'avenir», affirment les Libéraux-radicaux dans un communiqué. «Il est par conséquent fondamental de réformer rapidement le système (...) La première mesure repose sur le financement uniforme des secteurs ambulatoire et stationnaire».

Le PDC met aussi en garde contre l'augmentation des coûts de la santé à l'avenir.« Les mesures annoncées par la Conseil fédéral pour atténuer cette hausse sont un premier pas dans la bonne direction mais ne suffisent pas (...) L'initiative du PDC pour un frein aux coûts est la solution consensuelle, efficace et qui fonctionne sur la durée. La récolte des signatures - 95'000 - montre que la population soutient cette idée», affirment les démocrates-chrétiens.

Pour le PS, les chiffres annoncés mardi ne «changent rien pour les assurés: le seuil de douleur est depuis longtemps atteint pour beaucoup d'entre eux», indique le PS dans un communiqué. «Pour que les primes demeurent abordables, l'initiative d'allègement des primes du PS est plus que jamais nécessaire. Grâce à elle, les familles et les personnes à revenus moyens et faibles seront enfin soulagées», expliquent les socialistes.

ats

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