Deux millions de Suisses ont plusieurs domiciles

LogementLe multihabitat est monnaie courante aujourd'hui. Une tendance révélatrice des nouvelles formes de vie familiale.

Les multirésidents estiment que leurs lieux de vie et leurs déplacements élargissent leur réseau social.

Les multirésidents estiment que leurs lieux de vie et leurs déplacements élargissent leur réseau social. Image: Corbis

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I­ls partagent leur vie entre plusieurs domiciles, par choix, par nécessité ou parce que leur vie privée ne s’est pas organisée selon le schéma classique de leurs parents. Aujour­d’hui, 28% des personnes habitant en Suisse ont plusieurs lieux de vie, plusieurs adresses. C’est ce que révèle une enquête du Forum pour l’habitat de l’Ecole polytechnique de Zurich, enquête réalisée en collaboration avec l’Université de Bâle et la Haute Ecole de Lucerne.

Un nomadisme encore plus impressionnant lorsqu’on sait que près d’un dixième des personnes interrogées avouent habiter plus de quatre logements. Et que presque 50% ont vécu une expérience de multihabitat au moins une fois dans leur vie.

Qu’est-ce qui pousse les Suisses à multiplier les domiciles? En premier lieu, les loisirs, qui concernent près de deux tiers (68%) des multirésidents. La tradition du chalet de vacances à la montagne reste bien ancrée. Mais elle est à nuancer, explique Cédric Duchêne-Lacroix, professeur de sociologie à l’Université de Bâle: «Les loisirs arrivent très loin devant le travail et les études, mais c’est relatif. Dans le logement principal comme dans le second, deux tiers des personnes ont répondu y pratiquer des loisirs.» L’étude souligne d’ailleurs la difficulté croissante à différencier résidence principale et résidence secondaire.

Nouvelle organisation familiale

Le rapprochement du couple arrive en deuxième position, avec 32% des multi­résidents concernés. Le sociologue y voit le signe d’une véritable mutation des structures familiales. «Les couples non cohabitants sont de plus en plus nombreux. Pour simplifier, il s’agit soit de jeunes couples, soit de partenaires plus âgés ayant vécu les affres de la vie en couple sous un même toit et qui ont choisi de garder leur indépendance», relève Cédric Duchêne-Lacroix. A cela s’ajoute la situation des enfants de couples séparés, qui expérimentent très tôt la multirésidentialité.

Les jeunes sont d’ailleurs la première tranche d’âge concernée par la multilocalité – 39,9% des 15-24 ans vivent sur plusieurs lieux. «Les étudiants, apprentis ou stagiaires ont un petit logement, mais ils habitent aussi très souvent chez leurs parents. Dans cette phase de vie de décohabitation, la maison familiale reste un point d’ancrage en plus d’autres lieux de vie plus instables liés au travail, aux études ou au couple», analyse le chercheur. Les interviews menées ont montré que certains jeunes cumulent jusqu’à quatre lieux de résidence, voire davantage. «J’ai rencontré une jeune fille qui faisait une formation professionnelle, elle avait donc un logement à Bâle, un chez son père, un autre chez sa mère divorcée et un dernier chez son copain», raconte Cédric Duchêne-Lacroix.

Et le travail? Le motif est avancé dans 15% des cas. Là aussi, le multihabitat révèle de nouvelles formes d’organisation sociale et familiale. «Certaines valeurs de la société changent, le travail est une motivation nouvelle de multirésidences. Le parent mobile ne va pas changer le domicile principal de la famille. Alors qu’avant seules certaines professions étaient visées, comme par exemple dans le domaine des transports et du commerce», explique le chercheur.

Une affaire d’argent

Le multihabitat est aussi une question d’argent. Plus les gens ont des moyens financiers élevés, plus ils occupent un deuxième, voire un troisième logement. Un tiers des multirésidents sont propriétaires de leur résidence principale, un quart le sont de leur résidence secondaire et 15% des deux. Ils disposent, très logiquement, d’un espace d’habitation plus grand que la moyenne. D’ailleurs, leur premier logement comporte déjà davantage de pièces que la moyenne. «Cela permet parfois d’économiser le coût des transports journaliers, donc tout n’est pas si négatif pour la société», relativise Cédric Duchêne-Lacroix.

Compliqué, mais enrichissant

La vie à cheval sur plusieurs lieux impose de nombreuses contraintes – en premier lieu les déplacements et une organisation sociale plus compliquée. Mais cela ne conduit pas à un déracinement ou à une perte de sens des lieux de vie. Une majorité des multirésidents ne souhaite d’ail­leurs pas renoncer à cet arrangement. Beaucoup estiment leur réseau social plus riche et plus diversifié, malgré les contraintes. Seulement un tiers des multirésidents souhaitent renoncer à cette organisation.

Cette tendance va-t-elle se poursuivre avec la crise du logement? Le chercheur estime que oui. «Je pense que la multirésidentialité va perdurer, mais ses formes vont changer, augure le sociologue. La recherche à ce sujet doit être prise comme une autre façon de voir les évolutions de la société.»

Quant à la Lex Weber, qui vise à limiter la construction de nouvelles résidences secondaires, elle ne fait pas encore sentir ses effets dans la problématique en question. «La loi a largement freiné les nouvelles constructions dans les stations et certaines communes. Mais ce qui a été construit avant la loi, dont les résidences secondaires, peut être encore revendu comme tel», analyse Sébastien Allegro, responsable de l’agence Valais Immo. La vague du multihabitat ne semble pas près d’être stoppée.

Créé: 08.09.2015, 09h55

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