Des gymnasiens près d’obtenir des «congés de convenance»

ZurichLe Grand Conseil zurichois veut permettre aux étudiants de s’absenter sans justification grâce à des «Jokertage».

Linda Eisenegger (à g.), Nadine Nussbaumer et Dominic Fierz, ici en 2015, font partie des 14 gymnasiens zurichoise à s’être engagés en faveur de congés non justifiés.

Linda Eisenegger (à g.), Nadine Nussbaumer et Dominic Fierz, ici en 2015, font partie des 14 gymnasiens zurichoise à s’être engagés en faveur de congés non justifiés. Image: Urs Jaudas/Tages-Anzeiger

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Ce qui était à l’origine un simple devoir scolaire va très probablement se transformer en surprenante victoire politique. Dans le canton de Zurich, les Jokertage, ou journées joker, permettent à des écoliers de s’absenter deux fois par an sans que leurs parents n’aient à justifier le congé.

Répandue en Suisse alémanique (lire ci-dessous), cette possibilité est utilisée dans beaucoup de cas pour prolonger des vacances ou pour des obligations familiales. Elle ne concerne que l’école obligatoire. Mais plus pour longtemps. Plaidant pour une égalité de traitement, un groupe de jeunes gymnasiens zurichois est tout près de faire plier l’Exécutif cantonal. Lundi, le Grand Conseil a accepté en première lecture une modification de la loi visant à instaurer des congés de convenance au gymnase.

Les quatorze élèves de l’école cantonale de Bülach à l’origine de cette décision ne s’attendaient certainement pas à dicter ainsi l’agenda politique. Il y a trois ans, âgés de 16 ans, ils recevaient lors d’un cours la mission d’élaborer une campagne politique sur un thème de leur choix. Les Jokertage ont fait l’unanimité. Ces jours «répondent à un vrai besoin», déclarait dans le Tages-Anzeiger une des élèves. Et peu importe si le combat dure plusieurs années.

Aidés par leur prof

Un changement de loi étant nécessaire, ils hésitent à lancer une initiative populaire, puis choisissent finalement une spécificité zurichoise: l’initiative individuelle, qui permet à tout citoyen de saisir le parlement s’il obtient le soutien d’au moins 60 élus. Comme ils sont mineurs, c’est leur professeur d’histoire qui dépose le texte au Grand Conseil. Mais ce sont les élèves qui doivent se rendre dans l’hémicycle pour défendre leur projet. Ils ont visiblement été convaincants: en quelques mois, ils obtiennent 108 voix.

Lundi, les débats ont montré que les journées joker divisent. Selon la conseillère d’État Silvia Steiner, treize semaines de vacances et la possibilité de prendre des jours de congé motivés suffisent amplement. «Les Jokertage sont inutiles et un mauvais signal.» Autre argument: l’Exécutif ne veut pas favoriser les gymnasiens par rapport aux apprentis qui, eux, n’ont pas droit à des congés de convenance. «Les gymnasiens ont décidé librement de poursuivre leurs études obligatoires. Ce n’est pas cohérent de leur part de vouloir moins d’école.»

Les directeurs de gymnases appuient leur ministre, redoutant une surcharge administrative. Mais dans les rangs des parlementaires, ils ne sont pas nombreux à les entendre. Il n’y a guère que des élus UDC à ne pas vouloir de ces jours joker, craignant de favoriser ainsi l’avènement d’une «société de divertissement», selon un député. «Et pourquoi pas un semestre de moins?» tance un autre.

Comme à l’armée

Dans le camp adverse, on ne voit que du bon dans l’idée des gymnasiens. Au sein du PLR, on décrit un moyen de responsabiliser les élèves. Et pourquoi refuserait-on aux adolescents un droit récemment acquis par les recrues militaires? interrogent d’autres élus. «Avec les Jokertage, élèves et parents reçoivent un petit bout de liberté», conclut une Verte. Le vote n’a pas fait de plis: le Grand Conseil a voté par 115 voix contre 15 en faveur des Jokertage. L’issue du vote final, qui aura lieu dans quelques semaines, semble scellée. Restera encore à définir le nombre de congés de convenance accordé aux gymnasiens.

La loi zurichoise permet aux écoliers de prendre deux jours de congé non motivé depuis 2008. Les parents doivent avertir l’enseignant au plus tard la veille. Cette pratique généralise des expériences pilotes menées au début des années 2000: les écoles tests s’étaient réjouies d’avoir affaire à moins de demandes formelles. Mais des voix sceptiques s’étaient aussi manifestées. En 2015, le Canton avait dû rappeler à l’ordre des communes trop restrictives.

Présidente des autorités scolaires de Volketswil, à Zurich, la conseillère nationale PBD Rosmarie Quadranti juge le bilan des journées joker satisfaisant. Selon elle, une majorité ne fait pas usage de la possibilité. «La pratique ne pose pas de problème. Je suis persuadée que tel sera le cas au gymnase.»

Créé: 24.01.2018, 10h11

Le «Röstigraben» des absences scolaires

Autoriser des écoliers à prendre congé sans raison: la pratique est répandue outre-Sarine et quasi inexistante en Suisse romande. Selon un recensement mené en 2015 par la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique, quinze cantons ont instauré dans la loi des journées joker à l’école primaire et secondaire.

Un seul romand figure sur la liste: le Jura. La durée varie d’un à trois jours par an, mais elle peut monter jusqu’à 20 demi-journées, comme à Schaffhouse. Pourquoi cette pratique libérale ne fait-elle pas d’émules en Suisse romande? «L’école n’est pas facultative», affirme Pierre-Antoine Preti, porte-parole du Département de l’instruction publique de Genève.

Dans le canton de Vaud aussi, on insiste sur le fait que l’école est obligatoire, que le «temps scolaire» est protégé par la loi. Au niveau gymnasial, un quota de jours d’absence non justifiés était toléré pendant un certain temps. Mais le Conseil d’État vaudois a interdit la pratique, alerté par la corrélation entre absentéisme et échec scolaire.

Une décision qu’appuie Jean-François Gruet, directeur du Gymnase d’Yverdon et président de la Conférence vaudoise des directeurs des gymnases.

«Toute absence doit être justifiée, comme lorsqu’on travaille dans une entreprise. C’est un bon apprentissage de la vie professionnelle.» Lorsqu’il reçoit une demande de congé, un établissement est libre de l’accepter ou non.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.