Franz Weber aura 90 ans jeudi, dans la sérénité

AnniversaireAprès des décennies de combats et de tapage médiatique, l’écologiste a trouvé la tranquillité dans une résidence pour seniors. Sa fille Vera raconte le présent et le passé.

Image: Florian Cella

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Jeudi, Franz Weber fêtera ses 90 ans. Dès sa naissance il s’est fait remarquer en venant au monde à une date spectaculaire: le 27 juillet 1927. Le sept n’a d’ailleurs jamais cessé de marquer son destin: en 1977 il sauvait Lavaux et créait la Fondation Helvetia Nostra; en 1987 il lançait le journal portant son nom avec le slogan «indépendant, intrépide, sans compromis»; en 1997 il était fait citoyen d’honneur de Delphes, en Grèce; en 2007, Lavaux entrait au Patrimoine de l’Unesco. Et voilà qu’en 2017, le 27 juillet, le beau vieux lion sera entouré, quelque part dans sa résidence pour seniors, de deux de ses six frères et sœurs, de sa femme, Judith, et de sa fille, Vera, qui a pris le relais à la tête de la Fondation Franz Weber.

La mémoire de Vera

On l’a connu parlant haut et fort, sans retenue, convoitant et gagnant la première place, sur le devant de la scène où il aimait apparaître pour convaincre, il est très différent aujourd’hui. Un premier incident auditif, il y a sept ans, a accéléré l’effritement de sa mémoire, laquelle a effacé peu à peu les quinze ou vingt dernières années de combats. Dans la Villa Dubochet à Clarens, où la lumière, sublime, reste la même, mais où une certaine quiétude s’est installée, Vera Weber évoque le présent de son père: «Il est serein, tranquille, distrait, content. Pour un homme qui a toujours vécu sur la défensive, prêt à l’explosion verbale, je le vois dans un état d’apaisement qu’il n’a jamais connu. Mais il a vraiment perdu la mémoire et on ne peut plus avoir avec lui de vraies conversations.»

La mémoire, aujourd’hui, c’est Vera. Qui sait tout de cet homme dont elle a admiré le panache et subi la force de caractère, l’énergie envahissante et parfois dévastatrice. «Mon père a sans doute gagné ses batailles parce qu’il était habité d’une profonde haine de l’injustice et qu’il était capable de colères sacrées que nous endurions aussi à la maison. L’élément fondateur de ses engagements, c’est la mort de sa mère. Elle est décédée quand il avait 10 ans, d’une simple hernie étranglée. Cette erreur médicale a développé en lui une rage infinie contre toute forme d’injustice. Il aurait voulu être poète, pour chanter son immense amour – c’est un romantique! – de la nature, mais il voulait commencer par la sauver avant d’en dire les beautés.»

Vera a posé sur la table une grande photo noir et blanc de son père. «Quel bel homme, n’est-ce pas! Il y a eu beaucoup de conflits entre lui et moi parce que je n’ai pas pu m’effacer devant sa personnalité. Ma mère a su le faire, elle a été cette force tranquille et indispensable, essentielle, à côté de cet homme qui criait et hurlait si facilement. Mon père est devenu ce qu’il a été grâce à ma mère, que j’aime et respecte infiniment. Elle a été le socle de tout. Elle est encore et toujours d’un immense et précieux soutien pour moi, elle est ma conseillère, ma confidente, j’aime savoir que je peux en tout instant compter sur elle.»

Un petit bulldozer

Vera en revient au «Vieux Lion Serein», comme pourraient le baptiser les Indiens: «Ce qui m’a impressionné chez mon père, personnage flamboyant, au-dessus de la mêlée, c’est qu’il trouvait toujours une solution à tout, même quand il semblait que la cause était perdue. Avoir un papa comme ça, qui n’a peur de rien, c’est quelque chose. Peut-être mes doutes permanents et envahissants à propos de moi-même sont-ils nés de là?»

Quelques souvenirs précis d’instants marquants auprès de Franz. Ce jour de juin 1987 où les policiers viennent pour l’embarquer à son domicile, parce qu’il doit aller chez le juge de paix. «J’ai entendu sonner à l’entrée, puis mon père crier, téléphoner, claquer des portes. J’avais 12 ans, j’étais au cœur de cet incroyable tumulte et moi j’étais là comme un petit bulldozer, sans peur ni doute sur le bien-fondé des réactions paternelles. Il a alerté très vite tous les médias et tous étaient présents pour assister à la lutte entre les policiers et lui. Un fin stratège!» Autre moment fort: «Le jour où, au bout des immenses efforts de plusieurs organismes, dont la Fondation Franz Weber, les éléphants d’Afrique sont devenus une espèce entièrement protégée par la CITES. J’avais 14 ans, et là aussi, j’étais au centre de l’action, dans cette conférence décisive qui se tenait à Lausanne. Quand nous avons gagné, quand j’ai compris que les éléphants étaient protégés, j’ai pris feu, c’est un moment essentiel de ma vie.»

La vie de Vera, présidente de la Fondation Franz Weber, parlons-en. Encore et toujours fille de Franz? «Bien sûr, je l’aime et je le respecte, mais je lui ai aussi beaucoup pardonné, car je peux le dire, je suis partie des centaines de fois de la fondation. Mais dans ma tête seulement! Je suis fière de lui mais j’en ai marre de lui être comparée. Quoique, pour ses 90 ans, ça va!»

Le 21 août, la fondation publiera une édition spéciale de 36 pages consacrées à Franz. «Un hommage à sa dimension pour rappeler que nous construisons le présent et l’avenir sur ses quarante ans de travail, mais nous œuvrons différemment. Je suis une optimiste réaliste qui aime travailler en équipe. C’est une différence fondamentale entre mon père et moi.» Vera procède autrement, mais a réussi il y a cinq ans à faire passer l’initiative sur les résidences secondaires. Et elle s’attaque, avec son équipe solidaire qui lui ressemble, aux corridas, à l’oceanarium que veut faire bâtir le Zoo de Bâle. Il y a un peu du vieux lion à la crinière argentée dans cette jeune femme Scorpion ascendant Scorpion. Bon vent Vera, bon anniversaire, Franz! (TDG)

Créé: 25.07.2017, 21h01

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