Le fourgon attaqué à Daillens n'avait qu’un blindage léger

Convoi de fondsLe véhicule, qui appartient à La Poste, n’était que semi-blindé alors que l’horaire autorisait le passage d’un véhicule plus lourd.

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Les malfrats qui ont attaqué un fourgon de La Poste lundi vers 19h40 à Daillens courent toujours (lire encadré). Contacté, le géant jaune se dit «choqué par la violence et l’énergie criminelle des auteurs de cet acte». Dans les détails, le transporteur était un véhicule appartenant à SecurePost, une filiale de La Poste. Sur les réseaux sociaux, l’affaire relance la polémique sur l’interdiction de circuler de nuit pour les véhicules lourds, autrement dit totalement blindés. Car à la mi-août, le Conseil fédéral décidait de rejeter une motion qui demandait de la lever.

Pour rappel, dans le cadre de la loi actuelle, l’ordonnance sur les règles de la circulation routière (OCR) interdit aux billets de banque, notamment, de circuler de nuit et le dimanche dans des véhicules de plus de 3,5 tonnes. Conséquence: dans des fourgonnettes plutôt que dans les camions blindés dont ils rêvent, les convoyeurs constituent une cible de choix pour les braqueurs, parfaitement au courant des failles de la législation.

«La sécurité de nos collaborateurs est notre priorité absolue»

Sauf que cette interdiction n’est valable qu’entre 22h et 5h du matin. Dans le cas de Daillens, La Poste aurait donc pu utiliser un fourgon plus sécurisé que son véhicule «semi-blindé», dont la nature est confirmée par la police cantonale. Alors pourquoi ne l’a-t-elle pas fait? Pour faire des économies? Pour pouvoir passer inaperçu? Le géant jaune ne répond pas sur le fond et ne révèle pas non plus le montant de la somme d’argent dérobée par les braqueurs. «La sécurité de nos collaborateurs est notre priorité absolue, assure dans un courriel Léa Wertheimer, responsable communication de La Poste. C’est pourquoi nous revoyons constamment nos mesures de sécurité. Avec l’augmentation des attaques de transports de fonds en Suisse romande, nous adaptons continuellement les mesures de prévention et de sécurité.»

Soit. Pour en avoir le cœur net sur le fourgon de SecurePost attaqué à l’explosif à Daillens, nous avons demandé à Alexandre Vautravers, coordinateur du MAS en sécurité de l’Université de Genève, de nous livrer son expertise. «Ce véhicule dispose visiblement de protections très légères, même si les photos des épaves (voir la vidéo ci-dessus) ne permettent pas de voir tous les détails, analyse-t-il. Il peut être avantageux d’employer de tels engins, banalisés, qui se fondent dans le trafic habituel. Mais ils ne permettent pas de faire face au risque de bandes très organisées et armées, disposant fréquemment d’informations internes.»

Plan d’action du Canton

Jean-Christophe Sauterel, chef de la communication de la police cantonale, complète: «La cabine est protégée, donc les agents sont en sécurité, insiste-t-il. Cependant, le chargement ne bénéficie pas d’un blindage en tant que tel, même si les parois sont renforcées.»

D’après les forces de l’ordre, ces protections seraient loin d’être suffisantes. «Pour rendre notre pays moins attractif pour ce type de délinquants, il faut prendre un ensemble de mesures, explique Jean-Christophe Sauterel. Tous les transports de fonds doivent se faire avec des véhicules totalement blindés, les montants transportés doivent être limités et un système de destruction automatique des valeurs doit être systématiquement mis en place à l'intérieur des véhicules (lire encadré).» Mardi soir, sur les ondes de la RTS, Béatrice Métraux a déclaré qu’elle allait présenter un plan d’action urgent allant dans ce sens à ses collègues du Conseil d’État.

Créé: 03.12.2019, 20h51

Un violent braquage à l’explosif

D’après un témoin qui s’est présenté sur place peu après la détonation, il y avait au moins six malfrats. «Je les ai vus charger des caisses et des gros sacs dans leurs voitures avant de filer», assure-t-il.

«Malgré l’important dispositif policier mis en place très rapidement avec l’engagement de nombreuses patrouilles des polices vaudoises et des cantons voisins ainsi que du Corps des gardes-frontières, les auteurs n’ont pour l’heure pas pu être interpellés», indique la police cantonale qui lance un appel à témoins. Toutes les personnes ayant remarqué des comportements inhabituels ou particuliers avant, pendant ou après les faits sont priées de les signaler au +41 21 333 53 33.

«Le mode opératoire nous fait penser que nous avons affaire à des auteurs venus de France voisine, sûrement de la région lyonnaise, ou à des gens du voyage», précise Jean-Christophe Sauterel, le chef de la communication de la police.

Sécurité

La branche durcit le ton

L’actualité sécuritaire sur les convois de fonds portait, cet été encore, sur le renforcement du blindage des véhicules qui circulent la nuit, soit de 22h à 5h. Cet énième braquage, qui s’est déroulé à 19h40, change beaucoup de choses. Pour la profession, c’est un électrochoc. Une prise de conscience que l’amélioration de la sécurité doit être beaucoup plus large. Joint mardi au téléphone, Luc A. Sergy semblait encore sous le choc. Mais pas abattu. Au contraire, le directeur de l’Association des entreprises suisses de services de sécurité (AESS), qui comprend le transport d’argent, ne tergiverse plus. Il veut désormais agir le plus rapidement possible. Selon lui, cette dernière attaque a encore une fois mis en danger de mort le personnel. Pour l’AESS, cela ne peut plus continuer ainsi. «Notre objectif principal est la sécurité de notre personnel», assène-t-il.
Luc A. Sergy exige trois mesures à prendre immédiatement. Premièrement, la généralisation du blindage renforcé des véhicules, de nuit comme de jour. Le semi-blindage n’est plus assez sûr. Deuxièmement, le directeur de l’AESS constate que les montants transportés, qui se calculent en millions de francs, attirent les braqueurs, qui ne lésinent pas sur les moyens. Il estime qu’il faut diminuer les montants convoyés afin de rendre les attaques beaucoup moins rentables et plus risquées. Quitte à multiplier le nombre de convois, ce qui coûtera plus cher. Enfin, le patron de l’AESS estime qu’il est temps d’installer un système de destruction des billets en cas d’agression. Ce système doit être imposé partout, sans exception. «Nous devons discuter de tout cela très rapidement avec les professionnels de la branche et les autorités», ajoute Luc A. Sergy. Certaines de ces mesures ont déjà été adoptées dans d’autres pays européens, la France notamment.

Dominique Botti

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