L’éternel président est l’ennemi juré de l’UDC

PortraitLe conseiller national Kurt Fluri (PLR) dirige depuis vingt-quatre ans la Ville de Soleure, qui l’a réélu en juillet pour un septième mandat.

Kurt Fluri, dans son bureau de l'Hôtel de Ville de Soleure.

Kurt Fluri, dans son bureau de l'Hôtel de Ville de Soleure. Image: Jean-Paul Guinnard

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Kurt Fluri assure qu’il ne s’attendait pas à une victoire aussi nette, une de plus. En juillet, le libéral-radical était réélu à la présidence de l’Exécutif de la Ville de Soleure pour un septième mandat consécutif! La première fois qu’il s’est assis sur ce fauteuil, c’était en 1993. Les élections se sont succédé, les scores soviétiques aussi. Cette année, face à une adversaire socialiste, il n’a obtenu «que» 63% des voix. «Pour la première fois, j’avais de la compétition sérieuse», affirme-t-il avec la réserve qui le caractérise.

Attablé au restaurant du parlement fédéral, où il siège depuis 14 ans, Kurt Fluri, 62 ans, respire le calme. Qu’on ne s’y trompe pas, le discret Soleurois semble connaître sa valeur, laissant apparaître ici et là, dans la clarté de ses réponses, une assurance certaine. Une force tranquille, en somme, à la tête de tous les dicastères municipaux, comme le veut le système politique de sa Commune de 17 000 âmes. Les 29 autres membres du gouvernement votent ses propositions. «Montesquieu n’aurait pas approuvé une présidence aussi forte. Mais ça fonctionne et pour moi, c’est idéal. En un coup de fil, je peux régler un problème.» Comment le politicien explique-t-il son succès? «Les citoyens savent que ma priorité, c’est Soleure.»

Dans le camp opposé, un détracteur souligne la faible concurrence opposée au syndic. Lors de sa dernière campagne, l’une des principales critiques qu’il a essuyée reposait sur la longévité de son règne. «Mais hormis ce point-là, il n’a commis aucune faute en vingt-quatre ans.» Adversaires et soutiens du Soleurois s’entendent pour lui reconnaître une dévotion sans faille pour sa ville, malgré la multitude de ses mandats. Sur sa page parlementaire, Kurt Fluri déclare 31 liens d’intérêts, comme membre de conseils d’administration, de fondations, de comités directeurs. Il a notamment pris, il y a trois ans, la présidence de l’Union des villes suisses. Elu lui aussi à l’Exécutif soleurois, le conseiller aux Etats Pirmin Bischof (PDC) loue les qualités du président Fluri. «Il a réussi à stabiliser les finances de la Ville sans diminuer les prestations. C’est quelqu’un de très sérieux, respecté et présent dans sa commune. Je me demande quand il trouve le temps de dormir», s’amuse-t-il.

«Je ne suis pas accro au travail. J’aime tout simplement ce que je fais, et j’ai le sens du devoir»

Bête de travail, le Soleurois empile les heures lors des sessions parlementaires. Chaque soir, au terme des débats, il gagne son bureau de l’Hôtel de Ville, où il peut rester jusqu’à minuit. Il ne dort que quatre heures par nuit en moyenne. Quitte à récupérer lors de séances: ses siestes sont notoires à Berne. Où trouve-t-il sa motivation? «Je ne suis pas accro au travail. J’aime tout simplement ce que je fais, et j’ai le sens du devoir.»

Kurt Fluri n’a pas baigné dès son plus jeune âge dans le chaudron politique. Sa mère était couturière, son père – qu’il a perdu à l’âge de 2 ans – horloger. Une famille non politisée. C’est en rejoignant une association d’étudiants marquée à droite, à 16 ans, qu’il prend goût à la chose politique. A 18 ans, il fonde la section cantonale des Jeunes PLR. Sa carrière est lancée. L’ascension sera quasi sans faute. D’abord élu au Conseil municipal, puis au Grand Conseil, il accède à la présidence en 1993. «Je voulais être plus qu’une simple voix critique, je voulais changer les choses.» En 2003, il est élu au Conseil national. Son seul revers – et sa plus grosse déception –, il le subit en 2011, en échouant aux portes de la Chambre haute, vaincu justement par Pirmin Bischof.

L’avocat a le goût du combat

De son ancien métier d’avocat – abandonné après son élection comme syndic –, Kurt Fluri raconte avoir gardé le goût du combat. «J’adorais plaider.» Cette facette est apparue aux yeux de tous il y a un an, lors des débats sur la mise en œuvre de l’initiative «Contre l’immigration de masse». Le libéral-radical a joué un rôle crucial dans l’élaboration de la fameuse «préférence indigène light». Rapporteur de la Commission des institutions politiques, il a incarné et défendu cette solution préservant la libre circulation des personnes. Cela lui a valu les foudres de l’UDC, qui l’a accusé de bafouer la volonté du peuple. Les attaques virulentes, un appel public à sa démission ne l’ont pas ébranlé. «C’était une période intense. Mais j’étais convaincu.» Et peu importe que les relations avec l’UDC Suisse soient toujours tendues. Si celui-ci en a fait sa bête noire, Kurt Fluri ne mâche pas non plus ses mots à l’égard du parti conservateur, qu’il qualifie de «destructeur».

Plus que les coups, c’est l’intérêt médiatique qui a importuné le Soleurois. Indissociable de ses lunettes de vue noires, l’élu s’est retrouvé sous les feux des projecteurs médiatiques. Plus ou moins inconnu du grand public, il a acquis une notoriété nationale. Sous la Coupole, il est pourtant influent, loué pour sa droiture et sa maîtrise des dossiers. Même dans les rangs de l’UDC, certains reconnaissent qu’il est brillant. Parmi les PLR les plus à gauche de l’hémicycle, Kurt Fluri passe pour un technocrate de la vieille école dont la force des convictions vire parfois à l’obstination. Il flirte avec l’arrogance, dit le fond de sa pensée sans prendre de gants. Mais pas sur les réseaux sociaux, qu’il abhorre. «La politique à la Trump, ça me rebute.»

«Le parti m’a demandé de me représenter car il n’y avait pas d’autre candidat pour défendre les couleurs PLR. Mais je ne suis pas une victime, j’aime mon métier»

Après l’annonce de la démission de Didier Burkhalter, la SonntagsZeitung l’a placé en tête des candidats les plus aptes à reprendre la place du Neuchâtelois. Nourrit-il des ambitions pour le Conseil fédéral? «En tant qu’homme d’Exécutif, j’aurais aimé. Mais c’est trop tard.» Kurt Fluri n’est pas certain de se représenter aux prochaines élections au National. Une certitude: il quittera dans 4 ans la présidence de Soleure. Briguer un huitième mandat serait «exagéré» dit celui qui se réjouit de passer plus de temps avec sa femme et ses cinq enfants, âgés de 12 à 20 ans. Cette année déjà, il ne se voyait pas rempiler. «Le parti m’a demandé de me représenter car il n’y avait pas d’autre candidat pour défendre les couleurs PLR. Mais je ne suis pas une victime, j’aime mon métier.»

Son intention de se retirer satisfera les voix critiques réclamant son départ après un si long règne. Kurt Fluri les entend. «Mais les Soleurois n’ont pas voulu limiter la durée du mandat présidentiel. Et visiblement, ils souhaitaient que je reste.» (TDG)

Créé: 28.09.2017, 11h29

Bio

1955 Kurt Fluri naît à Soleure d’une mère couturière et d’un père horloger, qu’il perd à 2 ans. Il y passe toute sa vie, hormis un passage à Bâle et à Berne pour ses études de droit.

1971 Il rejoint une association d’étudiants marquée à droite et prend goût à la politique. L’un des premiers combats de ce militaire gradé: défendre l’importance de la grande muette face aux antimilitaristes.

1993 Il est élu président de Soleure. «Une surprise», dit-il. Dans cette fonction, il se félicite d’avoir «sécurisé» le soutien à la culture.

2003 Il entre au Conseil national.

2011 Grosse déception après une non-élection aux Etats.

2016 La «souris grise» du National devient une figure médiatique lors des débats sur l’application de l’initiative UDC sur l’immigration.

2017 Il est réélu à la présidence. S’il prend sa retraite comme prévu dans quatre ans, il aura passé 28 ans à la tête de Soleure.

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