Une femme se suicide en s’allongeant sur l’autoroute

MorgesLa police lance un appel pour éclaircir le drame qui s’est déroulé dans la nuit de mercredi à jeudi.

Certains automobilistes n'ont pas pu être identifiés.

Certains automobilistes n'ont pas pu être identifiés. Image: VANESSA CARDOSO

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C’est un drame peu commun qui s’est joué dans la nuit de mercredi à jeudi sur l’A1. Vers 0 h 35, une femme de 49 ans s’est couchée sur la chaussée Jura à la hauteur de la sortie Morges-Ouest, avec l’intention manifeste de mettre fin à ses jours. Elle a été heurtée par plusieurs véhicules dont un poids lourd. Elle est décédée sur place. L’autoroute a été fermée à la circulation jusqu’à 4 h 45.

Plusieurs automobilistes ont été entendus par la gendarmerie. D’au­tres conducteurs impliqués ou témoins n’ont, par contre, pas pu être identifiés. La police cantonale lance ainsi un appel à témoins, recher­chant toutes les personnes qui ont circulé sur l’autoroute au moment de l’accident. Celles-ci sont priées de téléphoner au 021 644 44 44. Le procureur de service a ouvert une enquête.

L’affaire rappelle un drame qui s’était noué dans la région de Payerne une nuit d’août 2014, quand un jeune homme avait été percuté mortellement par une voiture de police en route pour une intervention urgente. La policière de 27 ans qui conduisait avait été accusée d’homicide par négligence pour n’avoir pas pu éviter la victime allongée sur l’A1. Le procès l’a blanchie en novembre dernier, la Cour estimant que l’agente était concentrée sur la conduite et que la présence d’un être humain couché sur la chaussée était une situation exceptionnelle et imprévisible.

Faute des conducteurs?

Les conducteurs qui ont percuté la victime de jeudi matin risquent-ils eux aussi un procès? «Il est logique qu’un procureur instruise ce décès, réagit l’avocat Gilles Hofstetter. Il le fera sous l’angle d’un homicide par négligence.» La question sera de savoir s’il y a eu une faute de la part des conducteurs. «La visibilité était-elle suffisante, la vitesse adaptée et était-il possible d’éviter le choc? C’est ce que devra déterminer le procureur», résume l’avocat.

Mais l’expérience démontre que ce genre d’accident ne débouche pas forcément sur des sanctions. Ces cinq dernières années, deux cas similaires ont été traités par la justice vaudoise. A chaque fois, les automobilistes ont été acquittés, les juges estimant que les conducteurs ne pouvaient pas s’attendre à faire face à des piétons en pleine nuit sur l’autoroute. Et cela bien qu’une jurisprudence précise qu’un automobiliste doit être maître de son véhicule et doit pouvoir éviter un obstacle.

La première affaire est celle d’un homme de 25 ans marchant sur l’autoroute peu après la jonction de Grandson, en 2010. Il avait un taux d’alcoolémie de 1,9‰ au moment où il a été heurté par un Jurassien de 51 ans. Celui-ci avait été libéré en mars 2013 des accusations d’homicide par négligence.

Suicides routiers en baisse

La seconde affaire remonte au printemps 2013. Un Nyonnais de 31 ans avait percuté un jeune de 18 ans qui marchait sur l’autoroute à la hauteur de Coppet en pleine nuit. Fortement alcoolisé, celui-ci était descendu du taxi qui le ramenait de Lausanne à Thônex (GE). La Cour n’a pas pu exclure que la victime ait surgi au dernier moment devant la voiture qui l’a percutée mortellement.

De son côté, l’association Stop Suicide relève le côté exceptionnel de cette situation. Elle rappelle que les suicides sont en baisse en Suisse, passant de 1419 en 1995 à 1028 en 2014. (nxp)

Créé: 11.08.2016, 20h35

Un traumatisme pour tous

Le drame nocturne de l’A1 interpelle le Dr Aurelio Mastropaolo. Président du Groupement des psychiatres-psychothérapeutes vaudois, il relève la rareté de ce genre de scénario. «Mais on peut faire le parallèle avec les suicides qui impliquent des trains et leurs conducteurs, dit-il.

A la différence que ces automobilistes ont couru le risque d’un accident qui aurait pu leur être fatal.» Il relève le «profond égoïsme» du geste de la désespérée qui s’est couchée sur l’autoroute. «Mais il faut mettre cet égoïsme en lien avec l’intensité de sa souffrance, dit Aurelio Mastropaolo. Une souffrance qui aveugle au point de perdre la curiosité de savoir ce qui va se produire après son décès.»

Du côté des survivants de ce drame – les automobilistes –, le psychiatre craint de les voir développer certains troubles liés à l’incompréhension, un sentiment de culpabilité, voire d’injustice. «Cela peut mener à des états d’anxiété, voire dépressifs», dit Aurelio Mastropaolo en songeant au syndrome de stress post-traumatique. «Ces conducteurs vont repenser à l’accident encore longtemps. Parfois les cauchemars mettent des années à disparaître.»

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