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Un étudiant sur cinq «se dope» aux examens

Selon une enquête, un peu plus de 20% des étudiants genevois déclarent recourir à des aides en tous genres.

Stimulation Certains étudiants, afin de soutenir leur concentration lors des examens, ont recours à différentes substances pouvant mettre en danger leur santé.
Stimulation Certains étudiants, afin de soutenir leur concentration lors des examens, ont recours à différentes substances pouvant mettre en danger leur santé.
Reuters

Dans les couloirs d’Uni Mail, à Genève, l’ambiance est studieuse. Les examens approchent et l’heure est aux ultimes révisions. Comment les étudiants s’y prennent-ils pour tenir le coup? Lorsqu’on leur pose la question, beaucoup secouent la tête avant de replonger dans leurs classeurs: «Pas le temps!» D’autres révèlent leurs trucs, du sport à l’alimentation. Si aucun n’avoue consommer autre chose que des vitamines et autres huiles essentielles, des recherches ont montré que des substances moins innocentes sont employées.

Selon un sondage effectué par e-mail entre 2012 et 2013 dans les Universités de Bâle et de Zurich ainsi qu’à l’EPFZ, la moitié des étudiants emploient la caféine et un tiers des boissons énergisantes pour augmenter leurs capacités. Les 13,8% de ceux qui ont répondu au questionnaire indiquent aussi avoir consommé au moins une fois des médicaments sous ordonnance (7,6%), des drogues ou de l’alcool (7,8%). Plus de six fois sur dix, le but était d’apprendre plus vite et plus facilement. Une fois sur deux, il s’agissait de se relaxer ou de mieux dormir.

Excitants et calmants

Les sondés ont notamment recours à l’alcool (5,6%) et aux méthylphénidates comme la Ritaline (4,1%). Suivent les calmants et les somnifères (2,7%), le cannabis (2,5%), les bêtabloquants (1,2%), les antidépresseurs (0,5%), les amphétamines (0,4%) et la cocaïne (0,2%). Cette étude montre encore que si les femmes utilisent plus facilement des produits légers, les hommes sont davantage prompts à consommer des drogues. Mais ils ne le font pratiquement pas au quotidien, ce qui est bien plus souvent le cas avec les substances plus anodines. Là, un tiers des étudiants en consomment au moins un par jour dans le but d’être meilleurs.

L’Observatoire de la vie étudiante, à l’Université de Genève (UNIGE), s’est également penché sur le phénomène. Selon un article qu’il a publié en mars 2015, un peu plus de 20% des étudiants genevois avaient pris des produits pour améliorer leurs performances dans les six mois précédant l’enquête. Là, les sondés étaient libres de choisir leur définition du «dopage cérébral» – qu’il soit naturel, léger, légal ou pas – et les questions ne portaient pas sur les substances à proprement parler. Le but était de mieux connaître le profil de ceux qui estiment avoir besoin de recourir à un apport complémentaire pour faire face à la période d’examens.

Lorsqu’on regarde le phénomène de façon aussi globale, les jeunes femmes sont davantage touchées. La consommation est aussi plus fréquente en bachelor qu’en master. Et si la charge de travail joue un rôle, ce lien n’est pas systématique et ne permet pas à lui seul d’expliquer le phénomène. A l’UNIGE, les étudiants les plus concernés étaient ceux de la Faculté de droit, qui utilisaient pratiquement trois fois plus souvent de telles béquilles que ceux en sciences de l’éducation.

Pallier le manque de préparation

Cette enquête montre surtout que ceux qui recourent à ces soutiens, quels qu’ils soient, ont davantage de difficulté à gérer leur temps et se sentent mal préparés aux exigences universitaires. Ils décrivent un passé scolaire plus difficile ou connaissaient mal le contenu de la formation qu’ils ont choisie. A l’inverse, les personnes qui varient activités et centres d’intérêt consomment moins de smart drugs. En conclusion, celles-ci serviraient bien plus à réduire une tension, à pallier les difficultés plutôt qu’à améliorer les performances.

Quels sont les effets de ces soutiens? «Si on parle juste de vitamines, je pense qu’une alimentation correcte devrait suffire à une personne qui n’a pas d’autres problèmes de santé», réagit Tiziana Farinelli Ebengo, médecin au Pôle santé social de l’Université de Genève. Quant aux effets réels des «boosters» naturels, ils n’ont, selon elle, pas été prouvés. Les médicaments? «Certains sont par exemple utilisés comme traitement des troubles de l’attention. Mais ils ne sont pas conseillés à chacun. Ces substances ont des effets secondaires et des contre-indications: il faut être suivi par un médecin.» Pour ce qui est des drogues à proprement parler, les dangers sont les mêmes que pour les autres types de consommation.

Pas de prévention

Les Universités de Lausanne et de Genève ne mènent pas de campagnes de prévention sur ce sujet. Les étudiants, rappelle-t-on, sont des adultes. En revanche, elles essaient d’inculquer quelques conseils de vie saine. A Genève, un stand a été dressé pour fournir des conseils alimentaires. Le but était surtout d’inciter les jeunes à ne pas se ruer sur les aliments gras et sucrés durant cette période. A Lausanne également, divers ateliers visant à gérer le stress ou à améliorer les méthodes de travail sont proposés. Et puis les services de santé sont à disposition des étudiants.

«Les universités pourraient en faire davantage. Il n’existe presque rien actuellement», note Michael Schaub, directeur de l’Institut suisse de recherche sur les dépendances et la santé, qui a mené l’enquête zurichoise. «Du stress, il y en a toujours. La question est de savoir comment le gérer et comment planifier son travail.» Des programmes généraux, visant à réduire cette pression au travail, ont été mis en place par la Suva ou l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Dans le même ordre d’idées, on pourrait selon lui mieux préparer les étudiants et leur proposer, par exemple, des outils informatiques pour apprendre à dompter les tensions.

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