«Nous avons enfin les bases pour une vraie politique d’innovation»

InterviewLobbyiste des start-up, comme il se revendique, le PLR vaudois Fathi Derder peut se targuer de résultats à Berne. Interview vérité.

L’élu vaudois Fathi Derder a multiplié les postulats pour encourager l’innovation.

L’élu vaudois Fathi Derder a multiplié les postulats pour encourager l’innovation. Image: ARC/J.-B. SIEBER

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L’aide aux start-up a le vent en poupe. Le Conseil national a accepté durant cette session un postulat de Fathi Derder (PLR/VD) pour «une vision d’ensemble de la politique d’innovation». Il demande au Conseil fédéral de recenser, dans tous les départements, les mesures possibles pour favoriser l’éclosion de jeunes entreprises innovantes. C’est l’une des six interventions du Vaudois sur le sujet, qui ont toutes reçu l’appui de la Chambre du peuple. Travail de fond ou succès facile? Fathi Derder répond à nos questions.

Le mot «innovation» est mis à toutes les sauces. Est-ce que vous surfez sur une mode?

C’est vrai qu’on utilise ce mot à tout bout de champ. C’est presque une tarte à la crème. Mes interventions réclament des mesures ciblées pour permettre à des gens qui ont de bonnes idées d’en faire un business et des produits commercialisables, bref de créer une start-up. On entend le mot «innovation» partout. Mais quand il s’agit de concrétiser et qu’on parle de mesures fiscales et de dispositions techniques, moins de monde s’y intéresse…

Est-ce que vous vous activez dans ce secteur parce que personne d’autre ne le fait?

Non, c’était une motivation pour venir à Berne. Le jour où j’ai décidé de me lancer en politique, la première personne que je suis allé voir, c’était Patrick Aebischer, le président de l’EPFL. Le constat était clair: le politique peut faire beaucoup plus pour l’innovation. Dans les classements internationaux, la Suisse est championne en innovation. Mais elle se traîne dans les profondeurs du classement pour les conditions offertes aux start-up.

Concrètement, que proposent vos interventions?

Le premier postulat, adopté en 2013, demande de renforcer Swissnex (ndlr: réseau d’échanges technologiques avec des pays étrangers). Le deuxième demande des bases pour mieux protéger nos données personnelles et favoriser ainsi la création d’applications informatiques. Un autre demande d’encadrer l’économie participative et de chercher une législation nationale pour des services comme les taxis Uber ou les locations Airbnb (ndlr: site de location de logements entre particuliers). Un autre postulat demande de cibler des mesures de soutien aux jeunes entreprises, par exemple la défiscalisation des investissements. Le dernier postulat, c’est la cerise sur le gâteau: il s’agit de cibler dans tous les secteurs de la Confédération les mesures qui pourraient être prises pour l’innovation. Il y a beaucoup à faire dans la Santé, à la Défense ou au Département des finances, qui ne voit que d’éventuelles pertes fiscales à court terme.

Pourquoi faudrait-il favoriser l’économie privée avec des deniers publics?

L’intérêt de ces mesures est public: il s’agit de maintenir et de renforcer un tissu économique qui permettra à la Suisse de rester performante demain. Une start-up deviendra peut-être une PME ou une grande entreprise qui emploiera beaucoup de personnes et paiera beaucoup d’impôts un jour. L’Etat doit offrir des conditions favorables, ni trop interventionnistes ni ultralibérales.

N’est-ce pas le rôle d’EconomieSuisse ou de l’USAM de représenter les entreprises?

Pas pour les start-up, qui sont en majorité des projets animés par des gens courageux, un peu fous, qui travaillent des années sans garantie de succès ou de survie. Ils ne savent pas qui appeler pour demander du soutien et ils ont autre chose à faire que de la politique. Je précise que l’innovation peut concerner tous les secteurs. Un exemple qui reste épatant, c’est celui de Valtronic, cette entreprise de la vallée de Joux qui est partie de l’horlogerie pour développer aujourd’hui, avec une société californienne, des rétines artificielles pour les malvoyants.

Le train est maintenant lancé. Votre mission à Berne n’est-elle pas terminée?

Non, nous avons les bases pour une vraie politique d’innovation, mais le travail ne fait que commencer. En ce qui me concerne, je suis un milicien en politique et j’aurai forcément une vie après. Je travaille sur des créations de start-up, mais je n’en dirai pas plus pour le moment.

Créé: 20.03.2015, 10h27

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Une première rencontre avec des parlementaires

Le nouveau groupe parlementaire «Start-up» a tenu sa première réunion avant-hier à Berne. Présidé par Fathi Derder, il a permis de réunir plus de trente représentants de l’innovation, des représentants de l’administration fédérale et des parlementaires élus.

Une rencontre symbolique? «En aucun cas! se défend le libéral-radical vaudois. Nous avons écouté les difficultés des entrepreneurs et leurs demandes concrètes, qui recoupent en partie des points sur lesquels nous travaillons déjà à Berne. Ces demandes seront formalisées en bonne et due forme et transmises à l’administration fédérale.» Le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) et le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) étaient d’ailleurs représentés.

La rencontre est prometteuse, selon Alain Nicod, directeur de la société de gestion VI Partners et cofondateur de LeShop: «C’était une première, alors personne n’attend de résultats immédiats, mais des mesures ont été évoquées et j’espère qu’elles seront concrétisées à plus long terme», dit-il.

Pour sa part, le conseiller national Jacques-André Maire (PS/NE) s’avoue enthousiaste: «L’aide aux start-up est la suite logique du soutien aux hautes écoles. C’est une démarche qui me semble essentielle.» En tant que socialiste, il n’a pas forcément les mêmes propositions que ses collègues: «Quand je propose un cautionnement public, cela interpelle la droite. Et quand mes collègues de droite parlent de défiscalisation, cela me fait un peu tousser. Mais cette plate-forme, qui réunit tous les partis, me semble utile.»

Elle s’avère même «plus que nécessaire, estime le Genevois Guillaume Barazzone (PDC). C’est un lobby pour le futur.» La fiscalité suisse est, selon lui, adaptée aux entreprises classiques, mais pas pour les start-up. «Un aspect qui peut intéresser directement Genève, ajoute Guillaume Barazzone, c’est l’innovation en matière financière. Nous ne sommes pas à la pointe dans ce domaine alors que beaucoup de jeunes diplômés arrivent sur le marché du travail.»

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