L’ex-tennisman pro risque 4 ans de prison

ProcèsYves Allegro, directeur des entraîneurs nationaux chez Swiss Tennis et ancien partenaire de double de Roger Federer, est accusé de viol. Il dément.

«Yves Allegro ne se souvient de rien. Il dit que ce qu’on lui reproche ne lui ressemble pas. Mais la victime, elle, elle n’oubliera jamais», affirme Corinne Caldelari, procureure auprès du Ministère public valaisan.

«Yves Allegro ne se souvient de rien. Il dit que ce qu’on lui reproche ne lui ressemble pas. Mais la victime, elle, elle n’oubliera jamais», affirme Corinne Caldelari, procureure auprès du Ministère public valaisan. Image: Laurent Gillieron

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Que s’est-il passé dans la chambre de cet hôtel de Tallinn entre Yves Allegro, directeur des entraîneurs nationaux chez Swiss Tennis, et son homologue féminin d’un pays voisin? Pour la procureure valaisanne Corinne Caldelari, il n’y a pas l’ombre d’un doute. Lors de cette nuit d’octobre 2014, l’ex-32e joueur mondial de double s’est rendu coupable de viol et de contraintes sexuelles et doit être condamné à 4ans de prison ferme, a-t-elle affirmé dans son réquisitoire devant le Tribunal de Sierre lors du procès qui se tenait ce lundi. Les avocats de la partie plaignante ont ajouté des prétentions civiles de l’ordre de 40'000 francs.

Présent à l’audience, Yves Allegro, 41 ans, est apparu abattu. Assisté de sa compagne – qui l’était déjà au moment des faits – et entouré de sa famille, il a assuré vivre un enfer depuis quatre ans et répété ne pas se souvenir de ce qui s’était passé cette nuit-là, mais être certain de ne pas avoir commis ce qu’on lui reproche. Ses avocats ont demandé l’acquittement complet, dénonçant une instruction «partiale, subjective et inéquitable», selon les mots de l’avocat genevois Pierre-Damien Eggly. La dénonciatrice, elle, était absente, terrorisée à l’idée de revivre encore une fois ces instants, d’après ses défenseurs.

«Black-out» complet

Revenons sur les faits. Les deux ex-joueurs de tennis, qui se connaissent depuis plusieurs années, sortent boire quelques verres après un repas lors de la conférence européenne des coachs organisée en Estonie. Ils dansent, sont vus en train de s’enlacer et flirtent, selon des témoins. Puis ils rentrent, avinés mais pas «ivres morts». Puis c’est le black-out. Au petit matin, la victime présumée se réveille, entièrement nue. Elle a une quinzaine d’hématomes. Yves Allegro dort encore, sur le second lit de la chambre. La pièce est saccagée.

Dans la matinée, Yves Allegro lui écrit deux SMS pour s’excuser, évoquant des comportements «pas gentleman du tout». Il ne se souvient de rien, elle non plus. «Ne t’inquiète pas», lui répondra-t-elle. Ce n’est que le surlendemain que des «bribes» de souvenirs seraient revenues à l’esprit de la plaignante. Une gifle, qui l’aurait fait tomber d’un lit, des attouchements forcés et brutaux notamment sur les seins. La vision d’un Allegro positionné entre ses jambes, qui la somme de les écarter et de se taire. Puis l’ordre de lui prodiguer une fellation, avant de renoncer. De retour dans son pays, elle fait des tests gynécologiques qui ne révèlent ni lésions ni présence de sperme. Seul du liquide séminal du Valaisan est retrouvé sur la culotte de la plaignante. Elle dépose une plainte dans la foulée.

«Yves Allegro ne se souvient de rien. Il dit que ce qu’on lui reproche ne lui ressemble pas. La victime, elle, ne l’oubliera jamais», tonne la procureure, Corinne Caldelari. Le tennisman ne cache pas qu’il y ait pu y avoir relation sexuelle, mais dit que cela l’étonnerait. Quant aux messages d’excuses, ils ne constitueraient pas «des aveux» mais exprimeraient un sentiment d’embarras, puisque la plaignante connaît la compagne d’Yves Allegro.

Des éléments omis?

Les avocats du Valaisan, qui fut partenaire de double de Roger Federer, estiment que des éléments à décharge ont été volontairement omis de la procédure. «La plaignante a ajouté des émoticônes pleurant de rire après son SMS, ce que le Ministère public ne dit pas. Elle lui a également adressé un smiley en forme de cœur douze heures après les faits. Ils sont sortis ensemble la nuit suivante, elle lui a même confié son argent et son ticket de vestiaire», ajoutent Pierre-Damien Eggly et Guillaume Grand. Selon eux, la victime aurait reconstruit ce scénario après les faits en tentant de s’expliquer les hématomes.

Pour appuyer leur théorie, ils estiment que la prise d’un médicament, le zolpidem, dont des traces ont été retrouvées dans les cheveux de la plaignante, serait également favorable à générer des hallucinations, plus encore lorsque son effet est altéré par l’alcool. Mais les parties se sont longuement écharpées sur les conclusions et la probité des six (!) expertises médicales menées dans cette affaire. Pour la défense, le doute doit profiter à l’accusé dont le profil n’a jamais été décrit comme violent. Mais pour l’accusation, l’état traumatique dans lequel vit la victime présumée depuis quatre ans ne laisse pas de place au doute. Le verdict sera prononcé ce mardi.

Créé: 09.12.2019, 18h59

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