Régulièrement espionnée, la Suisse réagit mollement

DiplomatieLes espions pullulent dans les représentations russes. Mais il n’est pas dans les habitudes de la Suisse de réagir avec véhémence.

On trouve au consulat de Genève, ville internationale, bien plus de représentants russes qu’à Berne.

On trouve au consulat de Genève, ville internationale, bien plus de représentants russes qu’à Berne. Image: CHRISTIAN BONZON

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En Suisse, plus d’un quart du personnel diplomatique russe mènerait des activités d’espionnage pour le compte de son gouvernement. Selon «Le Matin Dimanche» et la «SonntagsZeitung», le Service de renseignement de la Confédération (SRC) aurait identifié des dizaines de représentants officiels russes, basés à Genève, Zurich ou encore Berne, qui sont ou ont été des espions en Suisse.

«Si les faits sont avérés et confirmés, la Suisse doit réagir, estime le conseiller national Laurent Wehrli (PLR/VD). Une demande formelle d’explications doit être exigée auprès de la Russie. Si celle-ci dément et donne des explications qui ne sont pas conformes à la réalité, la Suisse devra agir en conséquence: rappeler l’ambassadeur, expulser des diplomates ou encore déposer une demande de réparation. En aucun cas elle ne doit se laisser faire.»

Plus modéré, son collègue Carlo Sommaruga (PS/GE) recommande plutôt une diminution des effectifs de la délégation. «La Suisse n’a rien à gagner à aller au clash. Des expulsions seraient prises comme un sérieux affront contre la Russie. Par contre, une réaction ferme et claire est souhaitable.» Carlo Sommaruga rappelle le système de rotation du personnel des ambassades. «On pourrait décider de ne pas repourvoir certains postes. La délégation russe est clairement en surnuméraire par rapport à la taille et l’importance de la Suisse. On peut donc décider de ne garder que les personnes affectées à des fonctions précises.»

L’ambassade de Russie à Berne, elle, dément formellement. Elle a réagi en publiant un commentaire sur Facebook, dénonçant une volonté absurde d’imposer une vision biaisée des Russes travaillant en Suisse. «Nous notons avec regret que la plume infatigable des journalistes suisses continue à formuler des allégations non fondées et non prouvées à l’adresse de la Russie. L’absence de faits concrets présentés par ces articles transparaît dans la référence à des sources anonymes et à un document secret que personne n’a vu et qui n’existe probablement pas.»

Le DFAE réagit

Les révélations de la cellule enquête de Tamedia font suite à plusieurs articles publiés la semaine passée. Dans le premier, les journalistes rapportaient que les deux espions russes soupçonnés d’être à l’origine de la tentative d’assassinat manquée de l’ancien agent double russe Sergueï Skripal avaient longuement séjourné à Genève peu avant l’attaque. Quelques jours plus tard, on apprenait que le laboratoire de Spiez (BE), chargé d’analyser la substance innervante utilisée dans l’affaire Skripal, avait subi une cyberattaque de la part d’agents russes. L’Agence mondiale antidopage (AMA) à Lausanne, qui a joué un rôle clé dans l’affaire de dopage à haute échelle des athlètes russes, a également été visée. À l’origine de ces tentatives d’entrer dans les systèmes informatiques de ces institutions: deux agents agissant sous couverture diplomatique, arrêtés ce printemps aux Pays-Bas, avant d’être renvoyés en Russie.

Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) confirme. «Le DFAE a convoqué l’ambassadeur de Russie pour protester contre cette tentative d’attaque et exigé de la Russie de mettre fin immédiatement à ses activités d’espionnage sur notre territoire, répond son porte-parole Pierre-Alain Eltschinger. La Suisse a également renforcé les contrôles lors des accréditations de diplomates.»

Également contacté, le SRC «ne commente pas les allégations des médias et ne donne pas d’informations supplémentaires à ce sujet». Mais la lecture du rapport 2018 sur la sécurité intérieure du SRC donne des éléments de réponses assez clairs. «Les rapports dénonçant des cyberattaques de grande envergure, selon toute vraisemblance d’origine russe, se font plus fréquents. Les intérêts suisses sont également devenus la cible de ces attaques. Au cours des dernières années, le SRC en a identifié et empêché plusieurs, peut-on lire noir sur blanc. Les entreprises de sécurité, médias et autorités actifs au plan international affirment que ces hackers agissent sur les ordres des services de renseignement russes.»

Surtout pas d’éclats

Ce ne serait d’ailleurs – et de loin – pas la première fois que la Suisse découvre qu’elle est espionnée par les Russes. Il y a vingt ans déjà, un fonctionnaire de l’ambassade de Russie à Berne avait été pris en flagrant délit d’espionnage par la police fédérale. À l’époque, les médias recensaient déjà plus de dix-huit affaires d’espionnage impliquant la Russie. Plus récemment, les Russes ont également été fortement soupçonnés d’être à l’origine du piratage du système informatique de l’entreprise d’armement RUAG. L’enquête a toutefois été récemment abandonnée, faute d’éléments probants.

Malgré tout, la Suisse est toujours restée frileuse dans ses réactions. En sa qualité de pays neutre, elle a refusé, en mars dernier, de participer à l’expulsion de 116 diplomates russes effectuée dans plus de vingt pays, dont les États-Unis et seize de l’Union européenne. L’action visait à protester contre le rôle présumé de la Russie dans l’affaire Skripal. Le DFAE avait alors fait savoir qu’il attendait les résultats de l’enquête.

Créé: 17.09.2018, 08h40

L’AMA pas touchée

L’Agence mondiale antidopage (AMA) a affirmé dimanche n’avoir «aucune raison de penser» qu’une tentative de cyberattaque contre une de ses installations à Lausanne, imputée à deux espions russes présumés, ait réussi à percer ses défenses.

«Il n’y a aucune indication que cette tentative présumée ait réussi à pénétrer cette sécurité», a déclaré l’un de ses porte-parole. L’AMA s’est efforcée ce week-end de défendre la décision de l’un de ses comités qui a recommandé la levée de la suspension de l’Agence russe antidopage (RUSADA), prononcée en 2015 en réponse à son rôle moteur dans le système de dopage d’État qui a sévi en Russie entre 2011 et 2015. AFP

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