«Rien n’exclut un scénario à l’italienne en Suisse»

CoronavirusSelon les chiffres, le nombre de cas dans le pays augmente aussi vite qu’en Italie. Sans stratégie de test, les spécialistes se disent aveugles.

Le nombre de cas ne cesse d’augmenter en Suisse. Certains pros de la santé demandent un confinement total. Image: Keystone

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Le léger tassement de la courbe ne rassure pas encore les spécialistes. Le coronavirus se répand aussi vite en Suisse qu’en Italie, avec deux semaines de retard. «En l’absence de traitement et de vaccin, rien n’exclut pour l’heure un scénario à l’italienne en Suisse, explique Antoine Flahault, spécialiste en modélisation mathématique des épidémies à l’Université de Genève.

La comparaison avec la Lombardie est pertinente. Cette région possède des infrastructures hospitalières et un niveau de vie proches de ceux de notre pays.» Selon lui, cette évolution est toutefois habituelle: «À chaque fois que le foyer d’une infection s’allume dans diverses régions, les courbes sont très voisines. En Italie, le pic n’a pas encore été atteint, mais il devrait être très proche.»

Une vague de mortalité

Les chiffres sont toujours sujets à caution, selon Antoine Flahault, le nombre annoncé des infections dépendant des méthodes utilisées pour les détecter. Même le décompte des morts n’est pas totalement fiable s’il n’est pas complètement documenté. «Comparer la propagation du virus des différents pays n’a pas de sens, le nombre de tests et la façon de tester étant différents, estime Julien Riou, épidémiologiste à l’Université de Berne. En Suisse, il est absolument nécessaire de généraliser le dépistage et d’effectuer le traçage des contacts pour détecter toutes les contaminations, comme en Corée du Sud. Tant que la Confédération n’aura pas déployé une stratégie dans ce domaine, nous aurons du mal à savoir où nous allons. Actuellement, nous avançons à l’aveugle.»

Julien Riou prévoit cependant une vague de mortalité dans le pays. «Le nombre de morts va augmenter très vite, compte tenu du décalage habituel entre le début des symptômes et le décès. Les personnes qui meurent aujourd’hui étaient infectées il y a deux semaines. Mais nous pouvons espérer que cela s’arrête, après avoir gardé tout le monde à la maison.»

«La Suisse a pris de l’avance sur l’Italie»

Pédiatre et infectiologue, membre de la Commission fédérale des vaccins, Alessandro Diana veut être optimiste: «La Suisse a pris de l’avance sur l’Italie en confinant sa population dès les premiers cas. Sa courbe de propagation de la maladie suit la même évolution, mais son taux de mortalité est encore nettement inférieur. Et, en Suisse, le système de soins est davantage préparé à cette pandémie (en Italie, il n’y a que 5000 places environ en soins intensifs contre 25'000 en Allemagne et une proportion rapportée à la population équivalente en Suisse). Cela pourrait nous permettre de voir un fléchissement de la courbe du virus dans une dizaine de jours.»

L’infectiologue verrait aussi d’un bon œil la généralisation du dépistage. «Nous pourrions ainsi casser la chaîne de transmission. En avons-nous les moyens? Avons-nous suffisamment de produits réactifs? Le conseiller fédéral Alain Berset l’a laissé entendre.»

Dans le doute, Alessandro Diana milite pour un confinement total. Il n’est pas le seul. En Haute-Savoie, des élus estiment que la Suisse, avec sa «méthode douce», fait actuellement courir un risque sanitaire aux frontaliers. En Suisse romande, 300 professionnels de la santé ont lancé un appel mercredi. Ils demandent au Conseil fédéral d’aller plus loin dans les mesures déjà entreprises afin d’éviter la progression exponentielle de la courbe d’infection, telle qu’elle se développe en Italie, et d’ordonner au plus vite un confinement strict. «Nous avons la chance d’avoir un temps de retard sur l’évolution en Italie, et d’avoir donc connaissance de l’évolution prévisible des événements. Mettons-la à profit!» lance Hamza Mraihi, médecin à Lausanne, un des signataires. Ce collectif relève aussi que les chiffres sont variables selon les études et leur méthodologie.


Exponentiel

Cliquez sur l'image pour l'agrandir (infographie: Philippe Forney)

Chaque courbe de ce graphique débute à partir du moment où un pays atteint 100 cas confirmés. Cela permet de comparer l’évolution de la maladie entre ces pays, où l’épidémie s’est déclarée à des moments différents.

Les lignes grises en traitillé montrent les trajectoires correspondant à un doublement du nombre de cas tous les jours, tous les deux jours et tous les trois jours. À noter que l’échelle verticale est logarithmique, ce qui signifie que pour chaque graduation, le nombre de cas n’augmente pas linéairement mais est 10 fois supérieur.

D.NG.

Créé: 25.03.2020, 19h50

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