Le fossé ville-campagne se creuse sur le logement

Initiative pour des loyers abordablesL’initiative des milieux des locataires a échoué. Outre Sarine, on a mal digéré «l’étatisme» du projet


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Vous voulez un loyer abordable en ville? Ne comptez pas trop sur la Confédération et allez habiter à la campagne où les appartements sont moins chers. C’est en gros le message que les Suisses ont envoyé dimanche dans les urnes. Ils ont nettement refusé l’initiative des associations de locataires qui exigeaient qu’au moins 10% des nouveaux logements appartiennent à des coopératives. Le non dépasse les 57% et met en lumière plusieurs fossés de la Suisse contemporaine: celui entre la ville et la campagne, celui entre la Suisse romande et la Suisse alémanique et enfin celui entre la gauche et la droite.

Quand on regarde grossièrement la carte du vote de la Suisse, c’est le fossé entre la Suisse romande et la partie alémanique qui saute d’abord aux yeux. Quatre cantons francophones sur six, dont Genève et Vaud, ont approuvé l’initiative populaire «Davantage de logements abordables». De l’autre côté de la Sarine, quasi tous les cantons disent non — dont certains de façon cinglante, comme Appenzell Rhodes-Intérieures à plus de 76%. On retrouve dans ce grand écart une divergence culturelle bien connue. La Suisse romande croit plus volontiers à l’action de l’État, la Suisse alémanique davantage à la responsabilité individuelle.

Le oui des grandes villes

Quand on zoome dans les cantons, c’est souvent un autre fossé qui apparaît. Celui entre la ville et la campagne. On le voit très bien dans le canton de Vaud. Les citadins de Lausanne, Yverdon ou Nyon disent massivement oui, alors que de nombreuses communes rurales manifestent leur opposition farouche. Même topo en Suisse alémanique sur le Plateau. Les grandes villes de Zurich, Berne, Bâle ou Lucerne approuvent le texte, mais sont minorisées par leurs cantons respectifs. Le champion du oui? Le demi-canton urbain de Bâle-Ville à plus de 60%, qui devance d’un cheveu le canton citadin de Genève.

Enfin, la couleur politique d’une commune complète le tableau. La rive gauche aisée de Genève n’a plus grand-chose de rural. En revanche, les Cologny, Vandœuvres ou Anières sont des bastions de droite où l’on préfère le libéralisme à la réglementation étatique des associations de locataires. Le sondage internet Tamedia, réalisé juste avant le vote, confirme que les gens ont suivi le mot d’ordre du parti dont ils se sentent le plus proche. Ce qui n’est pas toujours le cas.

«C’est une défaite honorable, estime Carlo Sommaruga, conseiller aux États PS et président de l’Asloca Suisse. Nous avons atteint près de 43% des voix et pu mettre sur la table les bobards des opposants sur la prétendue baisse des loyers. Notre score est un avertissement aux milieux de l’immobilier. Arrêtez de vouloir démanteler le droit du bail, car sinon nous gagnerons cette fois le référendum.»

Regula Rytz, la présidente des Verts et ancienne candidate au Conseil fédéral, n’avale pas une chose en regardant la carte du vote. «Là où il y a des problèmes de logement, soit dans les villes, les gens disent oui à l’initiative. Ce qui me touche, c’est le manque de solidarité des habitants de la campagne envers les familles citadines qui ne trouvent pas suffisamment de loyers abordables.» Ne faudrait-il pas que ces familles aillent se loger à la campagne? «Mais les emplois se trouvent avant tout dans les villes!» Elle espère, sans trop y croire, que la droite tiendra maintenant ses promesses d’aider localement à résoudre la crise du logement.

Du côté de la droite, justement, on a le triomphe modeste. «Le résultat est net, mais on revient de loin, explique Hans Egloff, président de l’Association suisse des propriétaires fonciers. Nous avons très mal démarré la campagne, avec un sondage qui donnait l’initiative largement victorieuse. Nous avons dû mettre les gaz et expliquer que l’étatisation du marché du logement au niveau national ne résoudrait pas le problème spécifiques des villes.»

Olivier Feller, conseiller national PLR et directeur de la Chambre vaudois immobilière, se dit très satisfait. «Au vu du premier sondage GFS, je ne m’attendais pas à un résultat d’une telle ampleur.» Il en fait la lecture inverse de Carlo Sommaruga. «Le fait de gagner à plus de 57% contre une initiative au titre séduisant sur les loyers abordables est une incitation pour nous à réaliser une réforme modérée du droit du bail.» Il ne croit pas aux solutions simples concernant le logement. «Regardez à Genève. La population dit oui au principe abstrait de favoriser les coopératives, mais elle refuse dans le même temps un projet de densification pour créer plus de logements.»

250 millions de plus

Le conseiller fédéral Guy Parmelin reconnaît comme toute la droite qu’il y a des problèmes de logement dans les grandes agglomérations. «Mais il faut les résoudre de manière ciblée. La Confédération viendra en aide, puisque 250millions supplémentaires sur dix ans seront versés dans le fonds de roulement pour des prêts à des coopératives.» La gauche réclame le double, soit un demi-milliard. Guy Parmelin met le holà. «Ce ne serait pas correct avec le vote majoritaire qui s’est exprimé ce dimanche. Il ne faut pas se précipiter. L’essentiel est d’aider de bons projets. J’ai demandé à l’Office fédéral du logement d’analyser finement le résultat de cette votation pour voir où le besoin est le plus criant.»

Créé: 09.02.2020, 22h58

Commentaire: Des actes pour alléger le fardeau des loyers

Bien sûr, le résultat est sans appel. La majorité des Suisses a jeté au rebut la solution que préconisait l’Asloca pour s’attaquer à la crise du logement. Mais cette crise n’a pas disparu pour autant. De très nombreux habitants de ce pays paient trop cher pour se loger. Tout comme leurs factures d’assurance maladie, leur loyer grève leur budget mensuel. C’est cela qu’ont voulu exprimer les 963000 citoyens qui ont soutenu l’initiative. Il réclament des logements abordables, peu importe le moyen. Et sans devoir s’exiler au fond d’une campagne inconnue.

Ce message doit être entendu. Il doit résonner au-delà des déclarations bienveillantes des vainqueurs du jour. Débloquer 250millions de francs sur dix ans, c’est bien joli, mais il faut maintenant veiller à ce que ce montant soit intégralement versé pour bâtir des logements accessibles là où les besoins sont les plus forts. Les contraintes sont telles que certaines enveloppes fédérales — on songe au fonds pour l’assainissement énergétique des bâtiments — sont parfois sous-utilisées. Un comble.

La Confédération et les Cantons doivent donc mettre en œuvre une politique volontariste, avec des procédures simples et efficaces, pour alléger peu à peu le fardeau des loyers. La population est en droit d’attendre des actes. Patrick Monay

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