Sur l’élevage intensif, le Conseil fédéral embrasse la cause écolo

Bien-être animalBerne veut un abattage plus respectueux des animaux et améliorer les conditions de détention. Les paysans s’inquiètent.

Le Gouvernement veut notamment que les animaux de rente aient un accès régulier à l'extérieur.

Le Gouvernement veut notamment que les animaux de rente aient un accès régulier à l'extérieur. Image: Sedrik Nemeth

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La décision a pris tout le monde de court. Alors que les observateurs s’attendaient à un rejet cinglant de l’initiative «contre l’élevage intensif», voici que le Conseil fédéral est favorable à un contre-projet. Et même à un contre-projet direct. Ça veut dire qu’il est prêt à fixer dans la Constitution des critères d’hébergement, d’accès régulier à l’extérieur et d’abattage respectueux. «Ces mesures devraient permettre d’améliorer les conditions de détention des animaux utilisés dans l’agriculture, même si la Constitution et la législation garantissent déjà un niveau élevé», précise le Conseil fédéral.

La différence avec l’initiative? Le Conseil fédéral juge cette dernière excessive car elle propose d’inscrire dans la Constitution les normes de production de Bio Suisse, «qui relèvent du droit privé». De plus, étendre ces normes aux importations serait incompatible avec les accords commerciaux signés par la Suisse. «Et très difficile à mettre en œuvre», ajoute le gouvernement.

Au-delà des partis

«Honnêtement, je n’aurais pas parié sur une telle décision», reconnaît Adèle Thorens (Verts/VD), qui sent l’opinion publique de plus en plus sensible à la question du bien-être animal, mais qui ne pensait pas que cela irait jusqu’au Conseil fédéral. Comment explique-t-elle que ce thème prenne tant d’importance? «Je vois trois aspects. Le premier, ce sont les découvertes scientifiques qui ont montré que les animaux étaient beaucoup plus sensibles qu’on ne le pensait. On considère les espèces animales différemment. L’information aussi a changé. On sait que l’élevage, même en Suisse, ce n’est pas toujours l’image mise en avant dans les publicités. Enfin, il y a des mouvements sociaux très forts qui font passer ce message.» Et la sénatrice de rappeler que «la lutte contre la maltraitance des animaux, c’est une cause qui transcende les partis». Et qui est de plus en plus populaire, en atteste l’essor du végétarisme, du véganisme et des mouvements antispécistes.

D’une certaine façon, le Conseil fédéral légitime le discours de ceux qui discréditent notre profession

Jacques Nicolet, conseiller national UDC/VD et agriculteur

Que le Conseil fédéral se montre aussi soucieux du bien-être animal, voilà qui surprend même les initiants. «En montrant qu’il est prêt à agir, le gouvernement reconnaît qu’il y a des problèmes en Suisse, que ce soit dans l’agriculture ou l’industrie agroalimentaire, et qu’il faut agir», explique la conseillère nationale Meret Schneider (Verts/ZH), coprésidente du comité d’initiative, elle-même antispéciste. Et de parler des différents scandales qui ont éclaté dans les médias, par exemple les porcheries dans le canton de Vaud.

Du côté des agriculteurs, la pilule est amère. «D’une certaine façon, le Conseil fédéral légitime le discours de ceux qui discréditent notre profession, regrette Jacques Nicolet (UDC/VD), conseiller national et agriculteur. Il y a des brebis galeuses, comme partout, mais l’écrasante majorité des paysans prend soin de ses animaux.» Et de rappeler qu’aujourd’hui déjà, les agriculteurs suisses et les employés des abattoirs sont soumis à des règles strictes, bien plus strictes que celles des pays avoisinants. «Je ne vois pas vraiment comment le Conseil fédéral va s’y prendre pour renforcer encore les critères», conclut le Vaudois.

Effets sur la compétitivité

Interrogé à cet effet, l’Office vétérinaire fédéral n’est pas très prolixe. «Les détails de ce projet sont encore à définir. Pour le moment, nous ne pouvons pas donner plus de détails.» Or, c’est bien dans les détails que se cache le diable, craint Jacques Bourgeois (PLR/FR), directeur de l’Union suisse des paysans. «Aujourd’hui déjà, notre pays est bien le seul à limiter légalement la taille des cheptels. Et la majorité des animaux de rente sort régulièrement en plein air et est détenue dans des stabulations respectueuses des animaux. On peut aller plus loin, mais ça va avoir des effets sur la compétitivité.» Avec le risque, selon lui, de recourir encore plus à des produits venus de l’étranger, «où les conditions d’élevage sont bien plus mauvaises qu’en Suisse».

Les importations, c’est le point sur lequel se retrouvent paysans et écolos. «C’est pour cela que nous avions déposé notre initiative pour des aliments équitables, rappelle Adèle Thorens. On ne peut pas exiger de normes ici et importer des denrées qui ne les respectent pas. Et je ne parle pas ici uniquement de bien-être animal, mais aussi de respect de normes écologiques et sociales.» Pour Meret Schneider, le fait que le Conseil fédéral refuse de transiger sur cet aspect constitue le gros point noir de son contre-projet. «Si nous améliorons les normes suisses mais que nous ne posons pas les mêmes exigences pour les produits importés, nous ne rendons pas service aux animaux. Au final, nous sous-traitons simplement la cruauté et portons également préjudice à nos éleveurs suisses, car nous importons de la viande bon marché. Notre texte a pour objectif que tout le monde soit placé à la même enseigne.» Et de prévenir: «Si ni le Conseil fédéral ni le parlement ne bougent sur ce point, c’est sûr, nous maintiendrons notre initiative. Et c’est le peuple qui aura le dernier mot.»

Créé: 29.01.2020, 19h45

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