Deux «plombiers diplomates» russes suspectés d’espionnage à Davos

InsoliteLa police grisonne a contrôlé deux Russes l’été dernier. Ils ont dégainé un passeport diplomatique.

Les policiers ont également été interloqués par le fait que les deux hommes avaient prévu de rester à Davos du 8 au 28 août. C’est évidemment hors de prix pour quelqu’un qui installe et répare toilettes ou lavabos en Russie.

Les policiers ont également été interloqués par le fait que les deux hommes avaient prévu de rester à Davos du 8 au 28 août. C’est évidemment hors de prix pour quelqu’un qui installe et répare toilettes ou lavabos en Russie. Image: Keystone / Gian Ehrenzeller

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Pour deux espions venus de Russie, le Forum économique mondial de Davos a, semble-t-il, déjà commencé au cœur de l’été. En août 2019, deux agents russes présumés ont été démasqués. Le duo est suspecté d’avoir effectué des travaux préparatoires pour une opération lors de l’édition 2020 du WEF. Où les cibles potentielles à espionner ne manquent pas, de l’entourage du président américain Donald Trump à la chancelière allemande Angela Merkel.

Les deux Russes qui ont attiré l'attention de la police il y a cinq mois sont absents de la liste des invités cette semaine. «En août 2019, la police cantonale grisonne a appréhendé deux ressortissants russes pour un contrôle d’identité à Davos», confirme sa porte-parole Anita Senti.

Au moins l’un des deux hommes a prétendu être un plombier. Mais curieusement, tout comme son compère, il était porteur d’un passeport diplomatique russe... Les policiers ont également été interloqués par le fait que les deux hommes avaient prévu de rester à Davos du 8 au 28 août. C’est évidemment hors de prix pour quelqu’un qui installe et répare toilettes ou lavabos en Russie.

À la question de savoir pourquoi le duo disposait de passeports diplomatiques, Stanislas Smirnov, attaché de presse de l’ambassade de Russie à Berne, explique qu’il «existe aussi des personnes en dehors du Ministère des affaires étrangères qui sont au bénéfice d’un passeport diplomatique». Selon lui, il s’agissait probablement d’ouvriers chargés de l’installation de la «Russian House» ouverte lors du WEF. La Fondation Roscongress, proche de l’État russe, organise en effet une série d’événements chaque année dans un ancien café de Davos.

Selon la police cantonale des Grisons, les deux hommes n’avaient pas été accrédités comme diplomates en Suisse. Par conséquent, ils n’auraient pu bénéficier de l’immunité en cas d’arrestation pour espionnage politique ou économique. Seuls les diplomates annoncés formellement auprès du Département fédéral des affaires étrangères bénéficient d’une protection étendue contre ces poursuites. Mais les choses ne se sont pas envenimées jusque-là. Les autorités grisonnes ont appelé Berne; le Service de renseignement de la Confédération (SRC) a été alerté et, finalement, le curieux duo a été relâché.

Arrangement discret?

Les intentions exactes des deux Russes à Davos sont apparemment restées trop diffuses. Selon des proches de l’affaire avec lesquels nous avons pu parler sous couvert de l’anonymat, il semble toutefois évident que les deux hommes avaient le WEF dans le viseur. Par exemple pour préparer plusieurs mois à l’avance une opération d’écoute ou de hacking informatique sur place.

Les tentatives de clarification au sujet des deux compères russes en août n’ont débouché sur rien de probant. «Nous n’avons trouvé aucun indice d’activités illicites criminelles lors des contrôles», écrit Anita Senti.

Les cas d’espionnage international sont souvent traités en toute discrétion afin d’éviter les fâcheries inutiles entre États. Les deux suspects de Davos ont été observés pendant un certain temps. Puis ils ont quitté la Suisse sans encombre. Aucune interdiction d’entrée n’a été prononcée. Le Ministère public de la Confédération, chargé de la poursuite pénale des affaires d’espionnage, assure ne pas avoir ouvert d’enquête contre les deux hommes.

Il n’a pas été déterminé s’ils appartenaient ou non à un service de renseignement étatique russe ou s’ils travaillaient pour un privé. Mais il est avéré que ces dernières années, le GRU, le service de renseignement militaire russe, a mené ou tenté de mener plusieurs opérations en Europe et en Suisse, notamment à Genève, Lausanne, Zurich. Parfois avec un dilettantisme étonnant. Une équipe de quatre cyberespions du GRU a ainsi pu être arrêtée à La Haye en 2018 grâce à un tuyau du SRC. Les hommes portaient sur eux des billets de train vers Bâle et la preuve qu’ils avaient cherché la localisation du laboratoire de Spiez sur Google Maps. Quant aux assassins présumés de l’ex-agent russe Sergei Skripal en Angleterre, ils ont été actifs autour du Léman durant des mois, sans se préoccuper des traces laissées par leurs téléphones portables. L’ambassade de Russie en Suisse a toujours nié l’existence de ces opérations, dans le passé comme pour l’affaire du WEF.

Créé: 20.01.2020, 20h25

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