Grosse bataille sur les logements abordables

Votation du 9 févrierLes initiants veulent renforcer le rôle de l’Etat. Le Conseil fédéral y voit des risques.

Guy Parmelin et ses collègues du Conseil fédéral ne veulent pas du texte qui sera proposé au peuple le 9 février prochain.

Guy Parmelin et ses collègues du Conseil fédéral ne veulent pas du texte qui sera proposé au peuple le 9 février prochain. Image: MELANIE DUCHENE/Keystone

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La grosse bataille sur le logement a été lancée lundi par Guy Parmelin. Au nom du Conseil fédéral, il a dit tout le mal qu’il pensait de l’initiative populaire «Davantage de logements abordables» qui sera soumise au peuple le 9 février prochain. «La construction doit s’aligner sur les besoins et non pas obéir à un quota», tonne le Vaudois. La campagne démarre très tôt car les fêtes de fin d’année vont raccourcir le temps à disposition pour expliquer les enjeux. Ces derniers sont importants puisqu’ils impliquent une aide et un pouvoir accrus de l’État.

Que demande exactement le texte de l’Association suisse des locataires (Asloca)?

Principalement trois choses. D’abord, 10% au moins des nouveaux logements construits devraient appartenir à des maîtres d’ouvrage d’utilité publique, comme des coopératives. Pour pouvoir respecter ce quota de 10%, les Cantons et les Communes pourraient exercer un droit de préemption sur les terrains bâtis ou non bâtis destinés à accueillir des logements à loyers modérés. Enfin, la Confédération doit veiller à ce que l’assainissement énergétique des bâtiments ne se fasse pas au détriment des loyers abordables. Dans cette bataille, qui passe par la ligne de division classique gauche-droite, chaque camp affiche des idées antagonistes et bien arrêtées sur la situation du logement en Suisse. Petit tour d’horizon.


Y a-t-il pénurie de logements abordables?

Asloca: Oui. L’appétit des spéculateurs entraîne des loyers trop élevés en Suisse. En raison des rendements visés, les loyers usuels sont bien plus élevés en moyenne que ceux de coopératives d’habitation, de Communes ou de fondations d’utilité publique. Sur un an, l’écart correspond à deux loyers mensuels.

Conseil fédéral: Non. En Suisse, il existe dans l’ensemble suffisamment de logements de qualité et financièrement abordables. La forte activité du secteur de la construction a étendu, ces dernières années, le choix offert aux personnes à la recherche d’un logement. 75'000 logements sont inoccupés. Le taux de vacance est au plus haut depuis 20 ans.


Les loyers augmentent-ils?

Asloca: Les loyers connaissent depuis des années en Suisse une évolution unilatérale à la hausse. L’indice des loyers s’est élevé de plus de 17% depuis 2005. En 2018 également, les moyennes mensuelles sont au-dessus de celles de l’an passé et continuent de monter: il n’y a pas trace d’une détente des loyers.

Conseil fédéral: La charge moyenne du logement pour les ménages est stable. Elle représente 20% du revenu. Elle peut être plus importante dans certaines villes ou communes où le marché du logement, pour différentes raisons, est tendu. Mais on constate que les caisses de pension investissent beaucoup dans la pierre, ce qui contribue à mettre plus de logements sur le marché.


L’initiative est-elle un bien ou un mal?

Asloca: Un bien. L’initiative crée davantage de logements abordables, notamment pour les familles et la classe moyenne. Les coopératives d’habitation répondent aux besoins, sans chercher le profit; elles offrent une meilleure sécurité du logement et veillent à une bonne mixité sociale. Les contribuables en sont aussi allégés: des loyers moins chers créent moins de dépendance à l’aide sociale.

Conseil fédéral: Un mal. Le marché du logement doit pouvoir s’adapter aux besoins de la population et non pas à un quota. Sinon c’est de l’économie planifiée qui coûtera cher au contribuable. Rien que pour la Confédération, il faudrait débourser 120 millions par année, sans parler de l’important travail administratif. On décourage aussi les investisseurs qui veulent assainir l’énergie des bâtiments. Il est logique de pouvoir augmenter le loyer pour ces travaux tout en sachant que le locataire paiera ensuite moins de charges.


La Confédération en fait-elle assez?

Asloca: Non. Un rapport de l’administration révèle comment la Confédération a laissé tomber l’encouragement du logement. Il dresse la liste des aides interrompues et des mesures jamais réalisées. Les prêts directs pour habitations à loyers modérés sont restés mort-nés. La Confédération n’a pas non plus légiféré en matière de développement territorial et a abandonné le domaine de l’habitat aux Cantons et aux Communes. Les coopératives n’ont été encouragées qu’avec quelques millions de francs par année.

Conseil fédéral: Oui car le marché du logement est en mains privées à 97%. Il est vrai qu’il reste difficile, dans certaines régions et pour certains groupes de la population, de trouver un logement adapté à un prix accessible. Voilà pourquoi les autorités ont débloqué un crédit-cadre de 250 millions de francs destiné à augmenter la dotation du fonds de roulement en faveur de la construction de logements d’utilité publique.

Créé: 25.11.2019, 21h31

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