La guerre des vélibs

MobilitéDeux systèmes de vélos en libre-service s’affrontent pour conquérir le marché suisse. Villes et cantons en font les frais, de Genève à Lugano en passant par Nyon.

Publibike, avec ses bornes fixes, est concurrencé par Intermobility, qui fait recours partout pour décrocher de nouveaux marchés.

Publibike, avec ses bornes fixes, est concurrencé par Intermobility, qui fait recours partout pour décrocher de nouveaux marchés. Image: Vanessa Cardoso

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En juin dernier, le Conseil régional du district de Nyon lançait un appel d’offres pour l’exploitation et l’extension du réseau de vélos en libre-service mis en place en 2011 avec Velopass, devenu Publibike depuis son rachat par CarPostal. L’idée était de passer des 13 stations actuelles, réparties entre Nyon, Gland, Prangins et Eysins, à 50 stations, avec au minimum 300 vélos. L’objectif était d’inaugurer le nouveau réseau étendu à d’autres communes au printemps 2017. Or, depuis cet automne, tout est bloqué. Le Conseil régional n’a même pas pu ouvrir les enveloppes des deux candidats prestataires, la société biennoise Intermobility, qui développe le système Velospot, ayant fait recours contre les termes de l’appel d’offres. «Cela freine tout notre projet», regrette Pierre Graber, nouveau responsable de la mobilité à l’instance régionale.

Le scénario est connu puisque cette entreprise privée grippe d’autres projets, notamment celui du canton de Genève visant à développer un service de vélos en libre-service dans les communes du centre, en partenariat avec TPG Vélo SA. Là aussi, Intermobility a fait recours contre l’appel à concession, obtenant en mars dernier du Tribunal fédéral un effet suspensif qui empêche de dépouiller toute candidature. La société biennoise a entamé les mêmes procédures à Berne, à Zurich – où la ville projette d’installer 100 stations et 1500 vélos – et Lugano. Toutes ces villes sont, comme la région nyonnaise, sous contrat avec Publibike. A Berne, Intermobility vient d’être déboutée, mais peut encore faire recours au Tribunal fédéral.

Un système qui s’impose

Quelle mouche a donc piqué cette société, dont les méthodes de cow-boys sont dénoncées aux quatre coins du pays? A l’origine, c’est la Ville de Bienne qui avait lancé le système Velospot. Développé par le chef de service de l’Urbanisme, François Kuonen, avec des entreprises de la région, ce dernier repose sur des vélos qui ne sont pas accrochés à une borne fixe, comme c’est le cas dans les stations Publibike. On emprunte le vélo parqué dans une aire réservée, en déverrouillant un cadenas électronique au moyen d’une carte magnétique RFID. Un concept, qui a tôt fait d’intéresser d’autres villes. Ce qui a poussé Bienne à céder ses droits de commercialisation à une entreprise privée, Intermobility SA. Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds, Le Locle, Thoune, Vevey-La Tour-de-Peilz et bientôt toute la Riviera, ont adopté ce système moins coûteux à l’installation et moins gourmand en espace public que celui de Publibike. Depuis, la société s’emploie à étendre le réseau sur tout le territoire suisse.

A Genève, la société biennoise justifie son recours par le fait que la demande des pouvoirs publics de disposer d’attaches fixes pour les vélos l’exclut d’emblée de la mise au concours et que ce dernier a été réalisé en dehors des marchés publics. En attendant, elle a déjà installé sur sol privé ou public, plus de 80 stations sur le territoire genevois. A Nyon aussi, le réseau repose sur les bornes fixes de Publibike. «Un système intéressant qui nous permettait d’avoir une moitié de vélos électriques, très prisés sur notre réseau, qui est l’un des plus fréquentés de Suisse», explique Nathalie Etter, responsable du dossier au Conseil régional. Mais selon elle, l’appel d’offres n’avantageait en aucun cas Publibike, la région étant prête à examiner tout système d’exploitation et développement du réseau sur la base des nouvelles technologies, comme par exemple l’usage du smartphone pour décrocher le vélo.

Projets en stand-by

«Mais il y a deux problèmes, explique Paul-André Sarrasin, directeur d’Intermobility. On précise certes dans le cahier des charges que le système peut être changé et agrandi, mais que l’ancien peut être maintenu pendant une année. Cela veut dire que Publibike pourrait ne rien faire durant ce laps de temps, alors que si nous obtenons la concession, nous devrions remplacer ce système qui n’est pas compatible avec le nôtre. Nous serions donc pénalisés. Par ailleurs, la région impose le maintien du contrat d’entretien avec l’association de réinsertion pour les jeunes Pro-Jet. Or si nous mettons en place un réseau qui ne coûtera rien aux collectivités, on veut pouvoir choisir avec qui on travaille.»

Publibike, qui comptait en Suisse à la fin de l’année dernière 15 réseaux et quelque 900 vélos répartis sur 113 stations, voit tous ses nouveaux projets tomber en stand-by. «Tous ces recours cherchent à freiner notre développement», déplore Bruno Rohner, un ancien des CFF qui a repris la direction de la société il y a une année. (TDG)

Créé: 18.10.2016, 06h59

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En mettant des bâtons dans les roues de Publibike, Intermobility, qui s’estime désavantagée face à une société qui bénéficie du soutien financier de CarPostal et des CFF, en a profité pour devenir leader en Suisse sur le marché du bikesharing, avec 226 stations posées et 1700 vélos. «A l’inverse de notre concurrent, notre produit Vélospot est entièrement Swiss made et marche bien. A Vevey, où Nestlé peut l’utiliser avec sa carte d’entreprise, nous avons progressé de 25% en une année», relève son directeur Paul-André Sarrasin. Les cadenas de Vélospot étant trop fréquemment vandalisés à Bienne, la société a mis au point une nouvelle version V2.0, dont l’ouverture est possible avec smartphone. Elle se lance aussi dans le domaine des vélos à assistance électrique, ce qui n’était pas le cas jusqu’ici.

De son côté, Publibike admet que son système arrive en fin de vie. Elle veut se doter d’un nouveau modèle d’affaires, en devenant notamment propriétaire des stations. La société planche aussi sur des stations plus mobiles (avec ou sans points d’attache) et un autre système de prélèvement. Elle introduit aussi dans ses réseaux un vélo plus léger et maniable. «Partout, nous sommes au premier rang des appels d’offres. Mais les recours nous empêchent de dévoiler notre futur système», déplore Bruno Rohner.

Autant de développements, dans cette course au marché national, qui fait se rapprocher les deux systèmes en concurrence. Ne serait-il pas plus raisonnable dès lors de se tendre la main? C’est en tout cas ce que souhaiterait l’association Pro Vélo. «L’idéal serait que l’usager puisse s’enregistrer une seule fois et utiliser un seul mode d’accès pour emprunter un vélo facilement, partout dans le pays. Il faudrait une solution technique unifiée, même s’il y a plusieurs prestataires», relève Anita Wenger, responsable de projets, qui se dit prête à organiser une table ronde quand le climat sera plus serein. «Nous avons fait des approches, mais sans réponse», note Paul-André Sarrasin, pour qui la solution idéale serait qu’Intermobility soit le fournisseur du système et que Publibike en gère l’exploitation dans les villes.

Deux systèmes

Publibike

Actuellement, l’essentiel du réseau Publibike fonctionne à partir de stations, composée d’un totem et de bornes permettant de s’identifier et de décrocher ou raccrocher, au moyen d’une carte client, le vélo emprunté.

Certaines stations, qui peuvent coûter jusqu’à 60 000 francs, ont été développées avec des partenaires privés (entreprises).

L’abonnement annuel coûte 60 francs, le tarif horaire proposant une demi-heure gratuite puis 2 ou 4 francs l’heure selon qu’on emprunte un vélo mécanique ou à assistance électrique.

Velospot

Les vélos d’Intermobility sont parqués librement aux vélospots, aires de parking signalées par un boîtier rouge qui assure la communication numérique avec les deux-roues. Les places de stationnement sont limitées par des cintres d’appui et des marques jaunes au sol.

Pour emprunter le vélo, il suffit de déverrouiller le cadenas électronique au moyen d’une carte à puce ou d’un smartphone.

L’abonnement annuel est de 80 francs, 120 francs pour utilisation sur le plan national. On paie 2 francs par heure à partir de la 31e minute.

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