Des fonds privés financent la leçon d’islam en Suisse

ReligionMenacé par une initiative de l’UDC, le Centre suisse islam et société, basé à Fribourg, fait ses preuves.

Hansjörg Schmid, directeur du Centre islam et société, et Astrid Epiney, rectrice de l’Université de Fribourg.

Hansjörg Schmid, directeur du Centre islam et société, et Astrid Epiney, rectrice de l’Université de Fribourg. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Après la polémique, la mise en pratique. Le Centre suisse islam et société (CSIS), mis en place il y a six mois à Fribourg sur mandat de la Confédération, a vécu des débuts académiques sereins. Le premier cours, consacré à l’islam en Europe, a suscité de bons échos auprès de la douzaine d’étudiants et d’auditeurs libres qui l’ont suivi ce printemps. «J’ai évoqué la place de la religion dans une société plurielle, à travers les points de vue de penseurs musulmans, mais en dialogue avec la philosophie politique et la pensée chrétienne», indique Hansjörg Schmid, enseignant à la Faculté de théologie et directeur du centre.

De Lausanne à Lugano en passant par Zurich, ce théologien allemand de 42 ans multiplie les contacts avec les musulmans, afin de cerner au mieux leurs besoins et leurs attentes. «Notre défi consiste à leur ouvrir ce lieu.» C’est ainsi qu’est née l’idée d’un séminaire sur l’intégration socioprofessionnelle des jeunes et des femmes de confession musulmane. Il réunira, au mois d’octobre, des responsables d’associations, des enseignants, des médiateurs et des représentants de l’administration publique. D’autres suivront, consacrés aux relations parfois difficiles avec les médias, au travail d’aumônerie dans les prisons. Ou encore à la radicalisation des jeunes. «Les responsables des communautés musulmanes s’inquiètent de ce phénomène et demandent un vrai travail de prévention», témoigne Hansjörg Schmid.

Malentendus à dissiper
La demande d’initiative déposée par l’UDC fribourgeoise contre la mise en place du CSIS (lire ci-dessous) pourrait-elle freiner cet élan? La nouvelle rectrice de l’Université de Fribourg promet que non, tout en prenant l’affaire au sérieux. «Nous avons l’obligation de bien expliquer aux citoyens ce que nous faisons, pour dissiper les malentendus», souligne Astrid Epiney. Depuis son entrée en fonction, en mars, elle a ouvert la discussion avec tous les partis politiques. Pour leur dire, notamment, qu’il n’est pas question de former de nouveaux imams. «Cela impliquerait un cursus complet en théologie islamique. Nous ne pouvons et ne voulons pas offrir cela ici.»

En revanche, les imams exerçant dans notre pays pourront bénéficier des cours de formation continue dispensés à Fribourg, en français et en allemand. A terme, l’objectif est de leur permettre de comprendre la culture et le système suisses, pour mieux répondre aux questions pratiques qui leur sont posées. Que dire, par exemple, à des parents réticents à l’idée d’envoyer leur fille en camp de sport?

L’alma mater a un autre argument de poids pour défendre le CSIS. Il ne sera pas un gouffre à deniers publics, comme le crie haut et fort l’UDC. Une grande fondation suisse a en effet décidé de lui attribuer «un montant considérable», selon Astrid Epiney. La nouvelle sera officialisée dans quelques jours. Cette manne s’ajoutera aux contributions des Secrétariats d’Etat aux migrations (SEM) et à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI). Au total, plus de 3 millions de francs. De quoi mettre en perspective les 220 000 francs par année qui sont à terme prévus au budget de l’Université (210 millions) pour financer l’institut. «C’est un investissement pour l’avenir», estime la rectrice.

Le CSIS pourra ainsi lancer une filière d’enseignement complémentaire de master, mais aussi un programme doctoral sur les questions d’éthique sociale. Six chercheurs pourront l’intégrer. Objectif: favoriser le dialogue entre musulmans et chrétiens dans des domaines tels que la pédagogie, l’enseignement ou le travail social. «Les doctorants se pencheront sur des thèmes qui se heurtent parfois à certaines convictions, note Hansjörg Schmid, en citant l’exemple du diagnostic préimplantatoire. Le but étant de trouver le moyen de vivre sa religion dans la société pluraliste suisse.» Une réflexion approfondie, menée par des musulmans dans le cadre universitaire, «peut constituer l’une des meilleures réponses à l’extrémisme religieux», confirme Astrid Epiney.

Ouvrir les portes
Et contre l’islamophobie, qui gagne du terrain en Suisse? Le directeur du CSIS répond avec lucidité: «Espérons que nous pourrons contribuer à un débat un peu plus sobre, pas après pas. Il faut montrer la pluralité de l’islam, mais aussi encourager les communautés musulmanes à davantage ouvrir leurs portes.»

Créé: 22.06.2015, 10h41

Isolée, l’UDC mène un combat très incertain

L’UDC fribourgeoise ne veut pas du Centre suisse islam et société. Elle tente de réunir 6000 signatures pour demander «que la Constitution cantonale soit modifiée afin d’introduire une base légale n’autorisant pas sa création». Le parti entend ainsi «empêcher qu’une quelconque formation étatique d’imams soit instaurée».

Sur la brèche depuis avril, l’UDC a encore quelques semaines pour parvenir à ses fins. Elle ne peut compter sur
le soutien du camp bourgeois: en période électorale, le PDC et le PLR ont pris leurs distances avec cette initiative populaire, alors même qu’ils avaient dénoncé le projet du CSIS au parlement cantonal l’an dernier.

Quoi qu’il en soit, le processus s’annonce long et complexe. Si la récolte de signatures aboutit, le Grand Conseil devra statuer sur la validité de l’initiative. Décision qui pourrait faire l’objet d’un recours. Ensuite, les députés auraient à se prononcer sur la démarche, ce qui pourrait donner lieu à une première votation populaire. Mais il en faudrait une seconde, portant sur le texte (encore à rédiger) modifiant la Constitution cantonale, pour parvenir à une éventuelle interdiction du CSIS. Une situation hautement problématique si l’institut parvient – comme tout semble l’indiquer aujourd’hui – à développer ses activités d’ici là.

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