Une élue zurichoise UDC part en croisade contre l’écriture inclusive

PolitiqueLe parlement communal a jugé non recevable une interpellation n’utilisant pas le langage épicène.

Susanne Brunner est prête à aller jusqu'au Tribunal fédéral pour dénoncer la «censure» dont elle s'estime victime.

Susanne Brunner est prête à aller jusqu'au Tribunal fédéral pour dénoncer la «censure» dont elle s'estime victime. Image: Keystone

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En mai dernier, des activistes ont organisé un festival non autorisé à Zurich. Pourquoi la police n’a-t-elle pas mis fin à la manifestation? On ne le saura certainement pas avant longtemps. Cette question, c’est l’UDC Susanne Brunner qui la pose dans une interpellation déposée au parlement communal. Mais plutôt que de lancer une discussion sur le festival et le rôle des autorités, Susanne Brunner a déclenché un débat nourri sur l’usage du langage épicène au sein de l’instance politique.

La question qui préoccupait mercredi soir la classe politique zurichoise était la suivante: un élu peut-il rédiger une motion ou postulat ou autre en n’utilisant que le genre masculin? Une large majorité des élus a jugé que non, confirmant deux décisions en ce sens du bureau du Conseil.

Une règle pour l'égalité des hommes et des femmes

En ville de Zurich, une règle en vigueur depuis l’année dernière astreint les parlementaires à respecter l’égalité des hommes et des femmes dans la formulation de motions, postulats ou autres. Chargé de veiller au respect du règlement, le bureau du Conseil a jugé que le texte de Susanne Brunner n’était pas conforme. Il lui a demandé de le reformuler car il ne parlait que d’habitants ou d’occupants. Il aurait fallu ajouter les habitantes et les occupantes. L’élue a refusé et l’interpellation a été déclarée irrecevable. Elle a déposé une deuxième version avec pour simple modification la mention que l’usage du masculin fait aussi référence aux femmes. Pas suffisant pour obtenir gain de cause.

Criant à la censure, à une restriction de sa liberté de penser, Susanne Brunner a dénoncé ce qu’elle appelle une «police du genre». Elle a décidé de porter sa cause devant le plénum, chargé de trancher.

«Nous ne tolérerons aucune régression»

Dans un long débat aux allures de séminaire linguistique, selon le «Tages-Anzeiger», les élus UDC ont pris la défense de leur collègue de parti. L’usage du langage inclusif prend trop de place, la majorité rose-verte du Conseil fait étalage de son pouvoir, ont-ils critiqué. À gauche, des membres du Conseil ont défendu une règle adaptée à un parlement moderne, faisant la politique pour tous. «Pendant cinquante ans, nous nous sommes battues pour une langue équilibrée. Nous ne tolérerons aucune régression», a lancé la Verte Katharina Prelicz-Huber.

Le résultat a été sans appel. À 77 voix contre 35, les élus ont jugé irrecevable l’interpellation. La gauche et les Vert’libéraux ont voté en bloc pour renvoyer le texte, soutenus par trois PLR.

Le vote ne signe pas la fin de l’histoire: Susanne Brunner ne s’avoue pas vaincue. «Je ne pense pas que l’écriture inclusive fasse avancer l’égalité entre hommes et femmes. Mais là n’est pas la question. Je ne peux tout simplement pas accepter que l’on m’empêche de faire usage de mes droits politiques en raison de prescriptions de langage», réagit la Zurichoise, par ailleurs candidate au Conseil national. Susanne Brunner a décidé de porter l’affaire devant la justice, avec l’intention, s’il le faut, d’aller jusqu’au Tribunal fédéral. Elle vient de lancer une opération de financement participatif en ligne pour l’aider à couvrir les frais de justice en première instance. Un peu plus de 1770 francs sur 10 000 francs nécessaires avait été promis jeudi soir.

«Cela va trop loin»

Le parlement de Zurich est le seul des grandes villes alémaniques à exiger l’usage de l’écriture inclusive, selon un coup de sonde réalisé par la télévision publique SRF. En Suisse romande, le Conseil communal de Lausanne ne connaît pas de telle prescription. La ville de Genève non plus. Mais en pratique «le langage épicène est utilisé», rapporte la présidente du bureau du Conseil municipal, la Verte Marie-Pierre Theubet. «C’est une bonne chose pour l’égalité. Les femmes existent et il faut les citer. Mais rejeter une motion qui ne l’utilise pas, je trouve que cela va trop loin.»

Créé: 29.08.2019, 22h52

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