«Une économie durable, c'est du pur bon sens»

InterviewAdèle Thorens défend l’initiative «Pour une économie verte» soumise au peuple le 25 septembre. Interview.

Selon Adèle Thorens, la population est spontanément favorable à l'initiative des Verts.

Selon Adèle Thorens, la population est spontanément favorable à l'initiative des Verts. Image: Patrick Martin

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Si la population mondiale consommait comme les Suisses, il faudrait les ressources de trois planètes environ pour répondre à ses besoins. Faut-il réduire notre empreinte écologique? C’est l’avis des Verts, dont l’initiative demande que d’ici à 2050, la consommation des Suisses, extrapolée à la population mondiale, ne dépasse pas l’équivalent d’une planète. La conseillère nationale Adèle Thorens (Verts/VD) répond à nos questions.

Votre texte perd du terrain dans les sondages au fil des semaines. Vous êtes inquiète?

Non. Je suis sereine, même si nos adversaires ont beaucoup d’argent et très peu de scrupules. Spontanément, la population est favorable à notre initiative. Une économie durable, ne pas consommer plus de ressources que celles qu’on a à disposition, c’est du pur bon sens. L’enjeu n’est donc pas de convaincre, mais d’expliquer ce qu’implique exactement notre texte.

C’est difficile?

Au contraire, c’est magnifique. Je n’ai jamais vécu ça depuis que je fais de la politique. On sent un élan incroyable. Je suis contactée tous les jours par des patrons de petites entreprises qui veulent témoigner pour nous, en disant que ce que nous voulons fonctionne déjà chez eux. Nos actions sur le terrain ont aussi beaucoup de succès. EconomieSuisse mène une campagne basée sur la peur et la désinformation. Nous y répondons par la confiance en l’avenir, l’ambition pour la Suisse.

Il s’agirait de réduire de deux tiers notre empreinte écologique d’ici à 2050. Ce n’est pas simple à appréhender.

L’empreinte écologique, c’est un indicateur global, utilisé mondialement, y compris par le Conseil fédéral. Il illustre les atteintes que nous portons à notre environnement. Peut-être bien que les gens ne savent pas tous comment il fonctionne précisément. Mais ce qu’ils savent, c’est que notre économie gaspille, pollue et produit trop de déchets, et que ça ne peut pas continuer ainsi. La conscience de notre responsabilité vis-à-vis des générations futures est très forte. Elle dépasse les clivages politiques et sociaux.

L’initiative veut inscrire les principes de l’économie circulaire dans la Constitution. Un concept un peu abstrait…

Actuellement, on prélève des matières premières, on fait des produits avec, souvent à grande échelle et à courte durée de vie, on les vend, on les consomme très vite, puis on les jette. L’économie circulaire, elle, va chercher à revaloriser un maximum de matériaux dans de nouveaux cycles de production ou d’utilisation. Les sacs Freitag, réalisés avec de vieilles bâches, et le compost en sont de bons exemples, puisqu’ils permettent de réinsérer des «déchets» dans de nouveaux cycles.

Vous voulez faire du recyclage à grande échelle, en fait?

Oui, mais pas en chargeant encore les consommateurs, car leur marge de manœuvre est limitée. Dans vos poubelles, vous avez des déchets mixtes, dont vous ne pouvez pas séparer les éléments pour les recycler. Il faut donc agir en amont, créer tous les produits en se demandant comment limiter leur impact sur toute la chaîne de vie, pour offrir aux consommateurs des produits durables et prévenir les atteintes à l’environnement.

Quels exemples concrets pourriez-vous donner?

Réduire les emballages à la source, créer de nouvelles filières de recyclage, par exemple pour les plastiques, encourager les modes de production efficients, les matériaux écologiques ou les produits durables.

Mais l’économie estime qu’elle fait déjà beaucoup d’efforts dans ce domaine. Comment agir autrement que par les taxes qu’elle redoute?

En passant des conventions d’objectifs avec les branches, basées sur des mesures volontaires. C’est tout à fait réaliste. Le contre-projet à notre initiative, torpillé par le parlement, prévoyait de tels accords avec Coop et Migros pour que, à terme, des produits importés comme l’huile de palme, le bois ou le coton répondent à des standards écologiques. Cela facilite la vie du consommateur: au lieu de devoir chercher un produit de niche, écolo et cher, il va avoir une offre bien plus large de produits durables et plus avantageux. Et il en profitera. La preuve aujourd’hui déjà: la Suisse doit importer des produits bio car la demande est plus forte que l’offre!

La Suisse ne peut pas faire ça toute seule dans son coin…

C’est si nous ne faisons rien que nous serons dans notre coin. L’Union européenne a lancé un plan majeur de promotion de l’économie circulaire, avec pour objectif une économie durable en 2050. Et des pays comme la Finlande se sont engagés dans cette voie au niveau national.

Ikea soutient votre texte. Vous croyez vraiment qu’elle va abandonner ses cartons d’emballage?

J’espère bien! Ikea fait partie des 200 multinationales ayant réalisé le rapport Vision 2050, qui défend le même objectif que notre initiative. La marge de manœuvre d’une entreprise comme celle-là est importante. Et sa démarche est cohérente avec ce que veulent ses clients. Si Toyota, Nestlé ou encore Firmenich disent que cette évolution est non seulement nécessaire mais réaliste, je ne vois pas de raison de le mettre en doute.

Vos adversaires estiment que vous n’avez en fait qu’un seul but: la décroissance. C’est vrai?

C’est absurde. L’économie verte est au contraire un moteur de croissance et d’emplois. C’est pour cela que l’Europe mise dessus. La Suisse doit se placer parmi les pays qui vont produire et vendre les technologies environnementales au reste du monde. Nous avons des instituts de recherche de pointe dans les technologies propres, comme les matériaux biodégradables.

Vos opposants craignent pourtant des délocalisations massives.

La progression des cleantechs démontre que ce n’est pas le cas. Ce secteur croît plus rapidement et mieux que l’économie globale. L’économie verte, ce n’est pas trois écolos baba cool qui se douchent à l’eau froide; ce sont des centaines de milliers d’emplois aujourd’hui en Suisse. Les problèmes économiques, nous les aurons si nous restons dépendants des énergies fossiles et de matières premières non renouvelables.

Et la viande, on ne pourra bientôt plus en manger si l’on réduit notre impact écologique?

C’est tout aussi absurde. Personne ne demande une taxe sur la viande! Elle est déjà plus chère que les alternatives. Je mange de la viande, c’est un choix personnel qui appartient à chacun. Ce que prône notre initiative, dans ce domaine, c’est l’encouragement des modes de production écologiques. Et la réduction des importations de bœuf bourré d’hormones. Il faut surtout arrêter de jeter un tiers des denrées alimentaires que nous produisons.

La Suisse s’est engagée lors de la COP 21 à Paris à réduire massivement ses émissions de CO2. Vous n’y croyez pas?

Si, et c’est pour cela que je me bats pour cette initiative! Les rejets de CO2 correspondent à deux tiers de notre empreinte écologique. Si on applique les engagements pris à Paris, on descendra de 3 à 1,4 planète. On aura déjà fait un bon bout de chemin. Le reste pourra être atteint avec les mesures visant les matériaux. Mais il faut passer par la phase de concrétisation. Une inscription de notre objectif dans la Constitution, avec un vote populaire fort, donnerait un signal indispensable au parlement actuel, qui va tout faire pour affaiblir le projet de politique climatique, déjà minimaliste, du Conseil fédéral. (TDG)

Créé: 07.09.2016, 16h33

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Papyrus: les régularisés gagnent plus et vont mieux que les illégaux
Plus...