Les étudiants critiquent la solution «Erasmus light»

FormationL’UNES se sent trompée par la décision de maintenir la solution d’échanges actuelle. Les élus sont plus divisés.

Manifestation devant l'Uni-Mail de Genève en 2014 pour le maintien d'Erasmus.

Manifestation devant l'Uni-Mail de Genève en 2014 pour le maintien d'Erasmus. Image: Patrick Gilliéron Lopreno

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L’Union des étudiant-e-s de Suisse (UNES) se sent «flouée». La raison? La révélation, samedi dans la presse, que le Secrétariat d’Etat à la formation et à l’innovation (SEFRI) ne menait pas de négociations avec l’Union européenne pour obtenir la pleine participation de la Suisse à Erasmus +. La solution transitoire devrait donc durer jusqu’en 2020.

Selon l’UNES, «ces nouvelles sont en contradiction totale avec les déclarations que le SEFRI avait jusqu’à présent formulées». Suite à l’acceptation de l’initiative sur l’immigration de masse, en février 2014, les négociations pour l’association de la Suisse au programme Erasmus + avaient été suspendues. Une solution transitoire avait alors été mise en place. D’abord applicable jusqu’à fin 2016, elle a été reconduite pour 2017. En septembre, le SEFRI a toutefois souligné que son but était une pleine participation au programme.

Questions de financement

Pourquoi ce revirement? Le SEFRI explique dans la Luzerner Zeitung qu’il n’estimait pas que les négociations puissent aboutir dans un délai réaliste. La responsable du dossier évoquerait des questions de financement. «Nous savions que les discussions étaient difficiles, commente Josef Stocker, coprésident de l’UNES. Mais la décision de les stopper a été prise sans nous consulter, alors que nous représentons les personnes concernées: ce n’est pas acceptable.»

«Les hautes écoles doivent négocier des contrats avec chaque homologue étranger»

Et d’ajouter qu’Erasmus + ne se résume pas à un échange d’étudiants: «Il y a des coopérations dans d’autres domaines, notamment dans la formation professionnelle et entre des organisations de jeunesse, qu’il nous serait très utile de rejoindre.» Le coprésident ajoute que le système actuel augmente la bureaucratie. «Les hautes écoles doivent négocier des contrats avec chaque homologue étranger. Si cette solution se pérennise, des universités étrangères risquent même de jeter l’éponge.»

Pour les représentants des étudiants, la Suisse doit participer pleinement à Erasmus + dès 2018. Samedi, le Conseil suisse des Activités de la Jeunesse a déjà lancé un appel signé par différentes associations de jeunesse. La Conférence des recteurs des hautes écoles suisses, Swissuniversities, était pour sa part informée de cette décision. Et la regrette. L’organisme relève notamment que, pour les étudiants, le nombre de destinations a baissé ces dernières années. En outre, la solution transitoire «signifie une charge de travail et un poids financier supplémentaires, tout particulièrement pour les hautes écoles impliquées».

Explications attendues

Selon la presse, cette solution transitoire fera l’objet d’une base légale, soumise au parlement cette année. Comment sera-t-elle accueillie? Le conseiller national Mathias Reynard (PS/VS) se dit «révolté». «Le Conseil fédéral a annoncé à plusieurs reprises sa volonté de mener ces négociations, mais ce n’est pas le cas. Nos autorités semblent se satisfaire d’une solution un peu boiteuse, qui peut plus ou moins convenir à court terme aux étudiants, mais pas aux jeunes apprentis.» Pour le Valaisan, cette question n’est pas une priorité de la Confédération. «L’important, c’était Horizon 2020, pas la mobilité des jeunes», soupire Mathias Reynard, qui compte déposer une intervention au Conseil national.

Egalement membre de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture du Conseil national (CSEC), Kathy Riklin (PDC/ZH) qualifie la nouvelle de «dommage». Et comme d’autres, elle pointe du doigt Johann Schneider-Ammann, le conseiller fédéral en charge du dossier, qu’on sentait «peu motivé».

«On peut voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Bien sûr, c’est embêtant… Mais ce n’est pas une catastrophe»

Leur collègue Fathi Derder (PLR/VD) appelle au calme. «On peut voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Bien sûr, c’est embêtant… Mais ce n’est pas une catastrophe.» A ses yeux, la priorité était Horizon 2020. Pour Erasmus, la solution transitoire reste en vigueur. Et puis, «il n’y a pas de volonté suisse de se retirer du programme. Cette décision est le résultat d’une question d’agenda, et je garde l’espoir d’une pleine participation en 2020.» Comme d’autres, le Vaudois compte obtenir des explications «détaillées» au sein de la CSEC.

S’il est un parti que cette nouvelle n’attriste pas, c’est l’UDC. «Erasmus + prévoit une aide pour les échanges d’étudiants, mais aussi pour toutes sortes d’activités qui n’ont aucun intérêt académique, commente Yves Nidegger (GE). Le système actuel nous permet donc d’utiliser nos sous uniquement pour la partie qui nous intéresse vraiment, les échanges.» (TDG)

Créé: 06.02.2017, 22h13

En chiffres

Le programme d’échange Erasmus existe depuis 1987, et la Suisse peut y participer depuis 1992. Selon des chiffres publiés par Swissuniversities à fin janvier, 40 658 étudiants ont quitté la Suisse, pour étudier ou effectuer un stage dans une université ou une haute école étrangère. 41 312 jeunes sont venus dans notre pays. Selon un bilan publié en août dernier par Fondation.ch, l’organe qui s’occupait du programme jusqu’à la fin de l’an dernier, 10 781 personnes ont profité de cette mobilité (sortants et entrants) en 2016, soit 12% de plus qu’en 2015. Parmi eux, 4789 étudiants (niveau tertiaire) sont sortis de Suisse et 3861 y sont venus. 25,1 millions de francs (23,9 millions en 2015) ont été versés pour ces programmes.

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