Le Grand Hôtel Le Cervin restauré grâce aux fans de St-Luc

ValaisUne vingtaine de résidents – secondaires pour la plupart – acceptent de financer Le projet. Visite.

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«Il va falloir enlever les tapisseries et les faux plafonds, pour voir ce qu’il y a derrière. Tout ce qui a une valeur historique sera conservé.» Philippe Biéler et Jean-Jacques Schilt admirent le salon principal du Grand Hôtel du Cervin, à Saint-Luc. L’ancien conseiller d’Etat vaudois et l’ancien syndic de Lausanne, tous deux amoureux de la station du val d’Anniviers, prennent part à un ambitieux projet qui vise à redonner son lustre d’antan à cet établissement historique. Inauguré en 1893, il a perdu de son prestige au fil des décennies, pour devenir une «guest-house» au confort minimal.

100 000 francs chacun

Tout a commencé en 2013, quand la coopérative belge Intersoc, locataire depuis trente ans, quitte les lieux pour recentrer ses colonies de vacances à Zinal. Olivier Salamin, président des Remontées mécaniques de Saint-Luc et Chandolin, s’inquiète de la baisse du nombre de skieurs sur les pistes. Il se met en quête d’investisseurs prêts à injecter 100'000 francs chacun dans la reprise et la restauration de l’hôtel.

A la surprise de beaucoup, une vingtaine de personnes – résidents secondaires pour la plupart – acceptent de jouer le jeu. Dont les deux ex-magistrats vaudois. «Nous l’avons fait par attachement pour Saint-Luc et pour ce bâtiment», explique Jean-Jacques Schilt, qui séjourne depuis dix-huit ans dans le village.

A entendre Claude Buchs, président des hôteliers d’Anniviers, il n’y a en effet aucun dividende à espérer après un tel investissement. Seul l’équilibre financier paraît possible. «Cela rend la démarche d’autant plus extraordinaire, se réjouit-il. Franchement, je n’y croyais pas au début.»

Claude Buchs siège désormais au conseil d’administration en charge du projet, aux côtés de Philippe Biéler et de Jean-Jacques Schilt. Propriétaire du Bella Tola, unique quatre-étoiles de Saint-Luc, il voit dans cette aventure une chance unique de dynamiser la petite station: «Nous n’avons que 200 lits hôteliers sur 6000 lits au total. Le Cervin complétera cette offre.»

Combien de chambres comptera-t-il? Et de quel standing? Il est trop tôt pour le dire, les discussions ayant à peine commencé. Claude Buchs songe à un hébergement orienté sur les familles, segment sur lequel Saint-Luc a peu misé jusqu’ici. Mais Jean-Jacques Schilt, désigné à la présidence du conseil d’administration, refuse de s’avancer. Il envisage prudemment un démarrage des travaux «en 2017 au plus tôt».

Spa ouvert au public

Seule certitude à ce stade: l’établissement, niché dans un écrin de verdure de 7000 m2, comptera un centre de bien-être, financé par la Commune d’Anniviers. Les citoyens ont voté l’an dernier un crédit de 4 millions de francs dans ce but. «Ce spa sera géré par l’hôtel mais ouvert au public», précise Jean-Jacques Schilt. Aménagé sous l’esplanade principale, il offrira une vue splendide sur les montagnes environnantes grâce à de généreuses ouvertures percées dans le mur de pierre actuel.

Des contours définitifs du projet dépendra son coût. En attendant, la société anonyme cherche des actionnaires supplémentaires pour augmenter ses fonds propres et alléger le futur emprunt bancaire. Elle compte aussi sur une subvention étatique, à travers une procédure de classement à l’inventaire des monuments historiques valaisans. «Nous avons bon espoir d’y arriver, car l’édifice est remarquablement conservé», observe en connaisseur Philippe Biéler, président de Patrimoine Suisse. Les façades n’ont presque pas été modifiées, comme le prouvent les images d’époque affichées dans les couloirs. De même, l’escalier central en granit, le salon, la grande salle à manger et la véranda semblent intacts. Seuls le mobilier hétéroclite et l’agencement vieillot de la quarantaine de chambres témoignent des utilisations successives des lieux. Au rez inférieur subsiste une curiosité: le bar-dancing du Cervin, adresse prisée des Anniviards jusqu’au début des années 1980.

Philippe Biéler conclut la visite en rendant hommage à Etienne Gard, dont la famille a tenu le Grand Hôtel du Cervin durant plus d’un siècle. Cet octogénaire, qui reste actionnaire minoritaire de la SA, tenait à ce que la vocation hôtelière du bâtiment perdure. Il a décliné plusieurs offres de rachat. «Ail­leurs en Valais, rappelle l’ancien ministre écologiste, de nombreux établissements du XIXe siècle ont été détruits ou transformés en appartements.» A Saint-Luc, c’est bien un petit miracle qui se profile.

Créé: 01.04.2015, 10h12

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