Futurs ex-parlementaires, ils doivent changer de vie

PolitiqueLe fameux adage bernois «servir et disparaître» s’est mué en «servir et se reconvertir». Une tâche que le système de milice devrait favoriser. La réalité est souvent moins rose.

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Ils sont 36 à avoir rangé leur pupitre de parlementaire fédéral le mois dernier. Statistiquement, ils seront à peu près le même nombre à essuyer un revers dans les urnes dimanche. Que deviendront ces députés qui quittent la scène fédérale? Quelle vie après les débats, les flashes et les poignées de mains? Tour d’horizon.

Le casse-tête des jeunes talents

Deux personnalités illustrent parfaitement le dilemme qui se posera de manière croissante à une génération d’élus: Christophe Darbellay (PDC/VS) et Stéphane Rossini (PS/VS). Statures de conseillers fédéraux, 44 ans pour l’un, 52 pour l’autre, ils ont fait leur temps au Conseil national. Ils ambitionnent désormais d’entrer au Conseil d’Etat valaisan. Mais les élections cantonales n’ont lieu qu’en 2017. Entre-temps? Il faudra s’occuper habilement. C’est la conséquence d’un certain jeunisme, tendance en politique, explique l’historien Olivier Meuwly: «On a voulu des jeunes au pouvoir et on aime de moins en moins les carrières politiques de longue durée. Cela crée un choc frontal.» Les mandats de vingt-cinq ans qui débordent sur la retraite se font en effet de plus en plus rares. «Les jeunes générations de politiciens portent le souci de leur future reconversion, tout en sachant que le parlement amène beaucoup de cordes à leur arc», témoigne Josiane Aubert (PS/VD), qui a quitté le Législatif fédéral l’an dernier. Et parfois, la peur du vide s’invite. «Des jeunes collègues m’ont quelquefois dit: «Qu’est-ce que je vais faire après?!» Je leur réponds qu’ils seront secrétaire général de l’ONU ou même pape», plaisante le sortant Ueli Leuenberger (Verts/GE).

La reconversion des seniors

Tandis que les jeunes cherchent de nouveaux horizons politiques, les sortants plus âgés doivent, eux, souvent retrouver une activité-pont les menant à la retraite. Urs Schwaller (PDC/FR), 62 ans, va administrer le Groupe Mutuel. Les passerelles sont moins évidentes pour ceux qui n’ont pas baigné dans les mandats administratifs précédemment. A 63 ans, Ueli Leuenberger est en train d’examiner des pistes concrètes de reconversion. Sa collègue Francine John-Calame (Verts/NE), 61 ans, évoque elle aussi la quête et l’envie de nouveaux projets professionnels.

Le vrai faux système de milice

«Servir et disparaître, c’était possible avec les moyens de reconversion qu’offrait la milice», constate Olivier Meuwly. Or aujourd’hui, 40% des élus fédéraux disent être politiciens à plein-temps. Francine John-Calame cite son engagement auprès du Conseil de l’Europe, qui lui avait fait quitter sa profession. Ueli Leuenberger a cessé d’exercer son métier alors qu’il était président de parti. «Je parcourais le pays d’un bout à l’autre.» Et de noter que «lorsqu’on vient de Genève ou de Saint-Gall, combiner la vie parlementaire et son activité professionnelle se présente de manière tout à fait différente que lorsqu’on est à Fribourg ou à Bienne.» Josiane Aubert est catégorique: «Si l’on veut faire un travail de fond, c’est une illusion de croire que l’on peut mener de front une profession en étant parlementaire fédéral.» La situation aboutit à un paradoxe. «On veut des hyperpoliticiens sans leur offrir de garanties de reconversion. On dégomme le système de milice, alors qu’il met justement de l’huile dans les rouages», relève Olivier Meuwly.

Les mandats de prestige

Or la pression de la reconversion est bien là. «Il est aussi important de réussir sa sortie qu’une élection», affirmait Martine Brunschwig Graf (PLR/GE) au moment de quitter le Conseil national. Sortie la tête haute, un an plus tard environ, elle se voyait confier la présidence de la Commission fédérale contre le racisme. Sa collègue broyarde Thérèse Meyer-Kaelin (PDC/FR) a, elle, reçu la Commission fédérale de coordination pour les questions familiales. L’Administration fédérale et le parapublic offrent des sas de reconversion estimés. Mais les postes sont chers, convoités aussi par les conseillers d’Etat sortants ou en fin de carrière (lire ci-contre): Charles Beer (PS/GE) préside Pro Helvetia, Isabelle Chassot (PDC/FR) dirige l’Office fédéral de la culture, Philippe Gnaegi (PLR/NE) reprend Pro Familia.

Au niveau psychologique, réussir sa sortie est aussi une gageure. Fini l’attention médiatique, l’excitation du pouvoir, les invitations à foison. Josiane Aubert l’a bien vécu: «J’avais mûri mon départ en me posant des buts, dont celui de mettre sous toit la loi sur la formation continue. J’étais prête. Le jour où j’ai quitté le parlement, j’ai démissionné de sept autres postes différents… mais j’en ai gardé sept qui me tenaient à cœur. Cela me permettait une adaptation en douceur.» Question de personnalité aussi, reconnaît la discrète Combière. «Ceux pour qui la politique est tout doivent ressentir un vide terrible.»

Le romantisme des retraités

Foin de carrière, certains élus voient aussi dans leur retraite politique l’occasion de s’offrir le bon temps qui a pu se refuser à eux pendant leur pensum fédéral. «Je pense que je vais recommencer le chant et peut-être faire du théâtre», nous confiait André Bugnon (UDC/VD) lors de la dernière session. Lucrezia Meier-Schatz (PDC/SG) rêve de littérature, de musique et de recherche. Andy Gross (PS/ZH) aimerait bourlinguer de Strasbourg à Moscou, s’arrêter tous les 50 km dans un bistrot, discuter avec les habitués de la table ronde et écrire un livre. Autre style, autre rêve, l’ultrapragmatique Gabi Huber (PLR/UR) a évoqué sa vie après le parlement avec un sourire malicieux: «Je me réjouis d’avoir une semaine de travail de cinq jours.»

Les ministres aussi ont peur du vide

Les ministres sortants, à l’échelle cantonale ou fédérale, ne courent pas le même risque financier que leurs collègues du Législatif lorsqu’ils terminent leur activité. Une rente à vie est prévue dans la plupart des cas. Mais l’angoisse du vide et la pression de la reconversion sont aussi bien là. D’autant plus pour les jeunes. Le cas le plus emblématique est celui de Ruth Metzler. En 2003, à 39 ans, elle se fait éjecter du Conseil fédéral par Christoph Blocher. On la presse alors de retrouver du boulot! Elle entrera peu après au service de Novartis.

Comme au parlement fédéral, l’avenir des jeunes talents au pouvoir aujourd’hui dans les Exécutifs cantonaux interroge. Elisabeth Baume-Schneider, la pépite jurassienne, ouvre la voie. La socialiste quittera en décembre le Conseil d’Etat, à l’âge de 52 ans. Que fera-t-elle? Les pistes sont ouvertes. Elle évoque l’envie de s’investir dans de nouveaux projets, dans la culture ou la formation. Après elle, la liste est longue. «Que va faire Pierre Maudet s’il n’est pas élu au Conseil fédéral? Que fera Alain Berset à 55 ans?» cite en exemple Olivier Meuwly. Pour un conseiller fédéral, il est de bon goût de poursuivre son service auprès d’une organisation internationale ou encore dans le milieu académique. L’enjeu de l’honneur est important. Olivier Meuwly raconte une anecdote qui illustre la pression sur les hommes et les femmes d’Etat: «Après l’éviction de Ruth Metzler, la plaisanterie consistait à dire qu’une adhésion à l’Union européenne serait utile à la Suisse au moins pour une chose: reconvertir ses conseillers fédéraux.»

Créé: 16.10.2015, 07h26

Une aide fédérale pour soutenir les sortants en difficulté

Etre élu, c’est être riche. Le mythe a la vie dure. Pourtant, lorsqu’ils mettent un terme à leur carrière de politicien fédéral, tous nos députés ne roulent pas sur l’or. Certains se retrouvent même sur la paille. Car contrairement aux membres d’Exécutifs qui peuvent à certaines conditions percevoir une rente douillette à vie, les élus des Législatifs ne peuvent prétendre
au pactole.
La Confédération met à leur disposition une aide transitoire pendant deux ans, qui s’élève au maximum au montant annuel de la rente AVS pleine, soit environ 30'000 francs par année. Elle n’est attribuée que sur dossier aux candidats qui n’ont pas atteint l’âge de la retraite. «Le député qui souhaite cette aide transitoire doit prouver ses besoins auprès de la Délégation administrative», explique Mark Stucki, préposé à l’information des Services du parlement. En moyenne depuis trois législatures, cinq ou six personnes sollicitent cette aide transitoire. «Cette disposition est prévue en cas de non-réélection, lorsqu’un député n’a pas pu préparer de reconversion. Mais, d’après la loi, elle peut aussi s’appliquer à un parlementaire qui ne se représente pas», précise Mark Stucki.

Qui peut bien en avoir besoin? Plusieurs paramètres entrent en jeu, qui fragilisent la santé financière d’un député: une non-réélection brutale, le fait de ne pas avoir de mandats annexes à son activité politique, de n’avoir pas pu ou voulu garder un pied dans le monde du travail classique, de n’avoir pas exercé sa profession longtemps avant d’être entré en politique ou, au contraire, d’avoir quitté trop longtemps son métier pour être encore à jour. «Un avocat, ça va, un enseignant aussi.
Mais pour un médecin, c’est déjà plus difficile», commente Olivier Meuwly. Une réalité qui s’exprime déjà sur les listes de candidats: entrepreneurs, agriculteurs ou avocats, métiers libéraux sont parmi les professions
les plus courantes.

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