Frédéric Favre, le petit nouveau qui veut faire le Valais de demain

PortraitQuasi inconnu en début de campagne, le candidat PLR a bouté Oskar Freysinger hors du gouvernement. Il entre en fonction lundi.

Frédéric Favre (PLR), élu conseiller d'Etat valaisan lors des dernières élections. Il prendra la direction du département de la sécurité, des institutions et des sports

Frédéric Favre (PLR), élu conseiller d'Etat valaisan lors des dernières élections. Il prendra la direction du département de la sécurité, des institutions et des sports Image: CHANTAL DERVEY

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Dans son bureau de Migros Valais, où on le rencontre début avril, ça sent déjà le vide. Un improbable poster de plage jauni semble oublié sur le mur. Les cartons sont partis. Et Frédéric Favre s’apprête à faire de même. Le futur conseiller d’Etat valaisan a prévu quelques jours de break avant d’entrer en fonctions le premier mai prochain.

En attendant, il navigue à vue dans cet entre-deux «un peu bizarre», entre «impatience et excitation». De l’appréhension? Aucune, affirme-t-il de sa voix douce et légèrement traînante. Car si personne ne voyait ce néophyte décrocher un siège au gouvernement valaisan au nez et à la barbe d’Oskar Freysinger, lui s’est préparé à cette éventualité «dès le premier jour. J’ai d’abord évalué mes chances d’être élu à 10%, puis à 50% après le premier tour.»

Le nouveau ministre prendra en charge le Département de la sécurité, des institutions et du sport. Un périmètre nouveau, sans la Formation, qui passe chez Christophe Darbellay, mais avec le Sport. «Je suis très heureux. Comme PLR, j’aurais pu insister pour avoir l’Economie, mais je suis convaincu que la répartition est équilibrée et dans le bien du Canton.» Il n’empêche, son département n’est-il pas un peu pépère? La remarque le fait sourire. «Il n’y a pas de département facile», commente-t-il avant de détailler ses futurs chantiers.

A la gestion «très terrain» de la police s’ajoute un volet très politique. Il s’agira de réformer les institutions, après un premier échec. Avec, peut-être, l’organisation d’une assemblée constituante. La chose n’est pas encore tranchée. «Je veux vraiment faire le Valais de demain. On m’a fait confiance pour apporter une vision différente, plus jeune et hors politique. J’ai l’habitude de dire que la droite et la gauche, ça me donne mal à la tête! Les bonnes idées peuvent venir de partout», se réjouit le nouvel élu qui souhaite réconcilier le canton meurtri par la violence de la campagne et renouer des liens avec l’UDC, tentée par une politique d’opposition. «Ce serait dommageable. Nous avons besoin de toutes les forces politiques au Grand Conseil.»

L’autre enjeu capital, et qui le fait déjà saliver, c’est la candidature de Sion pour les Jeux olympiques. Libéral à la fibre écolo affirmée, Frédéric Favre présidera la délégation du Conseil d’Etat qui travaillera à ce dossier. «Cela s’annonce compliqué. Les Verts sont très sensibles à la question des JO et il s’agit de trouver un équilibre qui satisfasse la majorité. Mais qu’on n’obtienne ou non les Jeux, cette candidature est une opportunité pour redorer le blason du tourisme en Valais.»

Loin des envolées lyriques, le ministre de 38 ans est un pragmatique et un bosseur, un homme de l’économie au parcours professionnel plutôt étonnant. Après un CFC d’employé de commerce, Frédéric Favre part dix-huit mois en Suisse alémanique, se spécialise dans les ressources humaines, enchaîne les expériences professionnelles. Il sera même indépendant durant une courte période. Et durant neuf ans de formation continue, il multiplie les diplômes jusqu’à l’obtention d’un doctorat en gestion des affaires.

Champion de Suisse de karaté

En parallèle, il mène une carrière sportive de haut niveau: cinq fois champion de Suisse de karaté, une discipline où il a évolué au niveau mondial. Il a aussi été arbitre principal de hockey pendant quinze ans! «Je suis un compétiteur, c’est vrai. Plus jeune, les médailles comptaient beaucoup. Mais aujourd’hui j’ai évolué. Il n’y a pas que la compétition, mais aussi tout le côté relationnel qui est important dans le sport.»

Originaire de Sierre, Frédéric Favre passe ses premières années de vie à Genève, avant que la famille ne s’installe en Valais, à Dorénaz. Un père postier, fervent défenseur de la cause syndicale, une mère employée de bureau, une sœur et une demi-sœur. De cette enfance harmonieuse, Frédéric Favre puise quelques fortes convictions: le sens de la justice, le souci des plus faibles et aussi le goût du débat, au-delà des convictions personnelles. «On n’est pas toujours d’accord, mais cela ne nous empêche pas de nous aimer», sourit-il lorsqu’il évoque les échanges en famille, avec son père «qui se dit lui-même communiste!»

Le jeune ministre est issu de cette classe moyenne valaisanne, avide d’ouverture, mais également très attachée à son coin de pays. Après quelques années passées à l’extérieur du canton, s’y installer était pour lui une évidence. «Quand on y revient, on a la chance de savoir la chance que l’on a!» martèle-t-il avec conviction. La chance? Une vie plus proche, plus simple, et surtout davantage de contacts humains.

Des accents féministes

Tout n’est pourtant pas rose dans son canton. Frédéric Favre a des accents presque féministes lorsqu’il dénonce le peu de place faite aux femmes dans la vie publique. «Il n’y a pas une seule femme cheffe de service à l’Etat du Valais», s’emporte-t-il. Sans faire pourtant de promesses hâtives. «Les compétences priment. Mais je suis persuadé qu’au cours d’une législature, avec le turnover, on pourra nommer des femmes compétentes à des postes importants.»

Une conviction qui tranche avec une vie privée somme toute classique, avec une épouse à la maison pour s’occuper des trois enfants du couple. «Ce n’était pas mon choix, mais celui de ma femme. Educatrice de la petite enfance, elle ne voulait pas passer à côté de cette expérience», explique-t-il en toute simplicité et sans le moindre embarras.

Ce parler clair, sans artifices rhétoriques, c’est peut-être une des raisons qui expliquent l’élection de Frédéric Favre. Le calme imperturbable affiché durant les débats a convaincu. «Il écoute les gens, prend son temps pour réfléchir avant de trancher. Il ne va pas prendre le risque de sortir un chiffre sans l’avoir vérifié. Ce n’est pas un impulsif, comme pourrait le laisser penser son jeune âge», témoigne son collègue de parti Philippe Nantermod, auprès de qui le candidat a cherché quelques conseils durant la campagne.

Ce profil très maîtrisé, voire retenu, alors que la vie politique valaisanne a ses violences et ses excès, ne risque-t-il pas de cantonner le nouvel élu aux seconds rôles au sein du Conseil d’Etat? Philippe Nantermod n’y croit pas une seule seconde. «Non, on a besoin de gens qui réfléchissent, surtout dans un gouvernement! Et une fois qu’il a tranché, il va jusqu’au bout, c’est un bulldozer.» Reste à voir si son manque d’expérience politique ne sera pas, malgré tout, un handicap. Le défi commence dès lundi. (TDG)

Créé: 26.04.2017, 11h37

Bio

1979 Naissance à Genève

1998 Il s’installe avec sa compagne Annelore qu’il épousera en 2007.

2004 Cinquième et dernier titre de champion suisse de karaté.

2007 Naissance de son premier enfant. Deux autres suivront en 2009 et en 2014.

2010 Premier match de LNA comme arbitre principal de hockey sur glace (Fribourg-Gottéron vs Rapperswil).

2011 Elévation au grade de 4e Dan de karaté.

2015 Obtention de son doctorat en gestion des affaires (DBA).

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