Journaux ou médias sociaux: pour les jeunes, y a pas photo

InterviewDes chercheurs tirent la sonnette d’alarme: le journalisme d’information a un grave problème.

Fabio Lo Verso Journaliste et éditeur, membre de la fondation Public et Société.

Fabio Lo Verso Journaliste et éditeur, membre de la fondation Public et Société. Image: ALAIN MORVAN

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Plus d’un jeune adulte entre 16 et 29 ans sur deux n’ouvre plus un journal ni n’allume son poste de radio ou de télévision. Et ce désamour face aux médias traditionnels s’accélère. Mis en évidence par des chercheurs de l’Université de Zurich, ce constat occupe une large partie des Annales de la qualité des médias 2015, dévoilées lundi à Berne. L’analyse de Fabio Lo Verso, journaliste, éditeur et membre du conseil de fondation Public et Société, qui finance ces Annales.

- Les jeunes boudent de plus en plus le journalisme d’information. Comment cela se manifeste-t-il?

- Les chercheurs ont mis en évidence le fait que les jeunes de 16 à 29 ans nous abandonnent. On s’attendait toutefois à ce qu’ils quittent les journaux par abonnement, la lecture sur papier, pour aller sur les sites Internet. Mais pas du tout! Ils quittent le papier pour aller s’informer sur les réseaux sociaux. Là, ils sont très attirés par ce qu’on appelle la soft news, l’information divertissante. L’exemple de cette vieille femme mourante en Angleterre qui a pu revoir une dernière fois son cheval (ndlr: l’information la plus partagée en 2014) est emblématique de ce que ces jeunes cherchent. Seuls deux domaines des médias traditionnels résistent un peu: la radio, notamment la radio privée et commerciale, et les journaux de boulevard.

- Quels risques ou chances cela implique-t-il pour la presse?

- Il n’y a que des risques pour les médias traditionnels. A mon sens, l’investissement consenti pour essayer d’attraper ces jeunes est inutile. Je crois que ces jeunes-là n’iront jamais s’intéresser à la production d’informations sympas de 24 heures ou de la Tribune de Genève parce que ces journaux appartiennent à un autre monde, à l’ancien monde, pour eux. L’environnement est ingrat. Rien de ce qui est fait pour le développement numérique ne donne de résultats. Ainsi, les médias traditionnels font des erreurs de management, ils sont coupés de la recherche universitaire et vont dans le mur.

- La solution doit-elle passer par une union des acteurs suisses pour résister à Facebook ou à Google?

- S’il y a une union qui peut fonctionner dans le cadre du marché des médias, c’est à mon avis l’hyperjournal, l’alliance entre un titre traditionnel et des agrégateurs de communauté. Un cas emblématique de cette évolution est incarné par le Washington Post et Amazon. Demain, les annonceurs reviendront mettre de la pub dans le titre parce qu’ils peuvent compter sur l’énorme communauté d’Amazon.

Créé: 26.10.2015, 22h46

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