Rupperswil veut exorciser le quadruple assassinat

JusticeMardi s’ouvre le procès de Thomas N., accusé d’avoir tué toute une famille. Le crime hante encore le village.

À Rupperswil, Thomas N. et ses victimes habitaient dans le même quartier.

À Rupperswil, Thomas N. et ses victimes habitaient dans le même quartier. Image: Keystone

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Blottie au pied de l’arc jurassien, en Argovie, Rupperswil est une petite commune bucolique de 5000 âmes. Le village est désormais marqué du sceau de l’un des faits divers les plus brutaux de l’histoire criminelle suisse. Mardi prochain s’ouvre le procès de Thomas N., l’auteur présumé. En décembre 2015, cet habitant taciturne de 33 ans égorgeait chez eux Carla S., ses deux fils et la petite amie de l’aîné, après avoir abusé sexuellement du cadet, 13 ans. Il avait tenté de camoufler son crime en mettant le feu à la maison. Il est prévenu d’assassinats, d’extorsion de fonds et de prise d’otages, entre autres (lire ci-dessous).

Le drame a bouleversé la commune, située à 5 minutes en train d’Aarau. Certains ont bien essayé d’oublier mais, à quelques jours du procès, le drame est revenu les hanter. «À la lecture de tous ces articles dans la presse, on replonge dans l’horreur», témoigne un retraité jeudi, avant d’enfourcher son vélo. Au fur et à mesure que l’on se rapproche du lieu du crime, les témoignages se font plus émotionnels. Des habitants à fleur de peau ne cachent pas leur agacement face à la présence de journalistes. «Il faut que ça cesse. C’est pénible de voir sans cesse le nom de Rupperswil dans les médias», souffle une femme.

Le meurtrier était parmi eux

La famille S. et son bourreau vivaient dans le même quartier, à moins de 500 mètres l’une de l’autre. Des rangées de maisons aux jardins bien entretenus sont cernées de terrains agricoles. «Le jour du meurtre? Je m’en souviens très clairement. C’était un lundi matin, peu avant Noël», raconte un voisin occupé à bricoler. Ce jour-là, les habitants se réunissent tous devant la maison en feu. Personne ne sait encore que les victimes se trouvent à l’intérieur. La nouvelle ébranle ce coin du village où tout le monde se connaît.

Rapidement, les habitants comprennent qu’il ne s’agit pas d’un incendie accidentel. La police questionne le voisinage, cherche l’arme du crime dans les jardins. Un climat de peur s’installe. On se met à fermer sa porte à clé, on accompagne ses enfants à l’école. Cinq mois après les faits, Thomas N. est arrêté. Le quartier est sous le choc en apprenant que le crime avait été commis par un des siens. «Je me rappelle l’avoir vu devant la maison incendiée, comme si de rien n’était. C’est effroyable», se remémore le voisin.

La bâtisse blanche où vivait la famille S. est toujours inhabitée. Les volets sont fermés, les noms des anciens occupants encore inscrits sur la boîte aux lettres. «C’était une femme merveilleuse et ses enfants aussi», raconte, émue, une voisine, penchée sur le rebord de sa fenêtre.

Thomas N., elle ne l’a pas connu personnellement, mais l’apercevait souvent en train de promener ses deux huskies, avant et après le drame. «C’était un jeune homme bien mis, d’apparence tout à fait normale. Jamais je n’aurais pu imaginer cela.» Mardi prochain, elle ne se rendra pas au procès, qui se tiendra tout près de Rupperswil. «C’est trop dur, je ne veux pas voir son visage», dit-elle en secouant la tête.

Mystérieux personnage

L’audience, notamment les expertises psychiatriques, devrait permettre d’en savoir plus sur ce personnage mystérieux, qui habitait encore avec sa mère et avait pour réputation d’être un homme discret et calme.

À Rupperswil, les habitants attendent avec impatience que justice soit faite. Ils appellent à la plus grande sévérité des juges. «J’espère qu’il passera toute sa vie derrière les barreaux», lâche Evelyne Schürmann, serveuse d’un tea-room que fréquentait la famille S. Une affirmation entendue maintes fois dans la journée. «Et j’aimerais savoir: pourquoi? Pourquoi a-t-il tué toute cette famille et cette jeune femme? C’est incompréhensible», poursuit-elle.

Rudolf Hediger, président de la commune, espère pour sa part que le verdict permettra de clore enfin cette page de l’histoire de Rupperswil. «La vie doit continuer. Avec le temps, j’espère que nous pourrons oublier.» (TDG)

Créé: 09.03.2018, 07h27

Motivations financières et sexuelles

C’est l’une des affaires les plus brutales de l’histoire criminelle suisse. Le 21 décembre 2015, Carla S., une mère de famille, ses deux fils, Davin (13 ans), Dion (19 ans) et la petite amie de l’aîné, Simona (21 ans), sont retrouvés morts dans une maison de Rupperswil, une petite commune du canton d’Argovie. Les quatre corps présentent des blessures à l’arme blanche à la gorge. Ce drame choque la Suisse entière et est repris par des médias étrangers.

Le meurtrier a ensuite bouté le feu à la maison pour brouiller les pistes. La stratégie semble opérer. Bien que la police cantonale argovienne mobilise 40 personnes sur l’affaire, l’enquête piétine pendant des mois. En février 2016, les forces de l’ordre proposent une récompense de 100 000 francs pour tout indice permettant de remonter la piste de l’auteur du quadruple homicide.

Le 13 mai 2016, un homme célibataire de 33 ans, domicilié dans le village du drame, est arrêté. Les hypothèses vont bon train. 20 Minuten mentionne que des poils de ses chiens auraient été retrouvés dans la maison des victimes. Le Blick indique que le meurtrier présumé aurait «googlisé» ses victimes, avant de passer à l’acte.

Dès son arrestation dans un café d’Aarau, Thomas N. avoue les faits. Il s’est introduit dans la maison le matin du 21 décembre, a forcé Carla à ligoter et à bâillonner le fils aîné et sa petite amie. Il l’a ensuite contrainte à retirer 10 000 francs puis 1000 euros à deux bancomats, et a attaché lui-même le fils cadet. Il a ensuite abusé sexuellement du garçon de 13 ans avant d’égorger les quatre personnes avec un couteau de cuisine.

Thomas N. aurait continué à vivre tranquillement durant 146 jours avec sa mère, à quelques centaines de mètres de la scène du crime, avant d’être attrapé par la police. Lors de l’arrestation, la police découvre un sac à dos qui contient des cordes, un pistolet de l’armée, du ruban adhésif et un produit inflammable. Un matériel similaire à celui utilisé le jour de l’assassinat, et qui laisse penser qu’il prévoyait de passer à nouveau l’acte.

L’acte d’accusation ne sera dévoilé aux médias que la veille du procès. D’après les éléments d’enquête, l’auteur présumé de ce terrible crime n’aurait aucun lien avec ses victimes. Ses motifs seraient sexuels et financiers.

Thomas N. n’était pas connu des services de police. Bien que du contenu pédopornographique ait été retrouvé sur son ordinateur, aucun élément n’indique qu’il avait commis des actes pédophiles avant le quadruple assassinat.
Julie Jeannet

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