Formation des profs: «Trop courte et anachronique»

EnseignantsLe SER demande la tenue d’Etats généraux pour repenser le cursus des Hautes écoles pédagogiques.

Jean-Marc Haller, secrétaire général du Syndicat des enseignants romands, illustre les coupes dans les budgets des HEP.

Jean-Marc Haller, secrétaire général du Syndicat des enseignants romands, illustre les coupes dans les budgets des HEP.

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La formation délivrée par les Hautes Ecoles pédagogiques (HEP) romandes n’est pas suffisante pour permettre aux enseignants de remplir leur mission, a fait savoir mercredi à Lausanne le Syndicat des enseignants romands (SER), à quelques jours de la rentrée scolaire. «Le syndicat demande à la Conférence intercantonale de l’instruction publique (CIIP) l’ouverture d’états généraux sur la question», lance son président, Georges Pasquier. Il l’avait fait en 2012 sur le sujet de l’enseignement des langues en primaire.

Au chapitre des obstacles, le SER – neuf sections, 9500 membres – invoque les coupes budgétaires pratiquées dans quasi tous les cantons romands au poste «HEP». Pour la seule école BeJuNe (Jura bernois, Jura et Neuchâtel), le nombre d’étudiants a augmenté de 50% de 2009 à 2015, pour une diminution de 12% du budget. Seul Vaud fait exception avec ses finances saines, «ce qui n’empêche pas une explosion du nombre d’étudiants, et donc une diminution de l’encadrement», nuance Gregory Durand, président de la Société pédagogique vaudoise. Le plafond de six semestres pour les enseignants de l’école enfantine et du primaire fait particulièrement grincer des dents Jean-Marc Haller, secrétaire général: «Trois ans ne sont pas suffisants compte tenu des exigences demandées aux enseignants. Quatre ne le seraient pas non plus, mais ce serait déjà ça.» De son côté, le canton de Genève, bien loti avec une formation de quatre ans, doit composer avec une motion parlementaire demandant de la ramener à trois. «On ne verrait pas où supprimer des modules!» s’offusque Laurent Vité, président de la Société pédagogique genevoise. La réponse de la conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta, cheffe de l’Instruction publique genevoise, à la motion est prévue à l’automne.

Des exigences en plus

Mixité culturelle, pédagogie intégrative d’élèves en difficulté ou souffrant de troubles mentaux ou psychiques, plurilinguisme, travail personnalisé et de groupe, exigences parentales plus élevées: l’enseignant est demandeur d’une formation de base plus poussée. «Or la décision obstinée de se limiter aux trois ans du bachelor oblige les HEP à renoncer à former les étudiants pour certaines branches et à proposer des formations complémentaires pour privilégier une politique de saupoudrage. Il en résulte des enseignants semi-généralistes qui ne maîtrisent plus l’ensemble du cursus, donc le développement global de l’élève», fustige le SER. Qui précise que la Suisse pratique l’une des durées de formation parmi les plus basses en Europe.

Au secondaire, le problème est ailleurs. L’obligation des enseignants de se spécialiser dans une ou deux branches débouche sur des situations «de délinquance institutionnelle», Jean-Marc Haller Dixit. Autrement dit: des enseignants se retrouvent à quémander des heures pour augmenter leur temps de travail quand la proposition n’émane pas directement de l’école en manque d’enseignants. «Les cas où ces derniers se retrouvent à donner des cours dans des branches pour lesquelles ils ne sont pas formés tendent à devenir la pratique ordinaire», constate Georges Pasquier.

«Pas à l’ordre du jour»

Concernant la tenue d’états généraux, la CIIP botte pour l’heure en touche, à entendre le secrétaire général Olivier Maradan: «Les questions structurelles liées à la formation des enseignants ne relèvent pas de la CIIP, mais de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’Instruction publique au niveau national.» Et d’ajouter: «A l’heure actuelle, l’augmentation de la durée minimale de formation – souhaitée de longue date par le SER – n’est pas à l’ordre du jour. La durée minimale est notamment de trois ans pour le degré préscolaire-primaire, laissant aux autorités locales la possibilité d’en faire davantage si souhaité et accepté politiquement et financièrement par le parlement cantonal.» (TDG)

Créé: 12.08.2015, 21h37

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