En difficulté, PubliBike préfère cacher ses chiffres

MobilitéLa filiale de CarPostal retire dans l’urgence tous ses vélos à Berne et Zurich. Et continue de perdre des millions de francs.

Le total des déficits de PubliBike avoisine les 4 millions mais, depuis 2016, la société ne dévoile plus ses chiffres.

Le total des déficits de PubliBike avoisine les 4 millions mais, depuis 2016, la société ne dévoile plus ses chiffres. Image: Philippe Maeder

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Tout s’est emballé en un week-end. Entre le 18 et le 19 août, les actes de vandalisme contre des vélos de PubliBike à Berne étaient si nombreux qu’il ne restait presque aucun vélo. Jeudi 23 août, c’était au réseau zurichois de subir le même scénario. En réponse, la société de bikesharing présente dans toute la Suisse, notamment à Lausanne, a retiré l’intégralité de sa flotte de bicyclettes électriques et mécaniques dans les deux villes alémaniques touchées.

La cause de ce problème? Le cadenas des véhicules, trop facile à forcer. L’entreprise en avait conscience. Le 17 août, juste avant la recrudescence des incivilités, elle annonçait vouloir changer tous les cadenas sans paralyser ses réseaux. Ce ne sera finalement pas possible.

Lorsqu’on lui demande les pertes exactes que représentent ces interruptions dans les deux villes – ses deux plus grands réseaux, qui comptent à eux seuls les deux tiers de la flotte de PubliBike – la société reste muette. Mais pas de quoi affoler le directeur de la société, Bruno Rohner. «D’un point de vue financier, le retrait des vélos de Berne et Zurich ne représente pas une grosse perte pour nous, à condition de les remettre à disposition rapidement, affirme le directeur de PubliBike. Il s’agit plutôt d’un dégât d’image.»

François Kuonen est directeur de Velospot, un concurrent de PubliBike. Il connaît bien ce problème pour l’avoir également vécu au sein de l’entreprise biennoise de bikesharing. «Pour rapatrier les vélos, retirer les cadenas, les modifier, les réimplanter sur les bicyclettes et les remettre en circulation, il faut compter environ 300 francs par cadenas.» PubliBike possédant 2367 vélos (plus 94 vélos anciens, qui ne sont pas concernés par ce cadenas), l’addition se monterait à plus de 710 000 francs. Cela sans compter le mois d’abonnement offert aux utilisateurs lésés et le manque à gagner dû à l’arrêt complet des stations de Berne et de Zurich.

Quatre millions en deux ans

La situation budgétaire de la filiale de CarPostal n’est pas réjouissante. Depuis le rachat de Velopass – renommé PubliBike – par le transporteur en 2012, seul un exercice a produit un bénéfice, l’année du rachat. De 2013 à 2017, PubliBike n’a connu que des chiffres rouges. Mais les résultats exacts ne sont connus que jusqu’en 2015, année record durant laquelle la société a perdu 2,9 millions de francs. Le total des déficits se porte à pratiquement 4 millions de francs. À partir de 2016, plus aucune somme n’est communiquée par la société de bikesharing.

CarPostal, la maison mère de Publibike, explique les pertes par «les coûts initiaux générés par les nouveaux réseaux», alors que Bruno Rohner justifie ces chiffres par le fait «qu’il faut du temps pour qu’une entreprise réalise des bénéfices». Mais alors pourquoi entretenir le mystère sur ces résultats?

La société de transport public, filiale de La Poste, n’est pas très bavarde sur le sujet. «La Poste ne publie pas les comptes annuels de ses filiales.» Sauf que les chiffres de CarPostal sont connus: 36 millions de bénéfices en 2016 et 69 millions de pertes en 2017 (dont 78,3 millions de remboursements d’indemnités trop élevées au cœur de l’affaire CarPostal). Seuls ceux de PubliBike restent secrets. Ce que dénonce Guillaume Barazzone, un des élus les plus critiques à l’égard de CarPostal. «La Poste et ses filiales sont des entreprises de service public, rappelle le conseiller national PDC genevois. Par conséquent, elles doivent être transparentes.»

Devant les tribunaux

Le silence autour de PubliBike ne s’explique pas exclusivement par une stricte application des directives de La Poste. «La situation est déjà tendue avec nos concurrents, admet Bruno Rohner. Révéler nos résultats d’exploitation serait une source de polémique.» En effet, PubliBike est régulièrement amené devant les tribunaux par ses concurrents, qui ne comprennent pas comment la filiale de CarPostal peut fonctionner. «On sait que le marché du vélo en libre-service n’est pas rentable à lui seul, analyse François Kuonen. Le financement du service par les communes est nécessaire pour être bénéficiaire.» Or, depuis 2015, PubliBike a adopté une stratégie pour remporter les mises au concours des différentes villes: offrir la redevance que paient normalement les municipalités.

Cette méthode aurait privé PubliBike de plusieurs dizaines de millions de francs. «Pour les réseaux de Berne et Zurich, la redevance payée par les deux villes aurait avoisiné les 24 millions», révèle le directeur de Velospot, qui avait également concouru pour être présent dans les deux agglomérations. À Genève, la situation est complexe: selon nos informations, l’offre de PubliBike, similaire à celles de Berne et Zurich, aurait été retenue par la Ville en mars 2016, mais un recours de Velospot bloque tout pour l’instant.

Comment la filiale de CarPostal peut-elle donc espérer être rentable sans cette manne? «PubliBike est financé par les utilisateurs, la publicité sur les vélos, les sponsors des stations et les contributions des communes, répond CarPostal. Un business plan tenant compte du nombre d’habitants et des places de travail a été élaboré pour chaque réseau.» Pour réaliser ses investissements, la société de bikesharin g a contracté un prêt auprès de La Poste Suisse, «aux conditions du marché». (TDG)

Créé: 02.09.2018, 21h50

En chiffres

PubliBike, c’est:

2460 vélos électriques et mécaniques

253 stations réparties dans toute la Suisse

40'000 abonnés au service de vélo en libre-service

400'000 transactions entre novembre 2017 et août 2018

3'849'834 francs de pertes accumulées en 2014 et 2015 par le service. L’ampleur des pertes pour 2016 et 2017 n’est pas communiquée par PubliBike.

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