Guy Parmelin: «Il y aura encore des coups bas et des surprises. Je reste zen»

Election au Conseil fédéralA quatre jours d'une élection qui pourrait l’amener au gouvernement, l'UDC vaudois Guy Parmelin se confie

Guy Parmelin deviendra-t-il le 116e conseiller fédéral? L’Assemblée fédérale en décidera mercredi prochain.

Guy Parmelin deviendra-t-il le 116e conseiller fédéral? L’Assemblée fédérale en décidera mercredi prochain. Image: KEYSTONE

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Guy Parmelin deviendra-t-il le 116e conseiller fédéral? L’Assemblée fédérale en décidera mercredi prochain. L’UDC vaudois, secoué ces derniers jours, confie ses impressions sur la semaine écoulée et ses priorités pour la jeunesse de demain. Interview.

Lundi, vous étiez vu comme le favori. Et ce n’est déjà plus le cas. Que s’est-il passé?

Je crois que ce sont des affaires de perception. Au final, 246 parlementaires vont voter – avec parfois des arrière-pensées avouées ou non. J’ai l’impression que les auditions se sont déroulées de manière plutôt correcte. Ensuite, je me suis demandé par quel miracle je suis passé du statut de candidat alibi à celui de favori en une semaine. Donc cela ne m’étonne pas que l’on me scrute maintenant. Jusqu’au 9 décembre, il y aura encore des surprises et des coups bas. Je reste zen.


L’aspect de la langue a pesé dans les auditions. Ce n’est pas important pour vous, l’allemand et l’anglais?

Il faut relativiser cet aspect-là. Cela gêne peut-être la presse alémanique que je ne sois pas Arena-compatible. Je préfère parler dans ma langue maternelle, mais je comprends bien les questions en allemand et je ne dois pas trop mal me débrouiller. Pour l’anecdote, mercredi soir, je me suis retrouvé à parler avec un ministre allemand qui m’a félicité de mon niveau de langue. L’anglais n’est pas une nécessité, mais un atout. Certains ministres français ne maîtrisent pas d’autres langues étrangères et ils dirigent quand même.

Vous comptez sur le soutien des milieux agricoles pour être élu. Leurs votes vous sont-ils acquis?

Rien n’est jamais acquis. Effectivement, j’ai des appuis de ce côté-là. Mais dans l’hypothèse où tous me soutiennent, ce qui n’est pas certain, cela représente une trentaine de voix. Pour être élu, il en faut 124.

On dit que vous avez reçu
des garanties avant de vous lancer dans la course. Vrai?

Qu’entendez-vous par là?

De votre parti… ou d’autres partis?

Non. Les règles à l’intérieur du parti étaient claires. J’ai passé toutes les étapes de la procédure, et à présent nous sommes dans la phase finale. Mais je n’ai pas reçu de garanties des autres partis, quels qu’ils soient, que leurs votes seraient pour moi. On verra.

Pourrez-vous compter sur le soutien des élus de l’arc lémanique, alors que vos votes passés ne recoupent pas toujours les intérêts de la région?

C’est un faux débat. J’estime que je représente cette région. Nous aurons de gros projets, la réforme de l’imposition des entreprises par exemple. Il n’y a aucun problème entre ma position et celle du gouvernement vaudois, que je sais très proche de celle du Conseil d’Etat genevois. Il faudra avoir à l’esprit, en même temps, le lien inévitable avec la péréquation financière. Vaud et Genève participent énormément à la solidarité fédérale. On ne pourra pas leur dire simplement que l’on ne compense pas les pertes et qu’on laisse la péréquation inchangée. Les autres cantons doivent en être conscients. Avoir un conseiller fédéral dans cette phase délicate serait bien.


On vous sait homme de dossiers. Mais que disent vos tripes? Quel est votre projet pour la Suisse de demain?

Je fais partie d’une génération peut-être devenue très égoïste, qui a eu des années glorieuses et se dit parfois «après moi le déluge». Ma priorité pour la jeunesse est qu’elle puisse aussi toucher une rente AVS. J’aimerais bien que l’on amorce la réforme Prévoyance 2020 en gardant des assurances sociales saines. On ne pourra pas se payer n’importe quoi. Et ultérieurement, à l’horizon 2030, il faudra parler de l’âge de la retraite, que l’on devra sans doute élever progressivement.

Votre Suisse idéale, en 2030, compte-t-elle 10 millions d’habitants?

Non, mais il est clair qu’en continuant avec la méthode actuelle, ce sera sans doute le cas, avec tous les problèmes d’infrastructures, de logements et d’énergie que cela suppose.


La Suisse se chauffera-t-elle au nucléaire dans quinze ans?

Paradoxalement, nous risquons de dépendre davantage de l’étranger, puisque certains réacteurs seront probablement arrêtés. Et ce n’est pas l’éolien et le solaire qui vont nous sauver en hiver lorsqu’il y a du brouillard et pas de vent. On ne doit pas se priver des évolutions technologiques, mais le tournant écologique que l’on a voulu prendre est mal engagé.


Votre Suisse de 2030 a-t-elle des relations commerciales plus développées avec l’Asie qu’avec l’Europe?

Je pense que les relations vont se développer avec d’autres pays émergents d’Asie, peut-être aussi d’Afrique. S’il y a une plus grande diversification de nos liens et une moins forte dépendance vis-à-vis de l’Union européenne, il faudra s’en féliciter. Ce n’est pas contre l’UE. Mais comme pour une entreprise, il s’agit de diversifier les risques.

Dans votre Suisse de 2030, le mariage pour tous sera-t-il autorisé?

Je n’y suis pas favorable, alors que j’étais en faveur du partenariat enregistré. Mais c’est au peuple de décider.

En 2030, aura-t-on maintenu le secret bancaire pour les Suisses?

Je l’espère sincèrement. Il doit y avoir une relation de confiance entre le citoyen et les autorités fiscales.

Aura-t-on envoyé l’armée aux frontières pour faire face à une vague migratoire?

J’espère que les conflits vont se régler le plus rapidement possible. C’est dans l’intérêt des habitants sur place, mais aussi des pays qui se voient forcés d’accueillir ces personnes. Je n’exclus pas que, temporairement, l’armée doive venir en appui, de manière subsidiaire seulement.

Et aura-t-on résilié la Convention européenne des droits de l’homme en 2030?

Non. Si vous songez à notre initiative, elle ne demande pas cela! Simplement, les droits de l’homme sont inscrits dans notre Constitution, appliqués, et nous ne sommes quasi jamais condamnés par Strasbourg pour des atteintes à la Convention. Je ne vois pas de raison de la résilier.

Margaret Thatcher est votre modèle politique. Vous ne craignez pas l’impopularité?

On ne peut pas plaire à tout le monde. Aujourd’hui déjà, chaque chef de département a un caillou dans sa chaussure, un dossier difficile. J’admire Margaret Thatcher parce que, sans elle, la Grande-Bretagne serait aujourd’hui dans le même état que la France, qui n’a pas fait les réformes indispensables pour revitaliser son économie par manque de courage politique. Elle a peut-être été un peu brutale. Dieu merci, en Suisse, nous devons être attentifs à la situation, mais les fondamentaux sont sains.


Vous revendiquez cette rigueur financière. Ça ne fait pas vraiment rêver…

Mais vous ne pouvez pas avoir de projets porteurs, ou la possibilité de verser certaines prestations, si vous n’avez pas les moyens de votre politique! Ça a l’air bateau, mais j’ai connu l’époque de disette vaudoise. Il a fallu serrer les boulons pendant une dizaine d’années. Je ne veux pas revivre cela au niveau fédéral.

Enfin, une question courante dans les entretiens d’embauche: au foot, vous jouiez à quel poste?

Cela fait longtemps, mais j’étais libero.

L’organisateur du jeu donc. C’est votre caractère?

C’est clair qu’il faut être précis à la relance. Plusieurs grands liberos sont restés dans l’histoire pour leur vision du jeu et de la stratégie au moment de la remontée du ballon. Franz Beckenbauer par exemple.

Créé: 05.12.2015, 10h16

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