L’EPFL encadre les dons privés pour ses étudiants

PhilanthropieLes meilleurs éléments seront épaulés par des fonds extérieurs. Au risque de subir des pressions? Non, assure l’EPFL, aidée pour la collecte par le banquier Thierry Lombard.

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L’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) – 11'000 étudiants – célèbre cette année ses 50 ans. D’où le nom de 50 Fifty accolé à son programme de bourses d’excellence, dévoilé le 17 mai dernier, qui sera financé, en s’inspirant du modèle anglo-saxon, par des fondations, des entreprises et d’autres donateurs privés. Le «top 2%» des étudiants résidants suisses de niveau bachelor bénéficiera annuellement de 40 bourses de 10'000 fr. pour trois ans. Au stade du master, 80 enveloppes de 24'000 fr. (projets d’un an et demi) et 32'000 fr. (deux ans) seront distribuées, aussi aux étrangers.

Ambassadeurs au front

La haute école s’est fixé pour objectif de réunir 50 millions de francs, 1 million par année d’existence. À la date du 20 juin, elle avait engrangé des engagements à hauteur de 1,5 million. Des ambassadeurs sont chargés de séduire les donateurs privés. Parmi eux, Thierry Lombard, ancien associé gérant de la Banque Lombard Odier & Cie, à Genève, qui a pris une part minoritaire chez Landolt & Cie à Lausanne, où il est vice-président du conseil d’administration. Il se consacre à la défense d’une philanthropie vouée notamment à la formation et à l’éducation. Il est aussi très actif dans le soutien, avec Landolt & Cie ainsi que des fondations, aux concours de sciences appliquées qui mobilisent l’EPFL. Par exemple Solar Decathlon (habitat écologique), Hydrocontest (mobilité maritime, premier prix à l’équipe suisse) et Hyperloop (capsule autopropulsée sous vide).


Lire aussi: Études et dons privés, à surveiller


«Il est normal que des fonds privés viennent aider des boursiers suisses et étrangers. Aux États-Unis, c’est un procédé courant pour les universités. En Suisse, cela existe, mais c’est beaucoup moins utilisé», déclare Thierry Lombard. «Nous devons maintenant convaincre des donateurs prêts à investir dans les talents de demain qui travaillent aujourd’hui sur des projets d’excellence», ajoute-t-il. Il en va, selon lui, de l’avenir: «En Suisse, nous avons une économie du savoir. L’EPFL contribue au développement de cette compétence. Nous devons apporter notre aide au mieux en pensant aussi à l’avenir de notre planète. C’est le meilleur investissement qu’on puisse faire.»

Exigence de transparence

La campagne de récolte de fonds est lancée au moment où l’exigence de transparence sur les financements privés bouillonne de toutes parts. L’ancien président de l’EPFL Patrick Aebischer s’était retrouvé au centre d’une polémique en 2016. L’arrivée d’argent privé dans une haute école peut en effet s’accompagner de pressions. Ce point figurait au cœur des soupçons exprimés en 2016 par l’émission de la TV alémanique «Rund­schau» sur des contrats de chaires sponsorisées signés en 2007 avec l’entreprise biotechnologique Merck Serono. Le financement du Rolex Learning Center ainsi que le parrainage de chaires par Nestlé avaient aussi fait l’objet de critiques. «La levée de fonds philanthropiques nécessite d’établir des liens avec les gens qui peuvent contribuer financièrement à l’institution», justifiait Patrick Aebischer, dans une interview au «Temps» en septembre 2018.

Les étudiants se retrouveront au front dans le cas du programme 50 Fifty. Thierry Lombard admet que le financement privé peut présenter un risque. Mais il est selon lui gérable: «On peut réduire le risque au moyen d’une juste réglementation. J’ai été rassuré par ce que j’ai observé à ce sujet aux États-Unis. Un grand groupe impliqué dans l’affaire de l’usage excessif d’opiacés comme médicaments antidouleur distribuait des dons. Il a été blacklisté par les institutions universitaires. Elles n’acceptent pas les dons de certaines industries.»

Département spécialisé

L’EPFL, où les dons privés représentent 8,9% du budget total, a professionnalisé sa gestion de la philanthropie. Il y a deux ans, en avril 2017 exactement, est né un Service de la philanthropie, à l’initiative de Martin Vetterli, successeur de Patrick Aebischer. Dirigé par Nathalie Fontana, il se compose de six postes, dont un de stagiaire. Est-ce suffisant? «Ma première mission a été de construire une équipe. Je dispose de la masse critique nécessaire pour le début», affirme la responsable.

Elle garantit que les étudiants ne subiront aucune pression des donateurs privés dans le cadre de 50 Fifty. «Le processus de sélection des étudiants bénéficiaires est entièrement géré par l’EPFL. Il n’existe pas de comité de donateurs, souligne-t-elle. Les donateurs privés seront invités à rencontrer les bénéficiaires lors d’événements organisés par l’EPFL, mais sans contrainte pour les étudiants, assure Nathalie Fontana. Notre campagne exclut un retour sur l’engagement des donateurs. Les étudiants n’ont aucune obligation de signer un contrat d’emploi ou de stage avec les donateurs qui soutiennent leur projet.»

«Retour émotionnel»

Quel serait alors l’intérêt des donateurs? «C’est un retour émotionnel, sur le long terme», répond la directrice du service Nathalie Fontana. La documentation de l’EPFL indique que leur identité apparaîtra sur le site internet de la haute école et dans ses rapports annuels. Ils auront aussi la possibilité de donner leur nom à une bourse d’excellence s’ils la paient entièrement. Présidente d’AGEPoly (l’Association générale des étudiants de l’EPFL) jusqu’à mercredi dernier, Diane Bernard-Bruls fait aussi partie des ambassadeurs de 50 Fifty. Elle estime que la haute école a bien fourni les garanties nécessaires pour l’indépendance des étudiants: «Le programme a été pensé sainement. D’autres projets sont plus problématiques, mais celui-ci a été bien réfléchi.»



Plus de 13'000 fondations actives en Suisse

Les fondations figurent parmi les donateurs espérés par l’EPFL. La Suisse en compte 13 169 dotées du statut d’utilité publique. Comment s’y retrouver? «Depuis quelques années, elles se professionnalisent», souligne Roger Oltramare. Il préside une fondation spécialisée dans l’amélioration du quotidien de l’être humain par le biais de la technologie, qui alloue quelques centaines de milliers de francs par année. Par exemple à des projets d’étudiants de la Haute École d’ingénierie et de gestion du Canton de Vaud.

«Il s’agit de projets à taille humaine, où l’étudiant voit le résultat à la fin de ses études.» Peut-il garantir que la position de donateur de la fondation ne se traduit pas par une influence? «Oui, cette garantie existe. La sélection d’un projet se fait en amont en suivant des critères précis fixés par le conseil de fondation. Nous n’orientons ensuite en aucune manière les étudiants ou les professeurs dans leur travail. En revanche, nous exigeons une présentation régulière pour attester de la qualité de leurs travaux et faire part de l’évolution du projet financé, répond-il. Notre fondation est à but non lucratif. Par ailleurs, nous finançons des projets au début d’un cheminement. Au moment où des questions de commercialisation se posent, nous pouvons donner des conseils mais nous cessons les donations. Nous ne nous trouvons ainsi pas en situation de conflit d’intérêts. En outre, une fondation à but non lucratif bénéficie d’une exemption fiscale. Si son action provoque un conflit d’intérêts ou lui apporte des gains, ce ne sera pas du goût de l’Autorité de surveillance.»

La tendance actuelle consiste à créer des systèmes intermédiaires entre les donateurs et les bénéficiaires. Roger Oltramare, dans son secteur, cite l’initiative de philanthropie Venture Kick, un incubateur de start-up et de jeunes entrepreneurs. «Nous ne donnons pas d’argent directement aux jeunes entrepreneurs issus des hautes écoles suisses mais à Venture Kick. Ce programme dispose d’un collège de spécialistes qui sélectionne les bénéficiaires.»

Créé: 02.08.2019, 07h38

«Pas d’élitisme»

UNIL

L’Université de Lausanne reçoit aussi des dons privés. À hauteur de 10% de son budget selon les données communiquées par
le vice-recteur chargé de la recherche, François Bussy. Mais ce flux financier s’adresse aux recherches des doctorants, pas aux étudiants, comme c’est le cas avec «50-fifty» à l’EPFL.

«Pas d’élitisme à l’UNIL! Notre mission cantonale est de former les jeunes. Les bourses sont destinées à ceux qui n’ont pas les moyens plutôt qu’aux meilleurs», relève François Bussy. Au niveau doctorat ou postdoctorat, l’UNIL assure protéger l’indépendance de ses chercheurs financés par des dons privés. «Ils doivent avoir la liberté de publier leurs résultats sans aucune censure du bailleur de fonds», déclare François Bussy.

L’UNIL n’entend pas augmenter la part des dons privés. Elle ne dispose pas d’un service dont la mission serait la collecte active de fonds privés. Les chercheurs doivent s’impliquer dans la quête de soutiens et leurs projets sont contrôlés par le Service de transfert technologique. «Si l’on appliquait le modèle anglo-saxon, nous pourrions perdre notre indépendance scientifique», estime le vice­recteur.

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