Le fort oui des Suisses donne de l'élan aux combats LGBTQI+

Votations fédéralesLes associations font du plébiscite de la norme contre l’homophobie un jalon en vue des futurs débats au Parlement.

Le peuple suisse a lancé un véritable plébiscite en faveur de la communauté LGBTIQ+. La joie est légitime – et sans retenue – pour les initiateurs et les partisans du référendum.

Le peuple suisse a lancé un véritable plébiscite en faveur de la communauté LGBTIQ+. La joie est légitime – et sans retenue – pour les initiateurs et les partisans du référendum. Image: Keystone

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«C’est un signal puissant.» Arrivé à Berne en milieu d’après-midi dans le stamm des associations LGBTIQ+, le conseiller national Mathias Reynard (PS/VS) est ovationné. Sept ans après le dépôt de son initiative parlementaire, la norme pénale contre le racisme est étendue à la discrimination en raison de l’orientation sexuelle.

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Le plébiscite est massif avec 63% de votes favorables. Les Vaudois sont les champions du oui (80,2%), juste devant les Genevois (76,3%). Seuls les cantons d’Uri, de Schwytz et d’Appenzell Rhodes-Intérieures ont dit non. De manière générale, le taux d’acceptation est un peu moins fort en Suisse alémanique. Marc Früh, membre de l’UDC et du comité référendaire, est déçu. «Le Suisse allemand tient davantage à sa liberté d’expression. Il veut sa liberté. Quand on a le Code pénal en arrière-plan, on réagit différemment. Pour moi, c’est par l’éducation et l’information qu’on règle les problèmes sociaux, pas au moyen du Code pénal.» Pour la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, «les votants disent que la haine et la discrimination n’ont pas leur place dans notre société». La Saint-Galloise a indiqué que la nouvelle norme devrait entrer en vigueur le 1er juillet.

Évolution depuis le PACS

En Suisse, le dernier vote lié aux droits des homosexuels remonte à 2005. Le partenariat enregistré avait alors convaincu 55% des citoyens. Six cantons, dont le Valais et le Jura, l’avaient refusé. Aux yeux de Mathias Reynard, le score de dimanche est d’autant plus réjouissant. «Cela montre l’évolution de la société. La Suisse de la tolérance et des droits humains gagne. C’est une victoire à force de persévérance. Il y a eu un gros travail des associations. C’est venu de la population.»

Codirectrice de la campagne pour l’extension de la norme pénale, Muriel Waeger confirme: «Nous avons eu un investissement énorme, et pas seulement dans la communauté. Rares sont les campagnes où autant de personnes militent. Par rapport au partenariat enregistré, c’était très net.» La Vaudoise poursuit: «Le signal est extrêmement fort pour les personnes LGBTIQ+ de manière générale, même si tout le monde n’est pas concerné par la norme. Cela montre qu’il y a une volonté pour avancer dans d’autres combats.» Dans le stamm, Mathias Reynard scande: «On est gonflés à bloc pour les prochaines victoires! Nous ne nous arrêterons pas là!»

Deux versions s’opposent

Parmi les combats futurs identifiés par les associations figure un projet législatif pour faciliter le changement de sexe. Il sera débattu au parlement cette année. «L’idée est que le changement de sexe pour les personnes trans et intersexuées se base sur l’autodétermination et que le processus ne se fasse plus devant un tribunal mais à l’office d’état civil. Ce serait plus rapide et moins bureaucratique», explique Alecs Recher, juriste pour le Transgender Network Switzerland. Satisfaisant? «Il reste un problème par rapport aux mineurs capables de discernement. Il faudrait qu’ils puissent déposer leurs demandes sans le consentement des parents. Nous espérons fortement que le parlement en tienne compte.»

Autre proposition qui arrive à Berne, celle d’étendre le mariage civil aux couples de même sexe. Deux versions s’opposent: la première – soutenue par le Conseil fédéral – s’en tient au mariage au sens strict. La seconde version – appuyée par une minorité en commission – souhaite aller plus loin et ouvrir le don de sperme aux couples d’homosexuelles.

«Je suis pour cette seconde version, pour le mariage complet et je pense que le vote d’aujourd’hui peut faciliter les choses au parlement», souligne Christa Markwalder (PLR/BE). Pourtant, punir les propos haineux ou autoriser la PMA, ce n’est pas tout à fait la même chose? «Ce ne sont pas les mêmes questions. Mais on a assisté à une démonstration pour une société ouverte qui veut l’égalité pour les personnes homosexuelles.» Mathias Reynard en est aussi convaincu: «Nous ne voulons pas d’un mariage soft, parce qu’il est injuste.»

Troisième combat: l’extension de la norme pénale antiraciste protégera dès cet été les personnes discriminées en raison de leur orientation sexuelle, mais les propos de haine visant l’identité de genre resteront impunis. «Il faudra revenir à la charge si l’on constate des lacunes juridiques en matière de transphobie», affirme Mathias Reynard. La ministre Karin Keller-Sutter rappelle que ce point avait été débattu au parlement. «La notion d’identité sexuelle avait été biffée de l’objet accepté ce dimanche. Que cette revendication revienne, cela fait partie du débat politique. Je ne suis pas convaincue que cela puisse recueillir une majorité.»

Créé: 09.02.2020, 22h55

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