Le DFAE ne formera plus les fonctionnaires chinois

SuisseL'Université de Lausanne accueillait un programme de formation continue pour de hauts-fonctionnaires chinois. Le DFAE y a mis fin.

La Suisse bénéficie encore d'une excellente image en Chine.

La Suisse bénéficie encore d'une excellente image en Chine. Image: Keystone

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Coup de tonnerre dans les relations sino-suisses. Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a décidé de supprimer un cours de formation continue sur les droits de l'homme destiné aux hauts-fonctionnaires chinois et donné à l'Université de Lausanne (UNIL).

Ce cours, qui devait normalement se terminer en 2018, avait été prolongé jusqu'en 2020, explique le «Tages-Anzeiger», qui révèle que cette décision a été prise unilatéralement par Berne alors que Pékin, qui assurait la moitié des coûts de la formation, voulait poursuivre le programme.

Incompréhension et déception

L'incompréhension est grande dans les milieux concernés, d'autant plus que la Suisse est le seul pays au monde dans lequel la Chine a assez confiance pour lui confier la formation de ses hauts-fonctionnaires dans ce domaine ultrasensible. Des cours similaires prodigués par des universités dans d'autres pays ont depuis longtemps été abandonnés, parce que Pékin a retiré son soutien.

Guido Palazzo, professeur d'économie à l'UNIL et responsable du projet, ne cache pas sa déception. «Ce cours était une occasion unique de s'entretenir avec de hauts-fonctionnaires chinois et des membres du Parti communiste de sujets comme les droits de l'homme, la pollution et la protection de l'environnement, les droits des travailleurs, l'économie durable, mais aussi la corruption.»

Des thèmes délicats en Chine

Des thèmes qui sont rarement évoqués dans les milieux chinois officiels, mais qui pouvaient être abordés à Lausanne. Noëmi Charton, porte-parole du DFAE, justifie cette décision par «la réorientation de la collaboration avec la Chine, mais les échanges sur les droits de l'homme demeurent un élément central de notre relation avec Pékin».

Ce cours de formation continue existe depuis une quinzaine d'années et des centaines de fonctionnaires y ont assisté. Il a été assuré dans un premier temps par les universités de Saint-Gall et de Genève, avant que l'Université de Lausanne ne reprenne le mandat en 2014. Guido Palazzo et son équipe animaient deux ou trois cours par an et pendant les deux semaines de formation, une vingtaine de Chinois se rendaient à Lausanne.

Des fonctionnaires ravis et intéressés

Les candidats étaient choisis par le Département de l'organisation du Parti communiste chinois, un puissant organe de l'appareil du parti qui décide de l'attribution des postes dans l'ex-Empire du Milieu. Les participants étaient principalement des quadragénaires en milieu de carrière.

En plus des cours donnés à l'Université de Lausanne, les Chinois avaient la possibilité de visiter des entreprises et le Parlement fédéral. Ils étaient très intéressés par les critères de sélection des employés de l'administration fédérale et l'évolution de leur carrière. Les candidats se sont toujours montrés discrets, évitant les journalistes et encore plus les caméras de télévision. Comme ils ne parlaient ni français ni anglais, ils dépendaient de l'aide d'un traducteur.

Les fonctionnaires choisis pour cette formation étaient ravis , ajoute Guido Palazzo. Pour bon nombre d'entre eux, c'était parfois la première fois qu'ils quittaient leur pays, voire voyageait hors d'Asie.

C'est le deuxième accroc récent dans les relations entre Berne et Pékin. Le «Tages-Anzeiger» avait révélé la semaine passée que la Suisse avait soumis à la Chine une contrepartie à son soutien au projet de Route de la Soie. Sous la forme d'un mémorandum qui parlait de démocratie, de droits de l'homme ou encore de protection de l'environnement et de lutte contre la corruption. Pékin avait poliment décliné et Ueli Maurer n'avait pas insisté.

Créé: 07.05.2019, 12h03

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