Le djihadiste romand était lié aux terroristes de Paris

RadicalisationDamien G. a envoyé un émoji pour prévenir des attentats du 13 novembre 2015. Il en connaissait les auteurs.

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C’est un message bien étrange que Damien G. envoie à sa demi-sœur le 13 novembre 2015. Depuis la zone de conflit irako-syrienne, le djihadiste d’Orbe (VD) lui demande où elle se trouve et si elle est par hasard à Paris. Elle répond qu’elle va bien. Qu’elle n’est pas à Paris. Le demi-frère lui envoie alors l’émoji d’une bombe.

Quelques heures plus tard, les médias du monde entier font état d’une série d’attentats terroristes sans précédent à Paris avec, comme sommet de l’horreur, une exécution de masse lors d’un concert au théâtre du Bataclan. Ce n’est qu’à ce moment-là que la demi-sœur comprend pourquoi Damien G. lui a écrit: il était au courant des attaques imminentes et voulait s’assurer qu’elle était à l’abri.

Détenu par les Forces démocratiques syriennes

Damien G. a été capturé en mars 2019 et a été placé en détention par les Forces démocratiques syriennes (FDS), essentiellement composées de combattants kurdes. Ses 29 ans, il vient de les passer en prison. Quant à sa fille d’un an et demi et son fils de 3 ans et demi, tous deux nés en Syrie, ils se trouvent avec leur mère dans un camp d’internement également contrôlé par les Kurdes, comme l’a révélé le «Matin Dimanche».

Abu Suleiman al-Swissri – le nom de guerre que Damien G. s’était choisi à son entrée dans la zone irako-syrienne en 2013 – est considéré comme dangereux. À notre demande, un journaliste kurde a pu récemment rendre visite au Vaudois. Il l’a vu très amaigri et affaibli, mais Damien G. a refusé de fournir des informations, a prétendu ne pas connaître ou ne pas se souvenir des réponses aux questions que notre contact lui a posées.

Notre confrère était aussi étonné de la faible maîtrise que le Vaudois a de la langue arabe, malgré six années passées dans la région. L’explication est simple: les Romands comme lui étaient la plupart du temps cantonnés avec des djihadistes français ou belges, et ne devaient donc que rarement parler arabe.

Damien G. savait pour Paris

Ces contacts sont aussi la raison pour laquelle Damien G. était au courant des plans des attentats en France. Arrivé en Syrie à l’automne 2013 et combattant d’abord pour la branche syrienne d’Al-Qaida, il devient là-bas très proche de Mourad Farès. Ce dernier a grandi à Thonon, et a personnellement recruté l’un des assassins du Bataclan, l’Alsacien Foued Mohamed-Aggad. Damien G. a aussi connu le coordinateur des attaques du 13 novembre à Paris, le Belge Abdelhamid Abaaoud, ou encore Abou Saïf, dit «père du sabre», qui appartenait également au cercle des auteurs des attentats (voir encadré).

Damien G. avait probablement «un ange gardien», comme le dit sa demi-sœur. Enfant, il avait été renversé par un bus; puis adolescent par un taxi à la Street Parade de Zurich: il avait survécu aux deux accidents avec quelques égratignures et quelques bleus. Même lorsqu’il empruntait la voiture de sa mère, causant de graves accidents au point d’envoyer le véhicule à la casse, il s’en est toujours sorti pratiquement indemne. Miraculeusement.

Masseur et kinésiologue dans un hôpital de l'EI

Peu de temps après son mariage à la Bruxelloise Yusra M., qui avait rejoint Daech en 2015, il aurait été impliqué dans un nouvel accident dans lequel «la voiture a éclaté», selon le témoignage son épouse. Il se serait «blessé au genou» et a «longtemps boité». Depuis l’accident, dit Yusra M., les combats n’étaient «plus une option» pour son mari…

Quiconque interroge aujourd’hui d’anciens combattants de l’EI sur leur rôle au sein de l’organisation se voit répondre qu’ils étaient cuisinier, enseignant ou ambulancier. Presque personne n’admet s’être battu. Mais sur ce point, l’histoire que l’épouse de Damien G. raconte sur son mari peut entrer dans l’anthologie des bobards de djihadiste: après un accident de voiture, il traînait à la maison, mais elle ne pouvait plus le supporter. Damien G. aurait alors pris un emploi de masseur et de kinésiologue dans un hôpital de l’EI.

Combattant, planificateur et recruteur

Selon sa fiche personnelle de l’organisation État islamique (EI) dont nous avons une copie, le Vaudois s’est spécialisé non seulement comme combattant et dans l’administration, mais aussi au sein de l’Amniyat, le Service de renseignement de l’EI, dont le département extérieur était responsable, entre autres, de la planification des attaques terroristes.

Damien G. a également tenté d’attirer d’autres jeunes Suisses en Syrie, via internet. Avec Haris U. d’Yverdon, il a aussi monté un site de propagande. Fin 2014, la police judiciaire fédérale fait une descente musclée chez Haris U. Peu après, le site est supprimé. Presque au même moment, Damien G. publie une photo d’une ceinture d’explosifs sur Twitter, telle qu’elle est portée par de nombreux combattants kamikazes de l’EI.

La particularité, c’est qu’un passeport suisse est coincé dans la ceinture de la bombe. Avec ce message: «Retour aux sources. Pays de mon enfance. Home sweet home». Le contre-terrorisme helvétique l’interprète comme une menace contre la Suisse.

Créé: 04.08.2019, 17h32

Le réseau du djihadiste vaudois Damien G., alias Abu Suleiman al-Swissri

Le «père du sabre»



En 2003, lors d’une transaction d’un kilo de cannabis, le Belge Yassine Lachiri tue l’acheteur avec un couteau de cuisine et un sabre décoratif: un meurtre pour lequel il est condamné à 4 ans de prison ferme. En 2012, il se rend en Syrie, poussé par sa mère, célèbre recruteuse qui, avec son mari, a envoyé en Syrie et en Irak au moins 60 jeunes Belges. Yassine Lachiri est condamné par contumace par un tribunal belge à 20 ans de prison. Il a été arrêté en 2018 par les forces turques.




Le recruteur de Bruxelles



Soufiane Alilou est le demi-frère de Yassine Lachiri. Il a emmené plusieurs fois des groupes de jeunes de Belgique en Syrie. Il faisait partie du réseau Zerkani à Bruxelles, qui se procurait de l’argent par des actes criminels, notamment pour payer les voyages des djihadistes en herbe. Selon la presse belge, Yassine Lachiri a également contribué au recrutement de Chakib Akrou, l’un des auteurs des attentats du 13 novembre 2015, et Abdelhamid Abaaoud, leur coordinateur à Paris.




Le cerveau des attentats



Ancien petit délinquant de Bruxelles, Abdelhamid Abaaoud s’est rendu en Syrie en 2013, où il s’est lui-même déclaré mort sur les réseaux sociaux.Une vidéo datant de février 2014 obtenue par «Paris Match» le montre tractant une dizaine de corps derrière son pick-up. Il est considéré comme le cerveau de plusieurs attentats en France et le coordinateur des attentats du 13 novembre. Il a été abattu le 18 novembre par les unités d’élite de la police à Saint-Denis.




L’un des trois assaillants



Foued Mohamed-Aggad grandit avec sa mère célibataire dans un quartier HLM de Wissembourg, en Alsace. Fin 2013, il part en Syrie avec son frère et d’autres djihadistes de Strasbourg. Le groupe a été recruté par Mourad Farès, un bon ami de Damien G. Plus tard, Foued Mohamed-Aggad retourne clandestinement en France et est l’un des trois assaillants du théâtre du Bataclan à Paris le 13 novembre 2015. Lors de l’assaut final, il est tué lors de la déflagration de la ceinture explosive de son complice.

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