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À la droite d’Erich Hess, il n’y a plus que le mur

Le conseiller national UDC bernois cumule les mandats, emploie le mot «Nègre» et estime l’aide sociale néfaste. Rencontre.

Erich Hess se plaît à être politiquement incorrect. Ses propos en hérissent plus d’un dans la Berne fédérale.
Erich Hess se plaît à être politiquement incorrect. Ses propos en hérissent plus d’un dans la Berne fédérale.
Keystone

À sa droite, il n’y a que le mur. Au Conseil national, Erich Hess est le parlementaire UDC qui vote le plus à droite du parlement fédéral. Ce n’est pas sa seule particularité. Le Bernois de 37 ans représente un cas unique en Suisse. Il cumule trois mandats politiques à trois échelons différents: conseiller communal, député cantonal et conseiller national. Un goût du pouvoir insatiable? «Non, on est souvent venu me chercher pour tirer la liste, explique-t-il tranquillement dans un restaurant de Bümpliz dont il est copropriétaire. J’ai fait un score canon. Et après je ne pouvais pas démissionner et trahir les électeurs.»

Les cheveux coupés en brosse, le visage juvénile et un franc-parler qui met le feu aux poudres, Erich Hess vient de faire à nouveau la une de l’actualité bernoise. En ville de Berne, la gauche lui a barré la route à la présidence du Législatif en élisant en bloc un autre UDC. La raison? On lui reproche de ne pas être digne de cette fonction en raison de ses déclarations «xénophobes et racistes». Lors d’un débat sur la vente de drogue en ville, Erich Hess avait lâché: «Jour après jour, on voit là-bas principalement des Nègres en train de dealer.»

«Un politicien dangereux»

«Des propos insupportables» pour Luzian Franzini, coprésident des Jeunes Verts suisses. Son mouvement avait déposé une plainte pour discrimination raciale. En vain. L’affaire a été classée par la justice. Erich Hess s’en réjouit: «Nègre n’est pas un mot interdit. Je ne vais pas me laisser dicter mon vocabulaire par la majorité rose-verte.» Et, lors de notre entretien, il en rajoute une couche: «Si j’avais utilisé le terme «Nord-Africains» et pas «Nègres», cela n’aurait pas été médiatisé. Or c’est cela que je cherche. Mettre sur la place publique un problème réel.»

Cette façon de faire donne des nausées à la gauche. «C’est un politicien dangereux dans la mesure où il brise toutes les conventions de la société et repousse les limites de l’indignité, déclare Rahel Ruch, coprésidente de Grünes Bündnis Bern. Il rend acceptable des idées qui ne le sont pas. Comme celle de comparer des étrangers à des fourmis.» Quand on le traite de raciste, Erich Hess rigole. «Allons donc. Je n’ai rien contre les étrangers puisque je les mets même dans mon lit.» Une allusion tout en finesse à sa relation actuelle avec une Ukrainienne. «Le problème, ce ne sont pas les étrangers, mais leur nombre. Si vous en avez trop, vous ne pouvez plus les intégrer.»

Quand un patron doit payer un salaire élevé obligatoire, il en veut pour son argent. Il va donc prendre quelqu’un d’opérationnel à 100%. Le salaire minimum est donc antisocial.

Erich Hess, une tête brûlée médiatique avec une grande gueule qui n’a aucune influence concrète sur la politique? Pas vraiment. Le Bernois peut se vanter d’avoir réussi en 2013 à changer la pratique des naturalisations dans le canton de Berne. Par voie d’initiative populaire, il a demandé que les récipiendaires de l’aide sociale et les personnes ayant un casier judiciaire ne puissent plus obtenir le passeport suisse. Tous les partis, sauf le sien, ont dit non. Mais l’objet a été accepté par 56% de la population. Un durcissement qui a déteint ensuite au niveau national.

«Je suis quelqu’un qui a les pieds sur terre, raconte-t-il. Je vis en ville de Berne mais j’ai gardé ma mentalité campagnarde de l’Emmental.» Il a commencé sa carrière comme chauffeur de camion. Puis, poussé par son mentor politique Thomas Fuchs, il s’est lancé dans l’immobilier. Désormais, il achète des biens immobiliers et les loue. Élu au Conseil national en 2015, il ne pèse pas vraiment sur la politique fédérale. «C’est normal, je suis nouveau et on m’a attribué la commission de gestion où nous sommes souvent tenus au secret.» Que pense de lui le conseiller national Matthias Aebischer (PS/BE), qui le connaît bien? «Je suis à 100% opposé à ses idées, mais il a un mérite: il dit tout haut ce que certains de ses collègues pensent tout bas.»

Aide sociale et chômage

Ses combats actuels? Il fustige l’Union européenne, «qui menace notre indépendance et notre souveraineté», et l’écrasante majorité des requérants d’asile, «ces pseudo-réfugiés qui sont en fait des migrants économiques». L’aide sociale lui donne aussi des boutons. «Je peux comprendre qu’on aide une personne de 60 ans au chômage qui a payé ses impôts toute sa vie. Mais verser l’aide sociale à un jeune, c’est l’enfoncer dans le désœuvrement et les problèmes psychologiques.»

Que pense-t-il des crèches? «L’État détruit ainsi les solidarités familiales et de voisinage, et pousse les seniors dans la solitude.» Les salaires minimums? «Ils provoquent l’exclusion des travailleurs les plus faibles. Croyez-moi, quand un patron doit payer un salaire élevé obligatoire, il en veut pour son argent. Il va donc prendre quelqu’un d’opérationnel à 100%. Le salaire minimum est donc antisocial.»

S’il est réélu au Conseil national en octobre prochain, il y a peu de risque qu’Erich Hess soit dépassé sur sa droite…

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