«Il ne faut pas diffuser des images de façon sauvage»

Réseaux sociauxInternet peut aider les enquêteurs. Mais agir seul comporte des risques, affirme Jacques Antenen, patron de la police cantonale.

Le commandant Jacques Antenen veut que?la police garde la main sur les infos circulant sur les réseaux.?
PHILIPPE MAEDER

Le commandant Jacques Antenen veut que?la police garde la main sur les infos circulant sur les réseaux.? PHILIPPE MAEDER Image: Philippe Maeder

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Les réseaux sociaux sont de plus en plus utilisés par les victimes ou les témoins d’une infraction. Ils y diffusent des images ou des informations. Cela a été le cas après une rixe, à Lausanne, à la fin du mois d’octobre. Il y a eu des précédents, lors des braquages en série d’une bijouterie à Vevey ou encore lors de l’enlèvement d’une adolescente, en juillet 2014, à Belmont-sur-Lausanne, qui s’est terminé par un meurtre et un suicide. Le commandant de la police cantonale, Jacques Antenen, a pris position dans un éditorial du dernier numéro de Pol. Cant Info, revue trimestrielle de la police cantonale. Il ne condamne pas l’usage des réseaux sociaux en soi. «Mais il faut le canaliser», affirme-t-il.

Quand des victimes diffusent des infos sur les réseaux, est-ce une marque de défiance?
Je pense plutôt qu’un point important échappe au diffuseur, qu’il soit victime ou témoin: il ne sait pas quelles informations se trouvent entre les mains de la police. Les enquêteurs, sous la responsabilité d’un procureur à qui revient la décision, ne lui suggèrent une diffusion que s’ils ont la certitude qu’elle peut les aider à atteindre leur but, c’est-à-dire l’identification et l’arrestation des délinquants quand ils ont épuisé tous les autres moyens. Une pesée des intérêts doit avoir lieu. L’expansion des réseaux sociaux nous pousse à être prêts à répondre aux sollicitations du public. Mais le principe de base est qu’il ne faut pas diffuser des informations de manière sauvage. La police doit être le point central de la décision d’une diffusion.

Un porte-parole a affirmé que la diffusion d’images par le public est la dernière chose à faire. Etes-vous plus nuancé?
Utiliser les réseaux sociaux dans le cadre d’une enquête peut être utile, mais cette utilisation doit être canalisée par la police. Ce n’est jamais une bonne idée de le faire de son propre chef. En ce sens, la diffusion sauvage est bien la dernière chose à faire.

Vous avez vous-même déclaré: «Aidez-vous et la police vous aidera.» Diffuser des images, n’est-ce pas appliquer ce principe?
«Aidez-vous et la police vous aidera», c’était un appel à la collaboration de la population dans un but de prévention. Quand une personne diffuse une image, ce n’est pas elle qui va mettre la main sur le malfrat que nous recherchons, mais bien la police. Il ne faut pas qu’une diffusion sur les réseaux sociaux débouche sur un lynchage! Je comprends la situation des victimes et leur volonté de faire arrêter l’auteur d’une infraction. Mais mon message est: «Si vous avez des informations et des images, transmettez-les-nous!»

Le public ne risque-t-il pas de vous accuser de protéger les délinquants?
Il faut comprendre l’impact que peut avoir la diffusion non canalisée d’informations privées. Dans n’importe quelle affaire où une personne est jetée en pâture sur un média social alors que les responsabilités ne sont pas établies, l’atteinte à la sphère privée peut être gravissime. La présomption d’innocence doit être protégée. En phase d’enquête, avant la condamnation, une diffusion sauvage d’informations risque de provoquer des dégâts définitifs. Une diffusion qui a lieu dans l’émotion ne tient pas compte des conséquences. Des images qui montrent des suspects sans certitude risquent de provoquer une chasse erronée à de mauvaises sorcières.

Quand des braqueurs sont filmés, la présomption d’innocence a-t-elle un sens?
Dans ce cas, les enquêteurs eux-mêmes disposent en principe des images de la vidéosurveillance. Il ne faut pas oublier que la police réussit à identifier une grande partie des auteurs de brigandages. Si des images sont diffusées de manière sauvage, cela peut modifier le comportement des malfrats recherchés. S’ils ne savent pas qu’ils sont identifiés par des images à notre disposition, en cas de diffusion inopportune, ils vont le savoir! Cela peut prétériter l’enquête et précipiter l’arrestation. Elle risque de se dérouler dans des conditions défavorables au point de mettre en danger les intervenants. Le danger existe aussi pour le public, qui serait tenté d’intervenir. Nous devons protéger les victimes et retrouver les auteurs, mais pas faire courir des risques à des innocents qui se livreraient à une chasse à l’homme débridée.

En août dernier, des images d’un braquage à Vevey ont été diffusées sans l’accord de la police. Utile, puisque les auteurs ont été arrêtés…
C’est vrai, mais cette arrestation aurait aussi eu lieu si la diffusion avait été canalisée par la police en évitant les risques que j’ai détaillés.

La police se sent-elle dépassée par l’expansion des réseaux sociaux?
Non, nous y sommes présents. Nous avons pris le train au bon moment. Nous considérons que le développement des réseaux sociaux est un plus pour notre activité, à condition qu’ils soient bien utilisés. Nous avons diffusé des images dans quelques cas. Par ail­leurs, l’imagerie va se développer encore comme moyen d’identification. Il existe des outils de reconnaissance faciale qui permettent de comparer une image à une base de données avec une probabilité d’exactitude élevée. Bien sûr, personne ne va être condamné uniquement sur la base d’un tel résultat. D’autres preuves sont nécessaires. Mais l’image deviendra de plus en plus un élément central du travail de la police. (TDG)

Créé: 09.11.2015, 17h36

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Attention au risque d’infraction

Publier l’image d’une personne reconnaissable ou divulguer publiquement des informations privées peut exposer l’auteur à des suites pénales. On se situe dans les domaines de l’atteinte à la sphère privée, de la calomnie ou de la diffamation. «Les pro­­ches d’une victime peuvent se retrouver sur le banc des coupables», rappelait dans nos colonnes un avocat spécialiste des nouvelles technologies, Me Sylvain Métille, à propos d’une affaire d’informations diffusées sur les réseaux sociaux.

Un site Internet comme Ciao.ch résume ce que dit la loi au sujet des images: «Si la photo lui fait du tort d’une façon ou d’une autre (si elle est peu flatteuse, l’embarrasse ou bien pourrait lui attirer des ennuis), la personne photographiée peut demander des dommages et intérêts.»

Un citoyen qui s’estime atteint dans son honneur par une publication sur le Web doit agir lui-même en exigeant de l’auteur ou de l’hébergeur du site Internet qu’il retire les informations mises en cause.

Il est aussi possible de s’adresser à la justice pour tenter d’obtenir gain de cause.

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