Face au djihadisme, les profs vaudois souhaitent du soutien

PréventionUne enquête auprès des enseignants des gymnases et des écoles professionnelles montre le besoin d’un appui face au risque de radicalisation des jeunes.

Les profs du secteur postobligatoire, ici l'Ecole professionnelle commerciale de Lausanne, souhaitent des conseils humains, et non un catalogue de critères.

Les profs du secteur postobligatoire, ici l'Ecole professionnelle commerciale de Lausanne, souhaitent des conseils humains, et non un catalogue de critères. Image: PATRICK MARTIN-A

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Les Vaudois cherchent leur voie afin de prévenir les risques de radicalisation des jeunes. Et plus particulièrement le djihadisme. Le Canton vient de mener une enquête parmi les cadres et les enseignants des gymnases et des écoles professionnelles ou de la transition, soit le secteur postobligatoire.

Les 688 collaborateurs qui ont répondu aux questions de manière anonyme, sur 1337 sollicités, expriment un besoin de soutien. Et particulièrement d’un mode d’emploi. «Parmi les aides à développer, les procédures de signalement en cas de suspicion font l’unanimité», conclut l’étude. Cette demande émane en effet de 75,4% des réponses. Les participants, qui pouvaient donner leur préférence à plusieurs propositions, soutiennent aussi l’idée d’une help­line cantonale (64,8%) ainsi que des conseils, du coaching, touchant par exemple les critères permettant de repérer un jeune tenté par l’extrémisme (63,3%).

Ces résultats semblent conforter les préoccupations des députées Claire Richard (Vert’libérale), qui a proposé la création d’une helpline, et Laurence Cretegny (PLR), intéressée par les programmes de prévention. Alors que la Confédération doit prochainement présenter un plan national contre la radicalisation et l’extrémisme violent, l’Etat de Vaud planche sur ses propres projets.

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Situations rares

Si l’enquête révèle une demande de soutien et d’encadrement, elle poussera aussi l’Etat à agir avec subtilité. Les enseignants et les directeurs souhaitent de l’aide mais ils sont loin de se montrer alarmistes. A la question sur la perception du phénomène de radicalisation, 80,4% des participants estiment que ce sujet est peu préoccupant. Le «sentiment d’existence du phénomène dans l’établissement» n’habite que 6,9% des sondés.

Le questionnaire demandait en outre aux participants s’ils avaient dû «faire face à des situations de radicalisation de jeunes en formation». Le taux de réponse positive était de 10%, représentant 68 personnes. Un résultat à évaluer avec toute la nuance apportée par la responsable de l’étude, Laurence Peer, psychologue de formation, chercheuse, cheffe de projet santé et sécurité au Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC): «Il n’est pas possible de déterminer avec exactitude le nombre de situations car plusieurs collaborateurs peuvent être amenés à gérer une seule et même situation.»

L’étude cerne les moyens utilisés actuellement par les professionnels de la formation postobligatoire lorsqu’ils sont confrontés à un risque de radicalisation. Les entretiens impliquant les jeunes en formation et les enseignants ont la préférence des sondés, et largement, puisque le taux atteint 82,4%. A l’autre extrémité, le signalement aux autorités se révèle peu utilisé (16,2%). Le lien et la relation sont donc privilégiés.

Ces résultats, ainsi que les commentaires reçus, montrent que le thème de la radicalisation ne place pas sous haute tension les professionnels de l’enseignement postobligatoire. «Il est plutôt perçu comme un épiphénomène. A l’échelle du quotidien, ce sont l’absentéisme et le décrochage scolaire, le climat scolaire ou des aspects en lien avec la santé et des difficultés comportementales des jeunes en formation qui sont les plus absorbants», conclut l’étude.

Deux interprétations

Il reste à voir comment le Département des institutions et de la sécurité (DIS), qui coordonne les actions cantonales de traitement du djihadisme et des dérives extrémistes, interprétera le climat qui s’exprime au travers de l’enquête. De manière sécuritaire, en estimant que le faible taux d’inquiétude de l’enseignement postobligatoire traduit un risque non négligeable? Ou de façon sereine, en intégrant l’interprétation de «l’épiphénomène»?

Projet à l’automne

Patience, répond Mehdi Aouda, adjoint au secrétariat général du DIS: «Il s’agit d’une démarche exploratoire qui nécessitera probablement des approfondissements avec les enseignants. Sur un plan plus global, c’est donc une étape dans un projet en cours. Pour rappel, concernant la question des risques, des mesures sécuritaires ont été prises, notamment un renforcement du renseignement.»

Le DIS avait annoncé un projet avant l’été. C’est reporté. «Plutôt à l’automne, de manière à prendre en compte les orientations du plan d’action national contre la radicalisation et l’extrémisme violent annoncé pour cette période. Ce sujet complexe nécessite du temps si l’on veut en saisir pleinement les enjeux pluridisciplinaires», explique Mehdi Aouda, qui souhaite analyser l’expérience genevoise d’une ligne d’appel et d’un site Internet, Gardez le lien. Le Grand Conseil sera prochainement saisi du thème de la radicalisation: il débattra de la helpline suggérée par la députée Claire Richard. (TDG)

Créé: 06.06.2017, 07h37

«Il nous faut un vrai interlocuteur»

Les profs souhaitent du soutien, mais pas n’importe lequel. «Nous demandons des conseils sur les comportements à adopter. Davantage que des guides écrits ou des catalogues de critères, il nous faut un vrai interlocuteur, une personne de référence en cas de difficulté. C’est un sujet complexe et il ne faut pas aller dans la simplification», commente Yves Froidevaux, secrétaire général de la Société pédagogique vaudoise (SPV), informé des résultats de l’enquête par le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC). Les enseignants estiment que les relations qu’ils tissent avec les étudiants et les apprentis forment la base de la prévention en matière de radicalisation. «Il faut donner du temps aux enseignants pour qu’ils approfondissent les contacts avec leurs élèves. Nous devons être attentifs au fait que les maîtres de classe disposent de suffisamment de temps pour créer des liens. Plus notre travail est impersonnel, moins on se rend compte des risques qui peuvent se présenter», déclare Yves Froidevaux. Le secrétaire général de la SPV appelle en outre «à ne pas en faire trop»: «Le thème de la radicalisation engendre une certaine inquiétude, mais nous avons aussi d’autres questions à traiter, comme le harcèlement à l’école ou le malaise scolaire que ressentent certains jeunes.»

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