Des fromages aux vélos, les rappels de produits s'enchaînent en Suisse

ConsommationLes avertissements de sécurité publiés ont atteint un nombre record en 2019. Il y en a cinq fois plus qu’il y a dix ans.

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Un poney en plastique, des pilules de cannabis, de la mousse de canard, des fruits de mer et une cheminée. Voilà cinq des douze produits vendus en Suisse qui ont fait l’objet d’un avis de sécurité au mois de décembre. Certains de ces articles n’auront blessé personne: les fabricants ont remarqué un défaut lors d’un contrôle. D’autres laisseront à leurs victimes le souvenir d’une gastro-entérite... ou pire. En Valais, une personne a été blessée dans l’une des trois explosions causées par une cheminée hydraulique qui a été rappelée par le Ministère public et la police cantonale.

Les avez-vous lus? En dix ans, 642 messages de sécurité ont été publiés, selon notre analyse des archives du Bureau fédéral de la consommation (BFC). L’an dernier, 134 rappels ont été émis en Suisse, soit un tous les trois jours. A cela s’ajoute des rappels émis au niveau cantonal, qui ne figurent pas dans les archives, ainsi que 776 rappels non publiés concernant les voitures et leurs accessoires, qui ont été envoyés par courrier directement aux propriétaires des véhicules concernés.

Dans tous les domaines, ces avis de sécurité sont en augmentation depuis 2012. 2019 a été une année record avec 40 rappels de plus qu’en 2018. «Les raisons de cette augmentation sont multiples, explique Matthias Gehrig, du BFC. Notamment, il y a davantage de produits sur le marché et l’offre de produits bon marché a explosé avec internet. Les contrôles sont plus exigeants mais les entreprises sont aussi plus disposées à émettre des avis de sécurité.»

Les denrées alimentaires

Environ 40% des messages de sécurité publiés concernent des denrées alimentaires, une proportion qui reste stable, selon le BFC. Les raisons de ces avertissements sont variées: allergènes non-déclarés, morceaux de verre ou de plastique, présence de bactéries, de pesticides, etc. Les produits laitiers sont les aliments les plus concernés selon notre analyse avec 22 rappels, et surtout les fromages: 15 ont été rappelés, dont 4 rien qu’en 2019.

Cinq fromages, dont 4 reblochons, étaient au lait cru. «Nous avons eu beaucoup de problèmes avec des produits au lait cru de l’étranger», confirme Christian Richard, le chimiste cantonal vaudois. Le médecin cantonal genevois, Jacques-André Romand, se souvient d’une flambée de gastro-entérites lors d’un rappel de reblochon en 2014. «On avait trouvé des cas de maladies groupées, des cas de salmonelles un peu étranges annoncés simultanément en France et en Suisse et on a compris que le cheptel d'un producteur français avait été contaminé.»

Pour tous les rappels alimentaires, nous avons relevé 13 avis concernant des bactéries salmonelles, 12 pour des listeria et 4 pour des E.coli. Les consommateurs de produits contaminés peuvent contracter une gastro-entérite ou des pathologies très sérieuses mais aucun cas grave n’a été recensé récemment. L’affaire des vacherins contaminés est le dernier gros problème de santé lié à la consommation alimentaire, il y a plus de trente ans (lire ci-dessous).

«Si deux ou trois personnes sont intoxiquées par un produit, on va rapidement en entendre parler, garantit Christian Richard. Dès qu’il y a un problème, les gens se plaignent assez vite. Nous recevons une à deux plaintes par semaine pour des gastro.»

Les cas plus sérieux sont rares. Début janvier, un rappel massif de fruits de mer français a été prononcé par la Confédération. En cause: trois zones de production d’huîtres et de moules qui ont été mises sous séquestre suite à la détection de norovirus. L’épidémie de gatro-entérite qui s’est invitée à une soirée du Centre patronal vaudois y est «probablement liée», selon Christian Richard, qui indique qu’aucune autre victime n’a été recensée. Le canton a ordonné la destruction des centaines de kilos de fruits de mer aux frais des importateurs.

De nombreux produits potentiellement dangereux sont rappelés suite à des signalements de clients outrés par leur découverte. Les détaillants ne veulent pas donner d’exemple mais la Fédération romande des consommateurs (FRC) en recueille régulièrement: bocal de rillettes endommagé, des morceaux de verre dans un smoothie, de métal dans des cervelas…

Migros est le détaillant qui a émis le plus de messages de sécurité, selon notre analyse. «Nos contrôles et nos directives de sécurité sont stricts, estime Tristan Cerf, porte-parole. La faute n’est plus permise dans un système industriel. Une vis qui manque va être déterminante pour rappeler tout un lot.» Avec parfois des mesures drastiques qui s’imposent par principe de précaution. «Aujourd’hui on arrive vite à une situation avec 80'000 œufs qu’il faut détruire ou rappeler alors qu’il y en a 800 qui sont concernés et qui pourraient juste être cuit pour éliminer le risque de salmonelle. Mais on ne peut pas le dire.»

Les produits pour enfants

Les produits pour enfants font l’objet d’une surveillance particulière et de nombreux tests. Selon nos données, en dix ans, 99 produits destinés aux enfants ont fait l’objet d’une mise en garde ou d’un rappel, de la bouillie de millet à la poussette en passant par l’attache-tétine. Une vingtaine concernaient des déguisements pour enfants.

Y a-t-il eu des victimes? Le Bureau de prévention des accidents (BPA), qui surveille les équipements pour enfants, invoque le secret des investigations prévu par la Loi sur la sécurité de produits. Les rappels font la plupart du temps suite à des «sondages»: «Nous procédons à des inspections par type de produits, comme les tables à langer ou les parcs pour bébé, en récoltant un nombre de produits de la même catégorie, explique Nicolas Kessler, porte-parole du BPA. Nous menons aussi des contrôles ponctuels sur des articles précis. Quatre personnes sont ainsi chargées de procéder à des tests sur des produits qui nous sont annoncés ou que nous avons sélectionnés.»

Les vélos et les voitures

Le BPA suit aussi de près les nouvelles tendances. Notre analyse montre que la catégorie de produits la plus ciblée par leurs avertissements de sécurité est celle des vélos et de leurs accessoires, avec 41 avis, dont 14 l’an passé. «L’offre de mobilité explose, de nouveaux modèles de vélos par exemple arrivent sur le marché, explique Nicolas Kessler. Dans ce contexte, nous avons mis l’accent sur le marché des cycles, ce qui mène à plus d’annonces, et ce qui pousse les producteurs et les fabricants à faire des annonces eux-mêmes.»

Les rappels de voiture, qui ne sont pas publiés, sont bien connus du public, du moins des propriétaires de véhicules qui sont habitués à en recevoir régulièrement. Et pour cause: les rappels ont doublé depuis 2014. Il y a désormais en moyenne 2 rappels par jour en Suisse. «Il faut savoir qu’en Suisse, en 2018, il y avait 6,1 millions de véhicules enregistrés, explique Guido Bielmann, porte-parole à l’Office fédéral des routes (OFROU).»

Toutes les gammes, tous les types de véhicules et toutes les marques sont concernés, selon l’OFROU, qui assure que la majorité des rappels de voitures concernent des problèmes simples: tapis de sol glissants, siège mal fixé, etc. Un signe que les constructeurs lancent parfois leurs véhicules prématurément, quitte à les rappeler plus tard pour un détail.

Les propriétaires de voitures concernés par un rappel sont contactés par les garagistes personnellement. «Les adresses sont achetées par les importateurs à l’OFROU, avec l’interdiction de les utiliser pour une activité autre que la campagne pour laquelle les adresses ont été achetées», assure François Launaz, président d’Auto Suisse.

Les médicaments

En dix ans, près de 300 lots de médicaments ont été retirés du marché par Swissmedic. La plupart de ces retraits concernent surtout les grossistes et les pharmaciens. Seuls 3 à 4 rappels sont prononcés chaque année «jusqu’au niveau du patient», selon Swissmedic, l’institut suisse des produits thérapeutiques. Le dernier en date, publié mardi 21 janvier 2020, concerne un générique de la Ritaline, le Methylphenidat. «Des capsules vides peuvent entraîner un effet insuffisant voire l’absence d’effet», indique le communiqué du fabricant Mepha, relayé par Swissmedic et par le BFC. «Dans ce cas, les pharmaciens doivent contacter leurs clients, dont ils ont les dossiers, indique Christian Robert, le pharmacien cantonal genevois. Ils savent si les lots qu'ils ont vendus sont concernés.»

Swissmedic publie également les messages de sécurité qui concernent les dispositifs médicaux. Ce sont parfois les patients eux-mêmes qui sont «rappelés»: un avis de sécurité qui concernait le disque intervertébral Cadisc-L, au coeur du scandale des Implant Files, avait été publié en 2014 par Swissmedic. Le fabricant Ranier y lançait un appel urgent aux médecins afin que les patients implantés soient examinés.

Créé: 27.01.2020, 06h46

Des rappels qui ont marqué les mémoire

En 1987, le vacherin Mont-D’or, fromage emblématique vaudois au lait cru, était interdit de production suite à une épidémie mortelle de listéria. Il sera dorénavant préparé avec du lait thermisé.

En 2015 éclatait le scandale des moteurs diesel truqués. VW a reconnu avoir équipé 11 millions de véhicules d’un logiciel falsifiant le niveau réel des émissions polluantes. En Suisse, 165’000 véhicules ont dû être mis à jour. Le Ministère public de la Confédération a ouvert une procédure pénale. Le nombre de lésés potentiels (175’000) est un record en Suisse.

En 2016, Ikea rappelait 36 millions de commodes de la gamme Malm aux USA après la mort de plusieurs enfants. La Suisse n’était pas concernée, selon le BFC. Une famille qui avait porté plainte après la mort accidentelle de son fils en 2017 vient d’obtenir un dédommagement record de 46 millions de dollars.

Entre 2015 et 2017, le fabricant japonais d’airbags “explosifs”, Takata, a rappelé près de 100 millions d’unités, après la mort d’au moins 16 personnes à travers le monde.

Infos pratiques

Comment signaler un produit dangereux? Pour les aliments, on peut annoncer un problème directement au vendeur ou auprès des laboratoires cantonaux ( voir www.kantonschemiker.ch). Pour les autres produits, un formulaire en ligne du SECO permet de déterminer quelle est l’autorité de surveillance compétente selon le produit. La FRC et le BFC conseillent de passer par ce biais.

Pour être informé des rappels, on peut consulter le site internet du BFC, qui regroupe toutes les catégories de produits. On peut aussi suivre sa page Facebook dédiée (https://www.facebook.com/rappel.ch/) ou son compte Twitter (@rappel_ch), ou encore s’inscrire aux alertes SMS. Pour consulter uniquement les rappels des aliments, jouets, cosmétiques et vêtements, on peut consulter le site de l’OSAV, s’inscrire à leur newsletter ou suivre son compte Twitter.

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