Des violences émaillent 45% des matchs de Super League

HooliganismeAprès une saison perturbée, les cantons et la Swiss Football League promettent de serrer la visse. Ils se fixent six priorités.

Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Pour les autorités et les clubs, cela ressemble au travail de Sisyphe. Année après année, des violences gangrènent le football, en particulier les matches de Super League, la première division suisse. Et malgré tout un arsenal de lois et de mesures, depuis 2014, le nombre de hooligans ne fléchit pas.

Après une saison particulièrement mouvementée, qui a même fait réagir la conseillère fédérale chargée des Sports Viola Amherd (lire encadré), la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police (CCDJP) et les responsables de la Swiss Football League (SFL) se sont engagés, vendredi à Berne, à refuser tout fatalisme. «Nous ne regardons pas cette évolution sans réagir. Les cantons et les clubs s’engagent chaque week-end pour la sécurité», assure Paul Winiker, conseiller d’État (UDC/LU). La SFL rappelle que les coûts de sécurité engagés par les clubs se montent à 20 millions de francs par saison. Mais il reste quand même ce constat: «Nos efforts ne sont pas encore assez efficaces. Les statistiques montrent que nous ne pouvons pas nous en contenter», admet Paul Winiker.

Violences hors des stades

Pour la première fois, un recensement global des infractions qui ont entaché les matches de football lors de la saison 2018-2019 a été dévoilé. Sur les 457 matches évalués (Super League, Challenge League, Coupe de Suisse, Ligue Europa, équipe nationale, etc.), 73 ont donné lieu à des violences graves. Si l’on ne prend en compte que la Super League, 84 parties ont connu des événements violents, alors que 99 se sont bien déroulées. Ces chiffres tiennent compte autant des actes qui sont survenus durant les déplacements des supporters qu’au cours du match lui-même. Secrétaire général de la CCDJP, Roger Schneeberger constate: «Les problèmes les plus graves surviennent hors des stades, lors des trajets.»

Comment faire mieux dès lors que les instruments existent déjà pour combattre ce fléau? Les cantons, la SFL, la Confédération et les CFF vont examiner les raisons du manque d’efficacité de l’arsenal juridique et opérationnel actuel. Les résultats seront connus en 2020.

«Mais nous n’attendrons pas 2020 pour prendre des mesures, s’empresse d’annoncer Paul Winiker. Avec la SFL, nous avons décidé de mettre dès à présent l’accent sur six priorités.»

Parmi celles-ci figure l’intensification de la procédure qui va de l’identification des fauteurs de troubles aux sanctions pénales. «Ce n’est pas toujours facile, souligne Roger Schneeberger. Des hooligans sont masqués. On a aussi des situations où la police attend trop longtemps les images d’un club, d’autres où c’est le ministère public qui traîne. Bref, nous sommes d’avis que c’est ici qu’il y a le plus grand potentiel.» Les chiffrent le disent aussi: en juin, 1579 personnes étaient inscrites dans la base de données sur le hooliganisme, mais moins de la moitié faisait l’objet de mesures actives: 573 interdictions de stade notamment et 20 obligations de se présenter à la police. En regard du nombre d’infractions, il est possible de faire mieux.

Billets personnalisés?

Autre priorité: une conférence des chefs de police de sûreté sera créée et une alarme «Hooli» est prévue en cas d’événement grave. Il s’agit de prévenir les forces de l’ordre des cantons dans lequel passerait, par exemple, un train de supporters casseurs. «Ces mesures ne sont ni toutes neuves, ni spectaculaires. Mais de la part des clubs comme des autorités, il nous faut intensifier la lutte», résume Paul Winiker.

Au-delà de ces priorités, les autorités et la SFL s’engagent à étudier l’introduction de billets personnalisés, pour pouvoir comparer l’identité du spectateur avec la banque de données sur le hooliganisme. Sans enthousiasme dans les milieux du football: «Ce serait pour nous l’ultima ratio. Nous avons beaucoup de spectateurs de derrière minute. Ils se trouveraient pénalisés», argumente Claudius Schäfer, le directeur de la SFL.

Il rappelle aussi que la répression n’est pas toujours la solution pour réduire les violences. Il en veut pour preuve la bonne évaluation du nouveau système d’accueil des supporters, testé depuis 2015: le simple fait de remplacer des services d’ordre privés et casqués par un service d’accueil moins stigmatisant lorsque les fans arrivent permet de diminuer les tensions.

Créé: 05.07.2019, 19h02

Viola Amherd exige des résultats de la part des clubs

En matière de hooliganisme, la Confédération était habituée à renvoyer la balle aux cantons. Cela a changé depuis l’arrivée au Conseil fédéral de Viola Amherd. La démocrate-chrétienne valaisanne, tant par ses déclarations que par ses actes, marque un véritable changement de ton.

Première salve en juin, lorsque sur le plateau de l’émission «Rundschau» de la télévision alémanique, elle déclarait qu’elle ne se rendrait pas «avec un enfant dans les stades de Suisse» lors de matches à haut risque. Soit la majorité des rencontres de Super League, si l’on en croit les polices cantonales. À Neuchâtel, par exemple, c’est un match sur deux. Elle avait ajouté, dans la même émission, trouver «très triste que tant des familles avec enfants que des adultes ne puissent plus assister aux parties».

Deux matches l’ont particulièrement choquée ce printemps. Le 16 mars, à Sion, des fans de Grasshopper ont provoqué à deux reprises l’interruption du match après avoir jeté des engins pyrotechniques sur la pelouse. Après avoir copieusement insulté les joueurs qui leur demandaient d’arrêter, ils ont recommencé et provoqué l’annulation de la rencontre.
Deuxième épisode le 13 mai, à Lucerne, toujours avec les «supporters» de GC. Plusieurs d’entre eux pénètrent sur la pelouse et interrompent la partie. Scène surréaliste, ils demanderont aux joueurs de leur équipe de quitter le terrain en se déshabillant, symbole de leur décadence sportive. Sur les images, on verra ni plus ni moins le meneur de la bande – dont on saura après coup qu’il est un néonazi notoire avec une croix gammée tatouée sur le torse – négocier avec le président du club le retrait de leur maillot, ce qu’il obtiendra.

Viola Amherd n’en est pas restée aux paroles. Ce mardi, la ministre des Sports a annoncé attendre des clubs qu’ils décrètent des interdictions de stade de manière conséquente, dès que la personne a été identifiée. Pour cela, elle propose aussi d’améliorer la vidéosurveillance dans les stades. De plus, les clubs devraient porter plainte systématiquement contre les supporters violents.

Enfin, elle demande que soit examinée la possibilité de n’accorder une licence aux clubs que lorsque leurs processus de sécurité ont été certifiés. Les responsables du football suisse se sont montrés ouverts à ces propositions. Mais le message est clair, le Conseil fédéral veut des résultats. J.W.

Articles en relation

Sondage: faut-il interdire aux ultras les matches à l’extérieur?

Hooliganisme L'interruption du match FC Sion - Grasshopper liée aux débordement des supporters zurichois ce samedi pose la question de leurs déplacements. Plus...

Un supporter de foot devant la justice pour avoir utilisé des explosifs

Justice Une année et demie après les faits, un Appenzellois de 24 ans comparaît demain à Bellinzone. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

)6 nouveaux projets en faveur des piétons et des cyclistes
Plus...