Le garrot vient compléter la panoplie des policiers

SécuritéLa police cantonale et celle de Lausanne sont en train de munir leurs agents de trousses tactiques destinées à donner les premiers soins en cas de risque vital.

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Un gilet pare-balles capable de stopper les tirs d’un fusil d’assaut, un casque en kevlar et des munitions supplémentaires… L’an dernier, la police cantonale présentait une partie de l’arsenal mis en place dans un contexte où la menace terroriste n’est plus ignorée («24 heures» du 30 mai). Cette année, une partie moins spectaculaire de cet équipement entre en fonction. Au contraire des armes, le kit de premiers secours tactiques a pour objectif de préserver la vie. Des cours et l’acquisition de quelques gestes simples devraient permettre aux policiers de faire face à l’urgence en évitant des décès.

Chaque agent, au cours de sa formation, reçoit une instruction de premiers secours. Mais la trousse qui équipait jusque-là les patrouilles tenait davantage de la «bobologie» que du nécessaire d’urgence. C’est en tout cas le constat qu’on peut faire en découvrant le contenu du kit de premiers secours tactiques, acquis pour une centaine de francs l’unité: des gants, un garrot, des pansements compressifs et des pansements occlusifs. Et cet objet en forme de stylo? Rien à voir avec un gadget chimique façon troupe d’intervention spéciale. «Il s’agit simplement d’un stylo, sourit Grégory Santus, instructeur à la police de Lausanne. C’est pour noter l’heure à laquelle le garrot a été posé.» Cette trousse fera partie de l’équipement de base des policiers, au fur et à mesure que la formation leur sera dispensée. En mars, tous les gendarmes auront passé par cette phase de formation. A Lausanne, la même démarche est en cours.

Connaissances militaires

Mais pourquoi transformer les policiers en infirmiers de fortune? «Souvent, la rapidité des interventions fait que les policiers ou les gendarmes arrivent les premiers sur les lieux d’un accident», répond Olivia Cutruzzola, porte-parole de la police cantonale. En attendant l’arrivée des ambulances, les premiers gestes peuvent faire la différence entre la vie et la mort.

La question va un peu plus loin que cela puisqu’elle découle de connaissances acquises sur le plan militaire. La réflexion est partie il y a une dizaine d’années des Etats-Unis, qui cherchaient le moyen de limiter les morts lors d’interventions. Puis elle est arrivée en Europe. C’est la succession d’attentats, ces dernières années, qui a accéléré le mouvement de ce côté de l’Atlantique. «Lors des attentats à Paris, en 2015, on s’est rendu compte que les premiers intervenants manquaient de matériel pour prendre en charge les blessés», illustre le docteur Claude Danzeisen, médecin de l’Organisation en cas de catastrophe (ORCA).

Le système mis en place permet ainsi aux policiers d’offrir une aide de première urgence, que ce soit lors d’un accident de la route, d’un cas de violence conjugale ou d’une bagarre à coups de couteau. Mais aussi en cas d’échange de coups de feu. «Avec une trousse par agent, plus une sur chaque gilet pare-balles lourd, ainsi qu’une sacoche par voiture comprenant quatre trousses, une patrouille de deux hommes peut en théorie secourir huit personnes», détaille Grégory Santus.

La police cantonale rappelle toutefois qu’il ne s’agit pas de transformer les policiers en secouristes. «Mais les blessures peuvent s’avérer moins graves si les premiers gestes sont appliqués rapidement et correctement», dit Olivia Cutruzzola. Ainsi, les gestes sont simples et visent à traiter les risques de décès «évitables». Dans l’ordre, les hémorragies importantes, le dégagement des voies respiratoires et les atteintes aux poumons. De quoi épargner environ 15% des cas mortels. Pour le reste, en cas d’atteinte aux organes vitaux, les agents devront attendre les professionnels de la santé.

Le retour du «tourniquet»

Mais la trousse permet aussi aux policiers de se soigner eux-mêmes. Si le torse est protégé par un gilet, les bras, les jambes et le cou restent vulnérables. «Dans les faits, la seule chose qu’on pourra faire tout seul, c’est se mettre un garrot», relativise Grégory Santus. Un geste qui peut toutefois faire la différence, puisque la rupture d’une artère peut provoquer la mort très rapidement. La présence du «tourniquet», comme l’appellent les policiers, constitue d’ailleurs un vrai retour en grâce d’un moyen simple de stopper une hémorragie. «Longtemps, on ne l’a pas trop aimé mais, depuis, il a évolué et a été étudié sur les plans militaire et civil», dit le docteur Claude Danzeisen. Son efficacité est désormais démontrée. Une fois serré à fond, le garrot offre une bonne heure au blessé avant de rejoindre l’hôpital. Son retrait nécessitera un acte médical qu’il ne faut pas s’aventurer à effectuer seul, sous peine de relâcher dans l’organisme toxines et caillots accumulés dans le membre touché. (TDG)

Créé: 24.02.2017, 08h55

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