Abus sexuels sous couvert d’expérience sensorielle

JusticeCondamné en mai à 40 mois de prison pour abus sexuels sur des écolières, un ex-enseignant de Sierre (VS) a été rejugé en appel.

Incarcéré à l'issue de son premier procès il y a six mois, le Valaisan clame son innocence Image: Benjamin Pillard

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«Auprès des élèves et des parents: par rapport à mes actes bêtes et stupides dans les vestiaires, du fond du cœur, pardon. À la Cour: je jure sur la tête de ma femme et de mes enfants que je n’ai jamais mis mon sexe dans la bouche des écolières.» Contrairement à son premier procès, le 20 mai dernier, l’ex-instituteur de Sierre (aujourd’hui âgé de 49 ans) n’a eu d’autre choix, jeudi, que de répondre aux questions de ses juges, en lien avec les accusations que maintiennent sept jeunes femmes depuis novembre 2013. Elles avaient alors entre 10 et 12 ans.

Reconnu coupable par le tribunal de première instance, le quadragénaire avait écopé d’une peine de 40 mois de prison, assortie d’une interdiction d’exercer tout métier en contact avec des mineurs durant cinq ans. Et ce après avoir été amené manu militari, l’accusé s’étant fait hospitaliser in extremis pour soigner sa dépression.

Jeudi devant le Tribunal cantonal, bien que l’audience d’appel se soit tenue à sa demande, l’ex-enseignant a tenté une nouvelle fois de reporter l’échéance en soutenant par le biais de son avocat, Me Olivier Couchepin, que les débats du printemps dernier auraient été «tronqués» dès lors qu’il n’avait pas été en état de répondre à la moindre question en raison des médicaments qui lui avaient été prescrits. La défense a aussi réitéré sa demande visant à ce que les plaignantes fassent l’objet d’une expertise de crédibilité, compte tenu de variations avérées dans leurs différentes auditions.

Les trois juges cantonaux ont estimé que la validité des débats initiaux sera analysée au moment de rendre le verdict d’appel, mais que les conditions ne sont pas réunies pour expertiser les victimes présumées, leurs dépositions étant «concordantes» depuis six ans. «Leurs déclarations ne montrent en outre aucun mensonge concerté; certaines d’entre elles se sont même distanciées des propos tenus par d’autres», a justifié le président, Jérôme Emonet.

Fellations contraintes

À la différence d’il y a six mois, deux des anciennes élèves du Valaisan ont été entendues par la Cour. «La taille et la texture n’étaient pas celles d’un raisin: c’était plus grand, et il y avait comme un relief, une sorte de veine sur le dessus, qui ressortait en bouche», a déclaré l’une d’elles, devenue majeure l’an dernier. «C’est le seul fruit qu’il nous avait dit de ne pas croquer, mais simplement de sucer ou lécher.» Ces fellations contraintes auraient été prodiguées dans le cadre d’une dégustation de fruits à l’aveugle, sous couvert d’«expérience sensorielle».

L’ex-instituteur reconnaît avoir fait s’asseoir les volontaires – filles comme garçons – à califourchon sur une chaise, les yeux bandés, dans une salle aux stores baissés. Lui-même père de préados, le quadragénaire admet avoir parfois verrouillé la porte lors desdits «ateliers». «C’était pour des raisons disciplinaires. Pour la bonne conduite de la séquence d’enseignement, afin d’éviter que des élèves viennent poser des questions, ou voir un fruit de la dégustation…» À la demande de Me Couchepin, le condamné a ajouté que le fameux raisin – qu’aucun écolier affirme avoir vu lors de ces expériences – aurait été une espèce italienne, «avec de gros grains».

La deuxième expérience proposée aux enfants consistait à prendre une douche après le cours de gym donné par ses soins, en portant un casque de moto à la visière recouverte de scotch noir. Et de se rhabiller, toujours à l’aveugle. «Lorsque je quittais le vestiaire pour aller à la douche et quand j’en suis ressortie, je n’étais pas forcément complètement couverte par mon linge», a témoigné une autre plaignante (19 ans). Tout en admettant ne pas pouvoir affirmer avec certitude que le Valaisan l’a épiée lors de ses trois participations à cet atelier d’éveil des sens. «J’ai été vraiment très déçue quand j’ai découvert ce qui s’était vraiment passé lors de ces expériences. C’est quelqu’un que j’appréciais. Comment est-ce que je pourrais faire confiance si j’ai un jour un enfant qui ira à l’école?»

S’il conteste catégoriquement avoir regardé les filles lorsqu’elles se douchaient, le pervers concède être resté dans les vestiaires. Mais il dit que ses élèves étaient toujours en sous-vêtements: «Elles enlevaient leurs affaires de sport et mettaient leurs habits ordinaires.» Et de détailler, à la question de savoir quelles images l’accompagnaient lorsqu’il se masturbait ensuite dans un local: «Celles des strings que j’avais vus.» Le verdict sera rendu dans les prochaines semaines.

Créé: 07.11.2019, 22h34

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