Des dizaines de patients soutiennent le médecin accusé

Vevey (VD)La salle d'audience du tribunal de Vevey ne peut pas accueillir tous les soutiens du docteur généraliste accusé de meurtre pour avoir administré une dose létale à sa patiente de 86 ans.

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Photo d'illustration. Image: Keystone

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Le procès d'un médecin de famille vaudois, accusé du meurtre d'une patiente de 86 ans en fin de vie décédée en 2015, s'est ouvert lundi matin à Vevey (VD). Une centaine de patients sont venus le soutenir.

L'affaire sur laquelle se penche le Tribunal correctionnel d'arrondissement de l'Est vaudois n'est pas banale. Le prévenu est un médecin généraliste de 44 ans, officiant à Pully depuis 2007.

Cet homme est accusé de meurtre sur la personne d'une de ses patientes, décédée le 18 juin 2015 à l'âge de 86 ans. Il est passible de «cinq ans de prison au moins» d'après l'article 11 du Code pénal, pour ce que le Ministère public, par l'intermédiaire du procureur général Eric Cottier, voit comme une sorte d'euthanasie active non explicitement sollicitée.

Le procès a lieu dans une salle d'audience bondée. Une centaine de patients du médecin incriminé sont venus le soutenir.

Contre l'acharnement thérapeutique

La disparue souffrait notamment d'une sévère hypertension artérielle pulmonaire et d'insuffisance cardiaque fortement invalidante. En 2012, elle avait signé une «directive anticipée» désignant le prévenu et son fils comme personnes de confiance.

Ce document précisait aussi que l'octogénaire était contre tout acharnement thérapeutique. Elle n'était en revanche pas membre de l'organisation d'aide au suicide Exit.

En avril 2015, la vieille femme s'est fracturé une vertèbre en chutant à son domicile. Elle a ensuite été hospitalisée au CHUV puis au Centre universitaire de traitement et réadaptation de Sylvana. Et ce, dans une situation d'angoisse psychique et de décompensation cardiaque qui a achevé d'inquiéter son mari.

Ce dernier, âgé de 90 ans, comparaît à la barre comme simple témoin alors qu'il avait lui aussi été mis en cause dans un premier temps par le Ministère public.

Injection létale de curare

D'après l'acte d'accusation, l'homme était convaincu que sa femme était en fin de vie. Il redoutait que les médecins de Sylvana ne versent dans l'acharnement thérapeutique et ne placent son épouse dans un EMS au lieu d'abréger ses souffrances en lui prodiguant des soins palliatifs et de confort.

Le 15 juin 2015, l'octogénaire, très diminuée, avait bénéficié d'une autorisation de sortie de quelques heures pour se rendre chez elle. «Je pensais qu'elle passerait cette journée à la maison et rentrerait. Je savais qu'elle serait contente de voir son médecin car il y avait beaucoup d'estime entre eux», a expliqué le mari de la disparue.

Après le repas, cette dernière est allée dormir dans sa chambre. A son réveil, deux heures plus tard, elle allait mal, parlait et respirait avec difficulté, a raconté son mari.

«C'est terrible de voir son épouse souffrir ainsi sans pouvoir rien faire», a-t-il dit. Le médecin est ensuite arrivé avec sa mallette professionnelle. Le mari a expliqué ne pas avoir su, sur le moment, que le prévenu faisait une injection létale à son épouse. «Il n'a pas pris cette décision comme ça. Il n'y avait pas moyen d'arrêter la souffrance de mon épouse ni de la guérir. J'ai une confiance totale en notre médecin. Il agit pour faire du bien aux autres», a-t-il affirmé.

Une mort annoncée comme naturelle

«Ma patiente ne souhaitait pas décéder à l'hôpital et décéder à domicile n'était pas quelque chose qu'elle ne souhaitait pas», a rappelé de son côté le prévenu. Ce dernier a aussi expliqué avoir presque en permanence du curare - substance utilisée pour l'injection létale - dans sa mallette, car il est susceptible de se retrouver n'importe quand face à des cas de fin de vie difficile.

Jugeant suspectes les circonstances de cette mort annoncée comme «naturelle» par le prévenu, c'est la directrice de Sylvana qui avait dénoncé le cas aux autorités.

Administrer des substances pour accélérer la mort d'un patient, cela se fait-il dans les hôpitaux suisses? «Certaines personnes le font et d'autres pas selon la culture médicale et la clarté légale vis-à-vis de la pratique de fin de vie en Suisse», a répondu de son côté un médecin anesthésiste, appelé comme témoin à la barre.

Le procès se poursuit mardi. (ats/nxp)

Créé: 23.09.2019, 11h34

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