Fragilisé, Lauber obtient un premier soutien de poids

Ministère public de la ConfédérationLe sénateur bâlois Claude Janiak prend la défense du procureur général, très critiqué pour ses contacts avec le président de la FIFA.

Le procureur Michael Lauber saura prochainement si le parlement peut ou non le reconduire dans sa fonction.

Le procureur Michael Lauber saura prochainement si le parlement peut ou non le reconduire dans sa fonction. Image: ANTHONY ANEX

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Si le parlement ne devait pas réélire Michael Lauber au poste de procureur général de la Confédération, cela «nuirait à la réputation de la Suisse sur le plan international». C’est le socialiste Claude Janiak, conseiller aux États de Bâle-Campagne, qui l’affirme haut et fort. Un soutien exprimé à quelques jours d’une décision très attendue: la Commission judiciaire des Chambres fédérales dira à la fin d’août ou au tout début de septembre si elle recommande de reconduire Michael Lauber dans sa fonction. Claude Janiak n’en fait pas partie, mais c’est incontestablement une voix qui compte à Berne: au Conseil des États depuis 2007, il préside la délégation des Commissions de gestion du parlement.

Ces derniers mois, Michael Lauber a subi de nombreuses critiques car il a rencontré discrètement le président de la FIFA, Gianni Infantino, sans que ces discussions soient citées dans un procès-verbal officiel. Dans une interview publiée ce vendredi dans le «Tages-Anzeiger», le politicien bâlois estime que le chef du Ministère public de la Confédération (MPC) «fait bien son travail». Et que «la manière dont ces discussions ont été qualifiées au cours du débat public est tout simplement erronée». Claude Janiak considère qu’il «n’est guère problématique, dans le cadre de procédures très complexes, d’effectuer de telles discussions préalables avec les personnes impliquées». L’autorité de surveillance du MPC, relève-t-il, a expliqué que cela fait partie du «courant normal et que cela n’a rien d’interdit».

Reste qu’il n’y a pas de traces écrites de ces rencontres et qu’une d’entre elles avait, semble-t-il, disparu de la mémoire des protagonistes. Mais, précise Claude Janiak, «l’autorité de surveillance n’a jamais mis en doute la légalité de ces rencontres. Cela figure dans son rapport annuel. Elle a juste dit que de telles entrevues devraient être mentionnées dans une note jointe au dossier ou quelque chose d’approchant.»

Récusation

Conséquence directe, deux procédures ouvertes contre deux ex-fonctionnaires connus de la FIFA ont été ralenties. Le Tribunal pénal fédéral (TPF) a considéré que Michael Lauber et deux procureurs avaient fait preuve de partialité et devaient se récuser. Une décision que l’intéressé a contesté en vain. Pour Claude Janiak, la faute en incombe «aux juges du Tribunal pénal fédéral de Bellinzone (TPF), qui ont pris plus de sept mois pour prendre leur décision. C’est clairement contraire à la procédure pénale, qui indique qu’il faut trancher ce type de cas en quelques semaines seulement.» Pour le sénateur bâlois, avocat de profession, «Lauber n’a pas commis de faute en effectuant ces entretiens. Si l’autorité de surveillance du MPC avait estimé qu’il s’agissait d’un manquement grave, il aurait été rappelé à l’ordre. Elle ne l’a pas fait et a juste recommandé de les mentionner au dossier. C’est tout.»

Cet organisme de surveillance ne devrait pas, selon lui, se mêler des activités opérationnelles du MPC. Or, avant de prendre la décision sur la récusation de Michael Lauber, le juge fédéral Giorgio Bomio, socialiste lui aussi (et ancien membre de l’autorité de surveillance), a critiqué le procureur général lors d’une rencontre interne du parti, en s’adressant à Claude Janiak. Cela a fait bondir le Bâlois: «Je ne souhaite à personne d’avoir affaire à un juge qui s’exprime de manière méprisante sur une des parties au procès quelques jours avant de trancher.» En effet, poursuit l’avocat, «on a tapé sur Lauber sans discontinuer, et je n’en vois pas la raison. J’ai estimé que cela suffisait et j’ai appelé Lauber, nous nous sommes rencontrés et je lui ai raconté l’incident. Je me suis exposé certes, mais de temps à autre, il faut bien jouer cartes sur table.»

Claude Janiak précise qu’il connaît Michael Lauber, rencontré lors d’événements privés, «comme je connais d’ailleurs Mme Sommaruga ou M. Berset», et qu’il aurait procédé de même s’il s’agissait d’une personne qu’il ne fréquentait pas en privé.

«Dénigrement»

Il est remarquable qu’un conseiller aux États siégeant à Berne depuis longtemps se déclare tout à coup aussi nettement en faveur de M. Lauber. Claude Janiak rétorque que, jusqu’à présent, on n’a entendu que ceux qui cassent du sucre sur le dos du procureur: «À mon sens, une campagne de dénigrement est en cours. Et je ne suis pas un complotiste patenté, loin de là.» Certains ont des agendas politiques bien arrêtés: «Il y a des journalistes qui n’aiment pas M. Lauber. Et des parlementaires, certains avocats par exemple, auxquels le Ministère public de la Confédération a cassé les pieds. Cela s’additionne.»

Le juriste bâlois, qui quittera Berne cet automne, ne se prononce pas sur les chances de réélection de Michael Lauber. Il espère «que le parlement réfléchisse de manière plus rationnelle à ce propos» afin d’éviter, en cas de destitution, de donner l’impression que la justice en Suisse se politise. L’élection du procureur général doit se tenir durant la session d’automne, qui aura lieu du 9 au 27 septembre. À moins qu’elle ne soit repoussée au dernier moment.

Créé: 16.08.2019, 07h04

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Articles en relation

Michael Lauber échoue à faire réviser sa récusation

Confédération La Cour d'appel du Tribunal pénal fédéral a constaté l'irrecevabilité de la demande du procureur général de la Confédération. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Dons d'organes: le Conseil Fédéral veut le consentement des proches
Plus...