«Nous avons besoin de davantage de Genevois qui s’engagent»

InterviewLe PDC Guillaume Barazzone ne brigue pas un nouveau mandat aux élections fédérales. Bilan après 6 ans à Berne.

Guillaume Barazzone aura siégé six ans au Conseil national, à Berne.

Guillaume Barazzone aura siégé six ans au Conseil national, à Berne. Image: Georges Cabrera

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La dernière session de la législature 2015-2019 vient de s’achever au parlement fédéral. C’était aussi la dernière pour Guillaume Barazzone, qui a annoncé en novembre 2018 qu’il ne se représenterait pas, ni à Berne ni en Ville de Genève, suite à l’affaire des notes de frais.

En six ans, le PDC est parvenu à faire sa place sous la Coupole, au point que «Blick» a sorti son nom à l’heure d’évoquer les candidats à la succession de Doris Leuthard. Il fut le premier à tirer la sonnette d’alarme dans l’affaire «CarPostal» France. Il se dit fier d’avoir défendu «une Suisse ouverte sur le monde et combattu les initiatives xénophobes de l’UDC».

À l’heure de terminer votre mandat au Conseil national, quels sentiments prévalent?

Siéger à Berne avait toujours été un rêve. Ce fut un honneur.

Parlementaire, vous avez participé à un changement d’époque: le passage à un monde post-secret bancaire. La Suisse a-t-elle évité le pire?

Malgré un changement de paradigme au niveau international, la Suisse a résisté. Nous sommes venus à bout de trois gros chantiers: le renforcement de la lutte contre le blanchiment, l’échange automatique de renseignements en matière fiscale et la suppression des statuts privilégiés des entreprises. En tant qu’élu, mon souci a été de faire en sorte que notre pays s’adapte aux nouveaux standards, sans être mis au ban de la communauté internationale, tout en préservant la compétitivité de nos entreprises.

Est-ce plus difficile de faire sa place quand on est Romand?

Au National, c’est avant tout l’appartenance partisane qui compte. La personnalité et la capacité à assumer une lourde charge de travail sont aussi primordiales. Il est vrai que nous, Romands, avons plus besoin des Suisses allemands qu’eux ont besoin de nous.

Être Genevois, est-ce une circonstance aggravante?

Pour certains élus suisses allemands, Genève reste exotique. Mais nous avons aussi une tendance fâcheuse à nous autoflageller, à nous mettre nous-même à l’écart. Pourtant, la Genève internationale est un pilier de la diplomatie helvétique. Notre économie dynamique est reconnue comme telle à Berne. Je suis très fier des centaines de millions de francs que nous avons réussi à débloquer, avec les autres élus genevois, pour rénover les bâtiments des organisations internationales. Ce lobbying est essentiel, mais il ne doit pas se cantonner au Palais fédéral. Nous avons besoin de davantage de Genevois qui s’engagent dans les associations, dans les syndicats et les organisations faîtières. On doit être présent! En Suisse, la formation de l’opinion se fait aussi là.

Vous avez siégé dans la prestigieuse Commission de l’économie et des redevances. Une réussite?

Une victoire fut de convaincre une majorité de parlementaires d’augmenter les déductions fiscales pour les familles: jusqu’à 25 000 francs pour les frais de garde. Les familles pourront aussi soustraire 10 000 francs par enfant, indépendamment du fait qu’il soit placé en crèche, en nourrice ou à la maison. Cela s’est joué le dernier jour de la dernière session, fin septembre, en conférence de conciliation entre les deux Chambres.

De quoi êtes-vous le plus fier?

D’avoir défendu une Suisse ouverte sur le monde et combattu les initiatives xénophobes de l’UDC. D’avoir, avec mes collègues, mis sous toit la réforme des entreprises, soutenue par le peuple. Sur le plan sociétal, je me suis engagé pour la fin des discriminations fondées sur l’orientation sexuelle et du mariage pour tous, sujets qui me tiennent à cœur.

Pensez-vous que le PDC doive perde son «C» pour stopper l’érosion de son électorat?

On peut être démocrate-chrétien comme moi tout en défendant une ligne urbaine, progressiste, écologique et libérale sur le plan économique. Il y a une plus grande place à prendre au centre de l’échiquier. S’il perd encore des plumes le 20 octobre, le PDC Suisse va devoir se remettre sérieusement en question. À force de ne pas vouloir perdre des électeurs dans les cantons historiques, on risque de ne jamais conquérir de nouvel électorat urbain, notamment féminin, dans les agglomérations.

À l’heure de la défiance envers les politiques, peut-on toujours exercer un double mandat?

Un double mandat peut être utile. Lorsqu’on siège dans un Exécutif, on résout des problèmes concrets au quotidien. Nous avons parfois une approche plus pragmatique. L’ancrage local, c’est important. En collaboration avec le département municipal de Rémy Pagani et l’Union des villes suisses, nous avons par exemple fait adopter un postulat pour diminuer les nuisances sonores. Une problématique urbaine. Notre démarche a porté ses fruits puisque le Conseil fédéral a proposé un plan de mesures.

Un regret?

Deux. Le rejet par le peuple de la fin de la pénalisation du mariage en matière fiscale et de la réforme des retraites. Cette dernière ne peut pas être repoussée éternellement, sinon ce sont les jeunes générations qui vont la payer.

Et sur le plan personnel?

Puisque cela est personnel, vous me permettrez de le garder pour moi.

Sans l’affaire des notes de frais, est-ce que vous vous seriez représenté?

Oui.

Créé: 05.10.2019, 09h16

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Bio express

1982 Naissance à Genève.

2000 Adhère au Parti démocrate-chrétien (PDC).

2003-2006 Siège en tant que conseiller municipal en Ville de Genève.

2005-2013 Député au Grand Conseil.

2005 Obtient une licence en droit à l’Université de Genève.

2008 Obient le brevet d’avocat et est admis au Barreau de Genève.

2011 Diplômé de la Columbia Law School, à New York.

2012 Il est élu au Conseil administratif de la Ville de Genève.

2016-2017 Maire de Genève.

2013-2018 Conseiller national.

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