L’évêché finit par suspendre son abbé

HarcèlementPaul Frochaux, qui a officié à Vevey de 2000 à 2012, est écarté de son poste de curé de la cathédrale de Fribourg.

Mgr Charles Morerod. L’abbé Paul Frochaux.

Mgr Charles Morerod. L’abbé Paul Frochaux. Image: Jean-Paul Guinnard, PHILIPPE MAEDER

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«En l’état de la procédure, Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, a pris la décision d’écarter de son ministère l’abbé P.F., le temps de l’enquête et jusqu’à l’établissement des faits.» Ce nouveau rebondissement a été communiqué mardi par le diocèse: l’abbé Paul Frochaux est suspendu de sa charge de curé de la cathédrale de Fribourg, un poste stratégique pourtant proche de l’évêque.

Pour mémoire, l’abbé Frochaux a été mis sous le feu des projecteurs médiatiques fin 2019: l’abbé Nicodème Mekongo l’accuse de harcèlement sexuel pour des faits qui se seraient passés entre 2008 et 2011 à Vevey. Deux enquêtes sont en cours à ce sujet: l’une, menée par un laïc indépendant de l’Église et ordonnée par le diocèse; l’autre, diligentée par la police cantonale vaudoise à laquelle l’Église a transmis les informations en sa possession.

Une autre accusation

Or ce n’est pas pour cette affaire Mekongo vs Frochaux que la suspension a été prononcée, mais pour d’autres événements, comme le précise le communiqué: «En marge de cette enquête, une autre accusation, qui remonte à près de vingt ans, est parvenue à notre connaissance et demande à être éclaircie. Dès lors, nous avons élargi le mandat d’enquête de façon à ce qu’il porte également sur ces nouvelles allégations.»

Pour rappel, les faits en question avaient déjà été relatés et remontent à 1998: l’abbé Frochaux avait alors emmené à son chalet de Torgon un jeune de 17ans. Cette histoire s’était terminée par une confrontation à l’évêché en 2001. «J’avais beaucoup d’affection pour lui et je le considérais un peu comme mon fils, expliquait dans nos pages récemment l’abbé Frochaux. Il ne s’est rien passé d’autre. Nous nous sommes expliqués devant l’évêque et tout a été réglé.» Une version que confirmait Mgr Rémy Berchier: «Il n’y avait eu aucune atteinte et aucun événement répréhensible.»

Quels sont les nouveaux éléments sur cette affaire justifiant une suspension? L’évêché ne fait aucun commentaire, pas plus que l’abbé Frochaux. Et si le jeune en question, devenu adulte, considérait avec le recul que cet épisode lui avait en réalité porté préjudice? Nous avons tenté de le joindre en France, où il réside actuellement, sans succès. «Il aurait dit qu’il ne souhaite pas répondre à la presse, mais qu’il s’exprimera auprès de la personne qui mène l’enquête, si cette dernière souhaite l’entendre», affirme une source proche du dossier.

Après avoir soutenu l’abbé Frochaux même en connaissant préalablement ce cas de 1998, pourquoi l’évêché a-t-il brusquement décidé de le suspendre? «C’est la question que se posent tous les chanoines de la cathédrale», souligne une source proche du dossier. La bonne tenue de l’enquête n’exigeait pourtant pas une suspension, comme le confirme l’avocat en charge de l’enquête laïque, Me Maurice Harari: «Cela ne change rien: qu’il soit suspendu ou pas, je vais entendre l’abbé Paul Frochaux. Actuellement, je n’ai pas reçu de plainte autre que celle de l’abbé Nicodème Mekongo. Or on ne peut pas interroger quelqu’un sur des faits dont on n’a pas connaissance! Si ce monsieur me contacte pour l’affaire de Torgon, les choses seront peut-être différentes.»

Émission TV

Il se murmure que la raison du communiqué soudain du diocèse serait à chercher du côté de l’émission de la TV suisse alémanique, «Rundschau», diffusée de façon hebdomadaire. Elle a en effet annoncé à son programme de ce mercredi qu’elle parlerait des «allégations sexuelles [pesant] sur l'Église catholique de Suisse occidentale». «En suspendant l’abbé Frochaux la veille de la diffusion de cette émission, l’Église veut peut-être éviter de se retrouver dans une situation où elle pourrait se faire reprocher quelque chose», analyse une source proche du dossier.

Quid de l’abbé Nicodème Mekongo? Est-il froissé que l’évêché ait suspendu l’abbé Frochaux pour l’affaire de Torgon, mais pas pour sa dénonciation à lui? L’homme d’Église n’a pas répondu à nos multiples sollicitations ce mardi.

Pour rappel, l’abbé Nicodème Mekongo (qui accuse l’abbé Frochaux d’avoir fait régner un «climat homoérotique» et d’avoir fait des incursions dans sa chambre) est lui-même sous le coup d’une procédure de révocation, soupçonné d’avoir un enfant caché. L’abbé Frochaux, hormis reconnaître «quelques gags» à connotation sexuelle, nie fermement toutes les accusations de l’abbé Nicodème Mekongo.

Créé: 04.02.2020, 22h57

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