Le Groupe Mutuel se hisse au sommet du parlement

Chambres fédéralesLes deux nouveaux présidents du Conseil des Etats et du National sont rémunérés par l’assureur maladie.

Durant un an, Jürg Stahl (à g.) et Ivo Bischofberger présideront respectivement le National et le Conseil des Etats

Durant un an, Jürg Stahl (à g.) et Ivo Bischofberger présideront respectivement le National et le Conseil des Etats Image: Keystone

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«Les Chambres vont désormais travailler avec assurance sur la base d’une collaboration mutuelle.» Au concours du meilleur jeu de mots, le conseiller national Pierre-Alain Fridez (PS/JU) fait fort. D’autres ne sont pas en reste. «On s’est demandé si on allait voir le logo du Groupe Mutuel sur les maillots», nous glisse un élu, en référence à la démonstration de gymnastes venus ponctuer la journée d’élections de lundi.

Cette accointance des nouveaux présidents avec le Groupe Mutuel fait jaser à Berne. Le conseiller national Jürg Stahl (UDC/ZH) – premier citoyen du pays – appartient à la direction de ce géant de l’assurance-maladie, alors qu’Ivo Bischofberger (PDC/AI), désormais à la tête du Conseil des Etats, a un mandat de membre consultatif. Tous deux siègent en commission de la santé. «Une caricature de l’importance du lobbyisme des caisses au parlement», réagit Daniel Brélaz (Les Verts/VD). «Un bon reflet de la façon dont se passent les choses ici», ajoute Liliane Maury Pasquier (PS/GE).

Blague à part, cette situation interpelle. «Ça n’est pas un problème de personnes, c’est un problème structurel, analyse Roger Nordmann (PS/VD). On ne peut pas empêcher un parlementaire d’être payé par un lobby, mais on voit ici les limites du système de milice.» Les élus ont toutefois l’obligation d’afficher leurs liens d’intérêts. «Mais pas ce qu’il touche, corrige Pierre-Alain Fridez. Il y a une différence entre défendre un intérêt de façon bénévole ou moyennant des milliers de francs.» Didier Berberat (PS/NE), qui s’est beaucoup engagé pour mieux encadrer les lobbys au parlement, résume la situation ainsi: «Y a-t-il un service après-vente?»

«Faux procès»

La gauche n’est pas seule à s’offusquer. Défenseur d’une initiative demandant plus de transparence, Lukas Reimann (UDC/SG) soupire. «On pourrait ajouter le fait que l’ancienne présidente du National Christa Markwalder (PLR/BE) ait remercié nommément, dans son discours d’adieux, la Zurich Assurance, son employeur. Tout cela me désole un peu. Le parlement doit représenter le peuple, pas les lobbys.»

Cette inquiétude, ils sont peu nombreux à la partager à droite. Pour le conseiller aux Etats Jean-René Fournier (PDC/VS), on fait un faux procès aux deux nouveaux présidents. «Les élus au parlement ont tellement de mandats variés que, si l’on veut, on peut leur coller n’importe quelle étiquette sur le front une fois qu’ils accèdent au perchoir.»

Pour Raymond Clottu (UDC/NE), c’est le propre d’un parlementaire de milice d’avoir une activité accessoire. «Des lobbyistes, il y en a aussi dans l’agriculture, l’industrie, les syndicats. Ce qui me fait souci, c’est plutôt les politiciens professionnels.»

Transparence

Présidente de H+, la faîtière des hôpitaux, Isabelle Moret (PLR/VD) a toujours refusé de siéger au conseil d’administration d’une assurance. Mais elle n’est pas choquée par la proximité de Jürg Stahl avec le Groupe Mutuel. «C’est son métier, et il faut bien qu’il travaille. Il a d’ailleurs été élu en toute transparence. Cette situation pourrait être problématique si les défenseurs des assureurs étaient majoritaires en commission. Or ce n’est pas le cas. Les élus sont indépendants. Ils votent parfois contre les mots d’ordre de ceux qui les rémunèrent.»

Liliane Maury Pasquier, qui côtoie Ivo Bischofberger en commission de la santé aux Etats, est plus prudente. «Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il fait ses choix sous influence, mais on est rarement surpris par ses positions.»

Reste qu’à la tête de leurs Conseils respectifs, les deux nouveaux présidents ne siégeront plus en commission. Mais leur voix pourrait être prépondérante lors d’un vote à égalité au plénum. «Il faut espérer qu’ils trancheront avec le souci du bien commun et pas en fonction des intérêts du groupe d’assurances», conclut la Genevoise. (TDG)

Créé: 29.11.2016, 20h27

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